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Cette question a été posée sur le site CurioCité où les citoyens de Montréal peuvent s’adresser directement aux journalistes de Métro et poser leurs questions.

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Pour: Philippe Desmarais, organisateur communautaire au Comité Logement du Plateau Mont-Royal

«[Avec Airbnb], des appartements deviennent des hôtels, accessibles aux touristes qui pourtant ont déjà différents espaces dans la ville pour être hébergés, prévient Philippe Desmarais, organisateur communautaire au Comité logement Plateau–Mont-Royal (CLPMR). Ce sont des appartements qui sont retirés à des locataires pour des touristes. Ultimement, ça fait aussi augmenter le prix des loyers parce qu’il y a moins de logements qui sont disponibles.»

Même si les problèmes de disponibilité des logements à Montréal ne sont pas arrivés avec Airbnb, ce type de location accélère le phénomène, ajoute-t-il.

Le CLPMR lutte activement contre Airbnb depuis environ un an, expose M. Desmarais. Une manifestation contre les plateformes d’hébergement touristique a d’ailleurs été organisée en juin.

Les quelque 3000 logements ou chambres offerts en location dans le Plateau–Mont-Royal sur Airbnb représentent environ 5% de tous les logements de l’arrondissement. «Ce ne sont pas tous les logements qui sont proposés en entier à l’année longue, mais [ça équivaut à] 1 logement sur 20 qui est potentiellement retiré du marché locatif. Et quand vient le temps de trouver un nouveau logement, l’offre ne grandit pas parce que le quartier est déjà super densifié», détaille M. Desmarais.

L’organisateur communautaire du CLPMR évoque aussi le cas concret de certains locataires qui se sont fait harceler par leur propriétaire afin qu’ils quittent leurs logements. «Certains d’entre eux avaient accepté de quitter en échange d’une certaine somme, explique-t-il. [Les locataires qui sont restés se sont rendu] compte que les logements de ceux qui avaient quitté devenaient des logements loués tout le temps sur Airbnb.» M. Desmarais évoque aussi que certains touristes qui louent des logis sur Airbnb sont là pour faire la fête, et que des problèmes de voisinage peuvent survenir.

Une étude menée à New York en 2016 pour une organisation communautaire nommée Housing Conservation Coordinators, indiquait que si les quelque 8000 logements ou chambres mis en location sur Airbnb dans la Grosse Pomme étaient de nouveau disponibles sur le marché locatif permanent, l’offre serait bonifiée de 10%.

Contre : Jasmin Guénette, Vice-président, Institut économique de Montréal (IEDM)

Le vice-président de l’Institut économique de Montréal (IEDM), Jasmin Guénette, est catégorique: «Ce n’est pas à cause d’Airbnb qu’il n’y a pas assez d’offre de logement.»

Selon lui, la «soi-disant pénurie de logements» était un problème discuté à Montréal bien avant l’arrivée d’Airbnb. «Là c’est facile, il y a un coupable, une grosse compagnie qui fait beaucoup d’argent. On la pointe du doigt. On veut empêcher la plateforme d’être utilisée par des gens qui veulent louer des appartements et qui veulent mettre des appartements à louer.»

Le problème, d’après M. Guénette, est ailleurs. «Si on a des lois qui restreignent trop le zonage et que les plans d’aménagement sont trop difficiles et trop coûteux [à mettre en place], il va se construire moins de logements.»

Pour M. Guénette, l’impact d’Airbnb et des autres plateformes similaires de location d’appartement sur le prix des loyers et sur la disponibilité des logements est «nul ou quasi inexistant». Il maintient que «dans la grande majorité des cas, les gens qui mettent des appartements sur Airbnb habitent le logement et le laissent à d’autres personnes quelques week-ends par année».

M. Guénette croit que les cas de locataires évincés de leurs logements par des propriétaires qui louent ensuite sur Airbnb est «une goutte d’eau dans l’océan [et ne représente] pas la majeure partie de la business».

Par ailleurs, il mentionne qu’Airbnb aurait avantage à stimuler la vie économique des quartiers, puisque les personnes louant des logements dans des secteurs qui ne sont pas touristiques à la base font des achats dans des commerces du quartier. «Les gens découvrent la ville d’une autre façon. Il y a un aspect économique et touristique important qu’amène l’économie du partage pour les loyers», croit-il.

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