Je parle peu de cette fois où j’ai marché sur la route de Compostelle et pourtant, j’aurais mille choses à en dire. Peut-être un peu par timidité (je n’ai marché que 200km après tout…) mais aussi, surtout, parce qu’un tel voyage ne pourrait se résumer en descriptions imprécises ou en quelques clichés montrés ici et là et dont les couleurs (parfois tout de même assez claires) ne sauraient honorer la beauté de l’endroit, tout simplement magique.

Parfois j’en parle un peu, tout de même.

Je ne suis pas sportive et je ne suis pas tout à fait d type plein air (quoi que mon boulot de journaliste voyage s’entête à me faire croire le contraire depuis quelques temps). Malgré tout, j’ai plongé dans l’aventure Compostelle tête première, en croyant savoir ce qui m’attendait… Évidemment, je ne savais rien.

C’est à un groupe créé par la Fondation Québécoise du Cancer que je me suis jointe pour marcher ce fameux chemin. Ce voyage, rebaptisé pour l’occasion Compostelle en tandem, en plus d’en être un de dépassement de soi se transformait ainsi en une occasion unique de marcher en l’honneur de gens disparus ou souffrant du cancer. Éprouvante, émouvante et doublement lourde de sens, cette «petite ballade» sur les routes sinueuses de France a, sans exagération, définitivement changé ma vie.

De notre départ du Puy-en-Velay jusqu’à notre arrivée ­(dix jours, des dizaines d’ampoules et 200 km plus tard) à la ville médiévale de Conques, il s’en est passé, de grands moments.

Personnellement, c’est de la musique plein les oreilles que je marchais le mieux. Dumas, Vincent Vallières, Fred Pellerin et même Aznavour ont donc marché avec moi, le long des routes de pierres volcaniques de l’Aubrac et sous le soleil parfois brûlant de cette France qui se prenait parfois pour l’Irlande.

Je n’avais jamais vu la France de cette manière. À travers les champs blonds ou verts mais toujours aux allures d’infini, les forêts quasi mystérieuses et les chemins de terre étroits et rocailleux, j’ai marché des heures qui semblaient défier le temps. Des milliers de pensées en tête parfois, puis soudainement la tête vide de tout tourment, jamais sur mon visage n’aura soufflé un tel vent.

Bien sûr, je me suis assise une ou deux fois par terre, pour pleurer la fatigue accumulée, le corps meurtri comme une ville en ruine. Oui, j’ai passé quelques nuits les pieds couverts de blessures, à en avoir du mal à dormir. Oh que oui, j’ai trouvé certains matins pénibles et la route parfois bien longue.

Pourtant, je n’ai jamais vécu rien de tel. Et puis, tout cela n’était rien comparé à la souffrance des malades du cancer en l’honneur de qui j’avais choisi de marcher. Cette pensée a d’ailleurs souvent suffit à me motiver et à mettre de côté cette peur de ne pas réussir, de ne plus avancer.

Beaucoup de mes amis marcheurs se sont confiés à moi au cours de ces dix jours de voyage. À bord de l’avion, le long de la route, lors d’un pique-nique improvisé ou lorsque nous en étions au café, après le repas du soir. On m’a raconté des histoires belles comme ce qu’il y a de plus beau et triste comme l’impuissance qui côtoie la maladie.

Était-ce parce que je suis journaliste ou parce que j’étais l’une des plus jeunes du groupe, que je leur rappelais peut-être leur fille, leur nièce, leur sœur? Je n’en sais rien. Une chose est sûre, à ces paysages grandioses et à ce chemin un peu plus mythique chaque jour sous chacun de nos pas, est venu s’ajouter le bonheur de grands moments que je n’attendais pas.

En voyage, souvent, même les lieux ne comptent pas.

Glober.tv

 

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