L’écrivain et voyageur français Emmanuel Hussenet
 a entrepris en 2013 un périple en solitaire vers l’île Hans, située entre le Groenland et l’île d’Ellesmere, au Nunavut.

Pendant presque un mois, à bord d’un kayak, le guide spécialisé en expéditions polaires a bataillé contre les éléments pour atteindre ce minuscule rocher glacé dont la possession est disputée entre le Canada et le Danemark. Au-delà de sa quête personnelle, l’auteur a surtout voulu mettre en relief l’extrême fragilité du milieu arctique face aux changements climatiques. Quatre ans plus tard, il raconte son périple dans un livre, Une île pour sauver la planète, à la croisée du récit d’aventures et du plaidoyer écologiste.

Pourquoi avoir choisi l’île Hans, un îlot d’à peine un kilomètre carré dans une région hostile et inhabitée?
Lorsque j’étais guide de kayak de mer, il y avait une surenchère pour savoir qui irait le plus au nord, qui naviguerait dans les eaux les plus froides. C’est ainsi que je me suis intéressé à cet endroit extrême, situé dans une région qui n’était pas réputée navigable à l’époque [dans les années 1990]. J’étais fasciné par la banquise et particulièrement inquiet de sa disparition. Avec les Robinsons des glaces, l’association de guides et d’explorateurs que j’ai fondée, je voulais ramener des témoignages, des images, pour que le public se rende compte de ce qui se passe. L’association n’existe plus vraiment, mais je voulais aller au bout de mon idée. L’île Hans a aussi une valeur symbolique forte. C’est un caillou au milieu d’un rouage, un grain de sable dans l’engrenage, un rocher là où il ne faut pas, exactement sur la ligne de partage des eaux territoriales entre le Canada et le Danemark. Le fait qu’il n’appartienne à personne est aussi significatif, car une des causes profondes de l’impasse face au réchauffement de la planète et de la dégradation de l’environnement est justement l’instinct d’appropriation de l’être humain.

Pourquoi la banquise polaire est-elle si importante?
Peu de personnes ont vu ces banquises. Elles sont à de très très hautes latitudes. Ce sont des paysages fabuleux, mais ce territoire est en train de disparaître, et personne ne le regarde ni ne fait attention. Le rôle de ces glaces est déterminant pour l’ensemble des climats de la planète. C’est le moteur des océans. Les eaux froides apportent l’oxygène des océans, activent les courants et maintiennent une poche de froid tout au nord. C’est primordial pour l’équilibre climatique de la planète.

Les 5% des océans recouverts de glaces exercent une influence énorme sur les 95% restants. Sans glace aux pôles, il n’y aurait pas d’animaux à sang chaud et à fourrure, pas d’humains. Toute la biodiversité est fondée sur le contraste entre le chaud et le froid. Si on perd la banquise, on retourne à un schéma climatique antérieur, semblable à celui qu’il y avait il y a 20 ou 30 millions d’années. La faune et la flore étaient bien différentes à ce moment et les humains ne faisaient pas partie de l’équation.

Dans votre livre, vous proposez d’utiliser la géo-ingénierie au service de la banquise, notamment en formant une barrière artificielle qui permettrait aux glaces de se régénérer. Comment cela fonctionnerait-il?
Le mot «géo-ingénierie» [l‘ensemble des techniques qui visent à manipuler et à modifier le climat terrien] peut faire peur, mais il existe des procédés extrêmement simples, mécaniques, déjà expérimentés dans d’autres contextes pour conserver le froid. L’île Hans pourrait servir à déployer un immense filin capable de bloquer dans un chenal les glaces qui dérivent naturellement vers le sud en raison du courant. En les bloquant de manière à ce qu’elles ne fondent pas l’été, elles vont gagner en épaisseur d’un hiver à l’autre. Par ce procédé, je pense qu’on peut obtenir un résultat tangible et mesurable. Il s’agit davantage de maintenir ce qui existe que de jouer aux apprentis sorciers. Tant qu’on peut éviter la fonte de ces glaces, on ralentit le réchauffement des glaciers du Groenland et donc l’élévation du niveau des mers. C’est absolument vital et essentiel. Ce serait la première fois qu’on engagerait un processus qui aurait un résultat tangible sur la protection de l’environnement depuis le protocole de Montréal en 1987 [sur l’interdiction des CFC].

Vous ne croyez donc pas aux efforts mondiaux comme la COP23, qui se déroule présentement à Bonn?
Absolument pas. On nous demande de croire sans preuve puisque, finalement, ça fait 23 ans qu’on parle sans obtenir de résultats. À l’heure actuelle, les accords commerciaux vont à l’encontre du moindre bon sens, et la quasi-totalité des transports repose sur les énergies fossiles. Notre confort repose sur une industrie qui n’a pas d’âme. On peut blâmer l’industrie, 
mais la seule solution vient 
de l’individu.

«Il faut reconnaître que notre modèle de développement actuel est totalement incompatible avec la protection du climat.»
Emmanuel Hussenet, explorateur
et écrivain français

Une île pour 
sauver la planète
Éditions Multimondes
L’auteur sera présent au 
Salon du livre de Montréal 
de demain à dimanche.

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