Ryan Remiorz/La Presse canadienne Jonathan Drouin

Tout d’abord, chez le Canadien, quelques jours après notre dernier papier, Marc Bergevin a fait ce qu’il disait qu’il ne ferait pas, c’est-à-dire échanger un de ses jeunes espoirs de premier plan en retour d’un joueur vedette potentiel à l’attaque. Tiens, tiens, tiens…

Même s’il a minimisé l’impact de ce changement de cap, peut-être que pressé par la situation ou son propriétaire…

Bergevin a cédé à la tentation de mettre la main sur un joueur offensif capable de faire du CH une équipe plus menaçante. L’idée de sacrifier le jeune Sergachev vient à l’encontre de ce que le dg du Canadien a toujours prêché, mais de prime abord, le faire en retour d’un espoir de 22 ans, ce n’est pas une mauvaise idée.

La position du CH au repêchage (25e à la première ronde) ne favorise pas un tour de magie, soit un premier choix qui viendrait changer la face de l’attaque dès maintenant.

Sergachev, aussi prometteur qu’il soit et malgré quelques réserves d’observateurs juniors, n’aurait pas aidé le CH à la gauche dès cette année. Le seul match qu’il a joué en avril à Détroit nous a laissé présager que Sergachev avait besoin de temps de jeu avec le Rocket de Laval.

Drouin, dans son cas, un mal-aimé chez le Lightning, n’a jamais pu vraiment obtenir la confiance de tout le groupe d’hommes de hockey. Assez souvent, la physionomie de son coach Jon Cooper, derrière le banc, a trahi. Drouin n’était pas le préféré là-bas. La conjoncture est excellente pour lui à Montréal, car le public a soif d’un joueur spectaculaire capable d’électriser. Le CH a besoin de quelques buts de plus.

L’arrivée de Claude Julien l’an passé met aussi la table pour que Drouin puisse continuer de grandir dans un meilleur environnement. Longtemps étiqueté comme un coach ultra défensif, Julien a quand même développé à Boston des joueurs offensifs plus qu’appréciables, comme Brad Marchand. Qui l’eut cru! Un projet que Julien a mis à terme brillamment. Dans un style plus différent, Patrice Bergeron, un des joueurs les plus fiables de la LNH, a toujours su marquer des buts importants. Julien les a rendus responsables sans les étouffer. La preuve, ces deux vedettes sont parmi les meilleurs marqueurs de la LNH année après année.

Drouin profitera de cet environnement. Il sera aussi entouré et non étouffé, comme il l’était peut-être à Tampa. L’entraîneur Cooper a fait son lit avec les Palat, Johnson et Kucherov. Ce sont ces gars. Drouin ne faisait pas partie de la clique. À Montréal, le jeune patineur de Sainte-Adèle va s’intégrer à un groupe qui a bien besoin de sa finesse et de son jeu spectaculaire au filet. Il appuiera solidement Max Pacioretty et Alex Galchenyuk.

Parlant du Russe…
Intéressant que tous s’attendent à le voir quitter Montréal dans les jours qui viennent. Mais pourquoi donc?

Le secret le moins bien gardé à Montréal c’est la difficulté avec laquelle la direction de l’équipe semble avoir à composer avec le caractère plutôt têtu du jeune homme. N’a-t-on pas vu quelques cas semblables dans le passé? N’étions-nous pas exaspérés parfois, il y quelques années, par l’attitude un peu «au-dessus de ses affaires» de Carey Price? Aujourd’hui, nous l’identifions, avec raison, comme l’âme et le leader ultime de cette équipe. Difficile de prévoir exactement ce que deviendra Galchenyuk dans quelques années, mais la meilleure façon de le voir est d’attendre au moins une autre saison.

Bergevin a toutes les cartes dans son jeu face à lui. Galchenyuk ne peut demander l’autonomie complète ou réclamer une transaction, à moins que Bergevin veuille la faire, et il ne peut exiger un contrat à long terme trop lucratif pour l’instant. Son agent, Pat Brisson, un ami personnel du dg, et reconnu comme un des meilleurs de sa profession, a dit sans détour que Galchenyuk s’attend à devoir composer avec un contrat à courte échéance. Un an, pas plus.

Galchenyuk n’a pas le choix. Il jouera dans la KHL ou avec le CH sur un contrat à court terme. Ce sont les seules options qui s’offrent à lui. Même s’il priait Bergevin de l’échanger, le CH n’est pas obligé. Au contraire, le CH doit en profiter et placer le jeune homme dans une situation où il devra démontrer que sa saison de 30 buts n’était pas un feu de paille. La situation place aussi Galchenyuk dans une approche responsable. Si Galchenyuk veut des beaux dollars, il doit démontrer qu’il les mérite, qu’il mérite la confiance de ses patrons et pour ça, il faudra le garder au moins encore un an.

Ce serait, entre vous et moi, une excellente nouvelle pour Trevor Timmins si Galchenyuk finissait par devenir le joueur offensif tant espéré, et au centre à part ça. Après avoir vu quitter les choix de première ronde par toutes les portes de sortie, le dernier en lice étant Nathan Beaulieu, Timmins a bien besoin de voir une réussite comme celle que furent Carey Price et Max Pacioretty au début des années 2000.

Le repêchage d’expansion visant à faire une place aux Golden Knights de Las Vegas entraînera un mouvement de personnel intéressant. Ça forcera aussi quelques dg frileux à faire des transactions et à bouger. Ils n’auront pas le choix.

