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Tomber le manteau, tomber la chemise, tomber tout. S’avancer en tenue d’Adam et passer à table pour un repas «surréaliste»: début novembre, le premier restaurant naturiste de Paris a ouvert ses portes.

Bienvenue à «O’Naturel»: un grand rideau blanc masque la vitrine de ce restaurant volontairement dissimulé dans cette rue tranquille du XIIe arrondissement. Seul le nom et un menu indiquent aux hôtes qu’ils sonnent à la bonne porte. 

A l’origine du projet: des jumeaux, Mike et Stéphane Saada, 42 ans, anciens assureurs qui ne pratiquent pas le naturisme.

Les deux frères ont passé beaucoup de temps à «comprendre et décoder» les nudistes et s’apercevoir qu’il y avait une demande: la France est la première destination naturiste mondiale et de plus en plus de lieux sont consacrés à cette pratique.

Début septembre, un espace naturiste avait ponctuellement ouvert au Bois de Vincennes près de Paris tandis qu’une piscine de la capitale leur propose toute l’année des créneaux horaires.

«Naturisme = vacances. Or, on n’est pas naturiste que pendant l’été», explique Stéphane Saada.

Tenue de ver exigée: il faut déposer ses vêtements – et son portable – dans les casiers du vestiaire, et ne garder que les chaussons fournis par la maison (sauf pour les femmes – 40% des clients selon les patrons – «qui veulent garder leurs talons»).

«Notre rôle, c’est de les mettre à l’aise: au moment où ils entrent en salle, on les accompagne à leur table, on les rassure pour leur dire que y’a pas toute la salle qui les regarde».

Dans la petite pièce aux murs bleus à la décoration épurée, des chaises recouvertes d’une housse noire «à usage unique». Les seules étoffes de la pièce sont les nappes, les serviettes et les vêtements des deux gérants qui font le service… Car eux, selon la loi, doivent être habillés.

A l’une des vingt tables ce vendredi soir, des adhérents de la Fédération française de naturisme (FFN). Son président Yves Leclerc s’extasie: «On est au coeur de Paris et on dîne nu, c’est un peu surréaliste».

Mieux qu’en vacances
«C’est comme en vacances, mais c’est mieux qu’en vacances», s’enthousiasme-t-il. «Quand je vais retourner chez moi à Leucate (Aude), je vais être obligé de m’habiller pour aller manger au restaurant», regrette-t-il.

Puis cinq jeunes hommes s’attablent, l’air goguenard, avant de retrouver leur sérieux lorsque la carte leur est tendue. Homard, noix de Saint-Jacques, escargots ou carré d’agneau. Un menu entrée-plat-dessert pour 49 euros qualifié de «bistronomique» par les frères Saada.  

Parmi eux Alexandre, pompier de 21 ans, trouve le lieu «sérieux, intime». Sa discrétion a convaincu le nudiste: «On est forcément avec des gens honnêtes, des gens qui en ont envie». Avant d’entrer, des passants lui ont lancé «bon appétit tout nu!».

«Heureusement que j’ai fait les pecs (NDLR: pectoraux) ce matin», plaisante Jimmy Denis, une main sur le torse. Le militaire de 28 ans avait «plus ou moins d’appréhension». Et relève qu’ici, «on ne se regarde pas de la même façon et qu’il ne fait pas froid».

Trois tables plus loin, Mélissa et Clément, deux trentenaires aficionados «au camping ou à la plage» sont venus de la région de Maubeuge. 

«Ça change de l’ambiance vacances/été. On s’imagine pas être en plein centre de Paris!», sourit Clément. L’adresse discrète «évite d’attirer la curiosité, parce qu’avec tous les a priori sur les naturistes…». «Les gens mélangent tout», surenchérit Mélissa.

Le restaurant n’est ouvert que le soir, uniquement sur réservation. «Les mauvaises surprises, on les détecte sur internet ou les questions déplacées par téléphone. Dans ces cas-là, on refuse ou on explique que s’ils veulent s’acoquiner, ils vont ailleurs», explique Stéphane.

«C’est pas parce que y a de la nudité qu’il y a de la sexualité», ajoute Mike.

Les voisins du quartier ont haussé un sourcil devant l’endroit, installé «juste à côté d’une crèche»: «J’ai rien contre du naturisme sur la plage. Mais manger à poil avec d’autres gens, je vois pas l’intérêt», juge Donatella Charter, une interprète de 42 ans.

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