MONTRÉAL — ‘The Don’, comme on surnommait Don Matthews dans le milieu, ne laissait personne indifférent.

Le membre du Temple de la renommée du football canadien était un personnage plus grand que nature, doté d’un esprit vif qui appréciait particulièrement les feux de la rampe, et qui prenait un malin plaisir à garder les gens qui l’entouraient sur le qui-vive en adoptant un style particulièrement abrasif.

Matthews fut l’un des entraîneurs les plus prolifiques de l’histoire de la Ligue canadienne de football (LCF) en vertu de ses 231 victoires et de ses 10 conquêtes de la Coupe Grey.

Mais il était également très controversé, puisqu’il aimait prendre des risques pour obtenir du succès.

Les joueurs ont toujours aimé jouer pour lui puisqu’il avait la réputation de créer une atmosphère gagnante et de protéger ses hommes. Pendant la saison régulière, les équipes de Matthews participaient rarement à des entraînements avec contacts, et il les laissait souvent contribuer à l’ébauche d’un plan de match.

Pierre Vercheval a d’abord côtoyé Matthews en 1989, à l’époque où il occupait un poste de coordonnateur défensif des Eskimos d’Edmonton, puis en 1996 et 1997, alors que ‘The Don’ était entraîneur-chef des Argos. Ces deux années-là ont été, de l’avis du principal intéressé, les plus marquantes de sa carrière puisqu’il a soulevé la coupe Grey en chaque occasion.

«Quand je pense à ma carrière, ce n’est pas bien compliqué: les années où j’ai eu le plus de succès, et celles où j’ai eu le plus de plaisir, c’étaient les années ‘Don Matthews’, a confié l’ex-joueur de ligne offensive. C’était un entraîneur qui n’avait pas peur de faire les choses différemment. C’était un innovateur, un motivateur, un gars qui osait mettre au point des stratégies inédites et qui préparait son équipe de façon très différente des autres.»

Bruno Heppell, qui a joué sous les ordres de Matthews entre 2002 et 2004 à Montréal, n’a pas tari d’éloges à son endroit lui non plus.

«Il ne traitait pas ses joueurs comme ses fils, mais comme des hommes, a-t-il évoqué. Il disait: ‘Je vais vous traiter comme des adultes, mais lorsque vous sautez sur le terrain, vous me donnez votre meilleur football.’ C’était un gars qui avait été dans l’armée, et même s’il ne nous traitait pas comme des soldats, il nous avait tous responsabilisés — et disciplinés. (…) C’est le meilleur entraîneur que j’ai eu.

«(L’annonce de son décès) est une triste nouvelle, a-t-il ajouté. Il a eu un gros impact sur nous, entre 2002 et 2004; ç’a été des années incroyables. En même temps, nous nous en attendions un peu, parce qu’il ne ‘feelait’ pas depuis quelques années déjà. C’était vraiment triste de le voir dans cet état-là.»

Bien que reconnu pour être un «entraîneur près de ses joueurs», il pouvait aussi être impitoyable lorsqu’il s’agissait de prendre des décisions au niveau du personnel et de clouer des joueurs au banc. Éric Lapointe, qui a joué pour Matthews à Montréal entre 2002 et 2006, en sait quelque chose.

«J’avais une drôle de relation avec Don, a relaté l’ex-demi offensif des Oiseaux. Il m’avait retranché du camp des Eskimos d’Edmonton à ma première saison après qu’ils m’eurent repêché, en 1999. Nous nous sommes retrouvés quelques années plus tard, en 2002, et je dois admettre que j’étais très craintif lorsque les Alouettes ont annoncé son embauche, surtout que j’avais connu une bonne saison l’année précédente. Mais le premier jour du camp, il était venu me voir et m’avait dit de ne pas m’en faire, que j’avais ma place dans l’équipe et que j’étais un de ses ‘boys’. C’était la seule fois de ma carrière qu’un entraîneur m’avait dit ça. Ça m’avait mis en sécurité.

«Je considérais Don Matthews d’abord comme un ami, a résumé Lapointe. Il avait même pris la peine de me faire une petite vidéo pour mon 40e anniversaire, il y a deux ans. Déjà, à cette époque-là, il ne pouvait pas se déplacer en raison de son état de santé. C’est une bien triste nouvelle.»

Aussi dans Sports :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!