Karl Lagerfeld dit de lui qu’il est «grand», l’actrice britannique Tilda
Swinton porte ses créations, et l’homme fait pleurer les chroniqueurs
de mode. Rencontre avec Haider Ackermann, le nouveau designer étoile.

«Je ne sais pas quelle était son intention, mais je pense qu’il tentait simplement de dire : « Eh tout le monde, peut-être devriez-vous prêter attention à ce que fait ce type », raconte Haider Ackermann. C’est du moins comme ça que j’aime voir la chose.»

C’est en ces termes que le designer évoque le moment où il est passé du statut de designer préféré de Tilda Swinton et de favori des initiés du monde de la mode à celui de coqueluche des médias. Cela se passait à l’automne 2010, et l’événement décisif avait été le suivant : dans une entrevue accordée au magazine Numéro, Karl Lagerfeld avait cité Haider Ackermann comme celui qu’il désirait voir lui succéder chez Chanel. Cette déclaration avait été suivie d’une intense activité sur les blogues spécialisés et sur Twitter, où revenait constamment la même question : «Mais qui est Haider Ackermann?»

Puis, en mars 2011, le designer avait organisé un défilé qui avait eu l’effet d’une bombe – certains chroniqueurs de mode y avaient été émus jusqu’aux larmes. Enfin, il y avait eu la couverture du Vogue américain, un long papier dans Newsweek et une série d’articles de magazine dans lesquels les journalistes parlaient d’Ackermann en usant d’un langage des plus poétiques. Dans l’un d’eux, il était même désigné comme «le nouveau romantique».

Son destin de nouveau prince de la mode venait d’être scellé. Et c’est sur ce nuage que flotte toujours Ackermann. «Certaines choses se produisent qui vous permettent de réaliser la puissance dont peut disposer une personne. Mais ce qui m’ébahit particulièrement, c’est que des gens que j’ai admirés toute ma vie me remarquent», dit-il. Dans cette réplique, on peut littéralement «entendre» le sourire dans la voix d’Ackermann, ce qui est surprenant, car l’homme apparaît de prime abord comme étant sérieux, lointain et énigmatique.

Ses créations aussi respirent le mystère et l’intelligence. Ses vêtements, faut-il le préciser, ne s’adressent pas aux Kardashian de ce monde, mais aux grands amoureux de la mode. «Une femme qui cherche à être le centre de l’attention m’attire peu. Ce n’est pas mon genre. Je trouve que cette façon qu’ont les gens de s’exhiber dans les téléréalités, sans rien laisser à l’imagination ou à la réflexion, est assez brutale», précise-t-il.

Ses jupes, ses robes et ses vestons de soie enveloppent le corps comme de souples volutes de fumée (oh revoici la poésie!) et son goût des teintes riches et luxueuses, notamment celles aux nuances désertiques, évoquent l’aspect grandiose de certaines destinations exotiques comme le Maroc, l’Éthiopie et l’Inde. Ackermann appelle cela «dessiner son passé».

Né en Colombie, il a été adopté par un couple de Français, puis a été élevé dans divers pays d’Afrique et d’Europe. «La première chose qui m’ait intéressé, enfant – nous vivions alors en Afrique –, c’est cette immense étoffe, d’un seul tenant, dont s’enveloppent les femmes. Le tissu bouffait dans le vent, et je les regardais traverser la médina en courant – on aurait dit des fantômes – et ça m’émouvait. Depuis cette époque, une garde-robe ne présente d’intérêt pour moi que si elle est en mouvement», explique le designer.

Cependant, dernièrement, Ackermann s’est moins tourné vers son passé. «On ne peut dessiner que ce que l’on est. Mais maintenant, alors que tant de choses m’arrivent, je regarde davantage en avant», reconnaît-il en faisant allusion à l’engouement dont il fait l’objet.

Et il s’anime encore plus quand il se remémore la rencontre qu’il a eue avec son idole, Martin Margiela, l’un des designers les plus complexes, mais aussi les plus acclamés. «Il voulait me rencontrer, déclare Ackermann, encore incrédule. À l’époque, j’entretenais bien des doutes sur mes capacités. Mais si un tel homme me prenait au sérieux, j’étais obligé de prendre mon travail au sérieux.»

Ackermann est par ailleurs prompt à écarter l’idée qu’il puisse être une étoile filante dans le ciel de la mode. «Je n’ai jamais été intéressé par ce qu’on appelle la vedette de l’heure. Et l’idée d’en être une m’a toujours effrayé. J’ai présenté ma première collection en 2003 et je n’aurais pas pu parvenir là où je suis aujourd’hui sans tout le travail que j’ai accompli depuis.»

Le profil

  • La formation. Après avoir achevé ses études secondaires aux Pays-Bas, Ackermann a étudié à la célèbre Académie royale des beaux-arts d’Anvers, en Belgique.

  • La collection. Ackermann a lancé une collection qui porte son nom après avoir suivi des cours dans une école de mode et effectué un stage auprès de John Galliano.

  • Le look. Ses vêtements combinent confection masculine et séduisantes coupes épurées.

  • Les femmes. Tilda Swinton est la fan la plus fidèle d’Ackermann. De nombreuses autres personnalités apprécient cependant son travail, dont Penélope Cruz et Janet Jackson.

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