LONDRES — D’une façon ou d’une autre, le football retournera un jour au club Chapecoense.

À travers le deuil et après les funérailles des 19 membres de l’équipe morts dans un écrasement d’avion, on y jouera de nouveau au football, comme on l’a fait à Manchester United ou au Torino après des tragédies semblables.

«Pendant tant d’années, j’ai été au coeur de cet effort de Manchester United de maintenanir en place le football, a écrit l’international anglais Bobby Charlton dans son autobiographie parue en 2007. Il y avait toujours un grand espoir: le retour à sa grandeur d’avant la tragédie de mon club bien-aimé.»

Chapecoense, une équipe de la petite ville brésilienne de Chapeco, s’était envolée afin de disputer la finale de la Copa Sudamericana — le deuxième plus gros tournoi d’Amérique du Sud — quand l’avion nolisé transportant les joueurs, le personnel et des membres des médias s’est écrasé dans les montagnes colombiennes, faisant 71 victimes.

Trois joueurs ont survécu, mais ils ont tous subi de sérieuses blessures.

En 1958, huit joueurs de Manchester United sont décédés sur une piste d’atterrissage enneigée de Munich. Menée sur le terrain par Charlton, alors âgé de 20 ans seulement, l’équipe a tout fait afin que l’âme de ces «Busby Babes» — ces joueurs formés à l’équipe jeunesse ayant progressé à la première équipe sous Matt Busby dans les années 1940 et 1950 — ne soit pas oubliée.

Le Torino était le plus grand club du foot italien avant la tragédie de 1949, quand 18 de ses joueurs sont décédés dans un écrasement d’avion. L’équipe avait remporté les quatre titres précédents de la Série A, mais elle a dû patienter jusqu’en 1976 avant de remporter son prochain — et dernier — titre.

«C’est une destinée qui nous lie inextricablement, a-t-on lu sur le compte Twitter du club après la tragédie de Chapecoense. Nous sommes avec vous de façon fraternelle.»

Les administrateurs de Chapecoense qui ont survécu ou n’ont pas voyagé avec l’équipe doivent maintenant à la fois s’occuper des familles en deuil et des survivants. Matheus Saroli, le fils de l’entraîneur, avait oublié son passeport, alors il n’a pas pu s’envoler avec l’équipe. Une blessure a empêché Alejandro Martinuccio de se joindre à ses coéquipiers pour ce match aller en Colombie contre l’Atletico Nacional, le match le plus important de l’histoire du club.

Depuis l’accident, le club s’est fait offrir des joueurs en prêts de clubs rivaux comme Flamengo, Palmeiras et Sao Paulo afin de poursuivre ses activités, comme on l’avait fait pour Manchester United il y a 58 ans.

La talentueuse édition 1958 de Man U, sous la direction de Busby, était destinée à de grands honneurs. L’équipe revenait de Belgrade, où elle s’était assurée d’une place en demi-finales de la Coupe d’Europe. Deux mois plus tard, une formation reconstruite s’est inclinée devant l’AC Milan.

«J’ai tout donné et j’avais été choisi joueur du match contre Milan, s’est rappelé l’attaquant Kenny Morgans, décédé en 2012, avant les commémorations entourant les 50 ans de la tragédie, en 2008. Ensuite, j’ai mis un terme à ma carrière. Je ne voulais pas jouer au sein de la première équipe, parce que je m’ennuyais trop des gars qui étaient morts.»

Après Munich, certains des joueurs de Man U se sont sentis abandonnés par le club.

«Jackie Blanchflower et Johnny Berry ont trouvé la vie très dure après les incidents de Munich, a raconté leur coéquipier Albert Scanlon dans le livre ‘The Lost Babes’, paru en 2007, deux ans avant sa mort. Ces incidents ont non seulement tué plusieurs des joueurs dans cet avion, mais également plusieurs des survivants et des joueurs qui ont dû être promu un an ou deux trop rapidement. Ils n’ont jamais été les mêmes par la suite.»

Dix ans plus tard, Manchester United a gagné le plus grand tournoi d’Europe pour la première fois. Pour couronner la réhabilitation de ce club qui est finalement devenu le plus titré d’Angleterre, Charlton avait inscrit deux buts dans la victoire de 4-1 inscrite aux dépens de Benfica, en finale de la Coupe d’Europe.

«(La tragédie de Munich) a fait en sorte que le club a obtenu beaucoup de sympathies à l’époque et à partir de ce moment, une histoire d’amour s’est bâtie uniquement en raison de la reconstruction effectuée par Matt et de ce titre de 1968, a rappelé l’ex-entraîneur du club Alex Ferguson. Il l’a fait de la bonne façon.»

Aussi dans Sports :

blog comments powered by Disqus