Le Canadien pourrait bien, comme certaines équipes, profiter de l’occasion en manœuvrant habilement pour colmater quelques brèches. La plus importante est au centre. Peut-être qu’encore là, à court terme, Galchenyuk est la seule solution, à moins d’une surprise…

L’autre brèche à colmater, c’est le siège de gauche aux côtés de Shea Weber. Andrei Markov a beaucoup plus de hockey derrière lui que devant, il ne peut donc plus être une solution pour le CH. Ça prend un gaucher solide capable de bien bouger ses pieds et possédant aussi une bonne vision du jeu. Le récent passé nous a permis de voir qu’il est possible de dénicher de belles surprises. Est-ce qu’il traîne à quelque part dans la LNH une version défensive de Phillip Danault?

Là où intervient la qualité des hommes de hockey que possède une organisation, ce sont les moyens de trouver des réponses. Pouvoir mettre la main sur des joueurs qui ont encore à offrir, surtout dans une Ligue où les joueurs dominants sont de plus en plus jeunes. Malheureusement, pour l’instant, comme la qualité du développement souffre chez le Canadien, on devra regarder ailleurs pour colmater cette brèche. Et vu le départ de Sergachev, qui aurait pu être une solution à la limite, le besoin est encore plus urgent à cette place.

Ailleurs maintenant…
Jamais autant de pouvoir n’a été donné à un seul homme dans l’histoire récente de la LNH. Il faut peut-être revenir à l’époque où M. Sam Pollock réussissait tout ce qu’il touchait.

George McPhee s’est vu donner les clés de la voûte. Il aura l’occasion de sélectionner une équipe assez compétitive avec des choix inattendus disponibles sur les listes de joueurs non protégés publiées ce dernier week-end.

Il apparaît évident que la fondation des Golden Knights sera sur les épaules de Marc-André Fleury. Mais «Flower» sera appuyé par une équipe qui ne sera pas piquée des vers. Las Vegas est un marché séduisant pour les joueurs de la LNH.

En ce qui à trait aux autres équipes, comme c’est difficile de prévoir au moment d’écrire ces lignes qui perdra quoi, à la lumière des commentaires entendus ces derniers jours, ce qui semble faire mal à certains joueurs c’est de se réveiller avec leur nom écrit dans la case des non-protégés.

Jonathan Marchessault, après une saison de 30 buts chez les Panthers, a dit que c’était une «claque à son ego». Dion Phaneuf a placé le dg des Sens, Pierre Dorion, dans une situation difficile. Les Sens pourraient perdre Marc Méthot, bon ami du capitaine Karlsson, en raison du contrat de Phaneuf et de ses clauses. Ces quelques exemples montrent que quelques egos ont été écorchés.

Les joueurs acceptent que le hockey est une business et passeront rapidement l’éponge en défendant les couleurs de leur équipe, même si pendant quelques jours, il auront été sur une liste «on ne veut plus de toi». Il faut s’attendre à ce que quelques individus plus sensibles risquent de le prendre mal. Réaliser que l’équipe pour laquelle vous vous êtes battu vous a laissé sans protection, ça fait mal. Les entraîneurs et les directeurs généraux de la LNH devront passer la vadrouille avec certains. Une ronde de golf, une petite visite à la résidence estivale ou un copieux souper au resto, il y aura quelques blessures de l’âme à réparer. Le Canadien ne fait pas exception.

L’après-expansion serait très captivante. Certaines équipes seront probablement dans l’obligation de troquer quelques âmes blessées. Avec un plafond salarial qui stagne encore, ça rendra les choses encore plus excitantes pour les amateurs.

Le repêchage
Même si l’encan amateur de 2017 ne semble pas très riche en talent, il reste qu’il y a là certainement des joueurs qui, dans quelques années, feront de certains recruteurs des génies.

Il ne semble y avoir d’yeux que pour Nico Hischier et Nolan Patrick. C’est dans ce genre de repêchage que certaines perles peuvent ressortir, comme Cale Makar, un défenseur surdoué qui a tourné le dos à WHL pour jouer dans le Tier 2 pour ainsi se préparer à un début de carrière chez les universitaires américains. Makar ne fréquentera probablement jamais l’université si on écoute certains recruteurs. Ce genre de surdoué peut se faufiler et causer une surprise.

Erik Karlsson des Sénateurs est maintenant le comparatif utilisé pour ce genre de joueur ultra doué. Le genre de risque autour de ces joueurs n’effraie plus personne. À voir Karlsson mener son équipe jusqu’aux portes de la finale de la Coupe, ça fait rêver. Makar fait aussi rêver. Des équipes comme Dallas et Philadelphie, pourraient être ébranlées par ce genre de joueur.

Que restera-t-il lorsque le CH parlera au 25e rang? La centrale de recrutement de la LNH a répertorié le nom de deux Québécois susceptibles d’être disponibles lorsque le CH parlera: Pierre-Olivier Joseph, un défenseur de Charlottetown, et Maxime Comtois, un ailier gauche des Tigres de Victoriaville, ont été classés à la toute fin de la première ronde. Les deux possèdent un beau talent selon ceux qui les ont évalués et côtoyés cette année dans la LHJMQ, mais rendu à la fin de la première ronde, dans un repêchage qui s’annonce peu excitant, ce ne sont pas des joueurs parfaits.

Ça ajouterait toutefois au bonheur que nous avons eu de voir Drouin mettre le bleu-blanc-rouge sur son dos la semaine passée. Et une chose est certaine: personne ne veut revoir l’épisode Louis Leblanc, alors que le Canadien a choisi le Québécois plutôt que Chris Kreider, un joueur de premier plan chez les Rangers. Leblanc, lui, à 26 ans, a mis fin à sa carrière pour poursuivre ses études.

Un gars de chez nous? Oui, si c’est le meilleur joueur disponible. Timmins a préféré Max Pacioretty à David Perron en 2007; il n’a pas été populaire, mais il ne s’est pas trompé.

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