MONTRÉAL — Sur un terrain de la République dominicaine, par une chaude journée de 1993, Fred Ferreira s’apprête à évaluer tout un paquet de jeunes baseballeurs pour les Expos de Montréal, son employeur de l’époque.

Soudainement, un type s’amène sur une moto avec un grand gars derrière lui.

«Accepterais-tu qu’un autre gars se joigne au groupe?», lui demande l’homme en question.

«Bien sûr, acquiesce Ferreira. À quel position joue-t-il?»

«C’est un voltigeur», lui répond son interlocuteur.

Un grand gaillard dégingandé, portant deux chaussures différentes — pas de la même pointure —, se dirige alors sur le terrain. C’est Vladimir Guerrero.

Fred Ferreira, qui a fourni 75 joueurs au Baseball majeur et qui à une certaine époque comptait sept de ses trouvailles dans la formation partante des Expos, ne découvrira jamais meilleur joueur de toute sa carrière.

«Avec les voltigeurs, je commence habituellement par les faire lancer au troisième but et au marbre, a raconté à La Presse canadienne celui qui travaille maintenant pour les Orioles de Baltimore. J’ai tout de suite aimé ce que j’ai vu: ses lancers étaient ‘vivants’. Sa balle ne fléchissait jamais avant d’atteindre sa cible.

«Quand est venu le temps d’effectuer une course sur 60 verges, il a tout simplement survolé la distance en 6,6 secondes! Je lui alors demandé s’il avait une autre paire de chaussures comme les siennes à la maison. Il a bien ri!»

Ferreira n’hésite pas une seconde et demande à Guerrero, alors âgé de 18 ans, de disputer un match organisé avec les 18 meilleurs éléments parmi les quelque 35 évalués ce jour-là.

«J’ai dit à mon adjoint: ce gars qui lance et court si bien, faisons-le frapper premier à chaque manche, afin que je le vois le plus possible’. J’avais un vol à attraper et je voulais le voir frapper.»

À sa première présence au bâton, Guerrero frappe un roulant vers l’arrêt-court. En courant au premier sac, il s’étire un muscle de la cuisse et sa journée est terminée.

«C’était pénible à voir. Alors que nous continuions le match, lui était assis dans l’abri, la tête entre les jambes, se rappelle Ferreira. Je n’arrêtais pas de le regarder et soudain, j’ai dit à mon assistant: ‘Tu sais quoi? Donnons-lui une chance. J’ai vu ses lancers. J’ai vu sa course. Je vais prendre une chance sur son coup de bâton’.»

Ferreira est alors passé par la résidence de Guerrero, où sa mère était très ravie de l’accueillir, et il lui a fait signer un contrat.

«Pour une bien petite somme, admet Ferreira. Sports Illustrated a déjà dit de cette entente que c’était la deuxième meilleure de toute l’histoire du baseball, après la vente de Babe Ruth des Red Sox aux Yankees! J’avais mis sous contrat Vladimir Guerrero pour 1500 $!»

Il s’est bien repris: Guerrero a touché plus de 125 millions $ US au cours de sa carrière.

«Ce que j’ai écris dans mon rapport cette journée-là, c’est qu’il pourrait être le joueur du mois pour les six prochains mois, se rappelle celui qui a aussi découvert Bernie Williams, Orlando Cabrera et Jose Vidro, pour ne nommer que ceux-là. C’est ce qui est arrivé quand il s’est joint au niveau A (en 1995): il a été joueur du mois trois ou quatre mois d’affilée.»

Moins de trois ans plus tard, après un passage au A fort et au AA, Guerrero rejoint les Expos pour neuf matchs en fin de saison.

«Quand j’ai parlé (au gérant) Felipe Alou de Guerrero la première fois, je lui ai dit que je croyais avoir déniché un joueur pour les Majeures, mais qu’on devrait garder les instructions à son endroit plutôt simples. ‘Laissons-le faire ce qu’il sait faire. Il fait les choses à sa manière, mais il est très talentueux’, avais-je dit. J’avais frappé dans le mille!»

Ferreira n’était pas le seul a être enflammé par la signature de Guerrero.

«La première fois que Dan Duquette (le directeur général des Expos) l’a vu, il était très excité. Nous en parlons encore des années plus tard, raconte Ferreira. C’est la plus belle trouvaille de ma carrière.»

«Je suis extrêmement excité par son élection au Temple de la renommée», a avoué le vétéran dépisteur, qui a sa propre section à Cooperstown, en raison de ses nombreuses trouvailles.

Note aux lecteurs: Ce texte est une version corrigée. Nous aurions dû lire que M. Ferreira a rencontré Vladimir Guerrero en 1993, non 1994.
Le reste du texte a été modifié en conséquence.

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