J Pat Carter / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Vendredi et samedi à Dallas, 217 jeunes adultes seront au comble du bonheur. Mais combien d’autres vivront l’amère déception d’avoir été ignorés lors du repêchage annuel de la LNH. Si c’est le cas, ils n’auront qu’à s’abreuver des sages paroles de l’un des plus grands hockeyeurs des deux dernières décennies.

À l’été de 1993, Martin St-Louis était susceptible d’être sélectionné par l’une des 26 formations qui composaient alors les cadres de la LNH. Non seulement le nom de St-Louis n’a pas été prononcé au Colisée de Québec, mais le Lavallois ne s’était même pas déplacé pour ce prestigieux événement, préférant plutôt collaborer à une école de hockey estivale.

«Je ne pensais pas à me faire repêcher, je ne m’étais pas arrêté à ça, car je m’en allais dans une université américaine. Pour moi, ça n’a pas été une grosse déception. Aucune équipe ne m’a appelé; je n’étais pas dans les cartes. Je me suis développé plus tard. J’étais tout petit. En 1993, on ne repêchait pas des gars de cinq pieds, huit pouces et 150 livres», a raconté l’ancien joueur étoile du Lightning de Tampa Bay.

La réaction de St-Louis n’est possiblement pas unique, mais elle est sans doute très rare. En général, une séance de sélection est un événement attendu avec fébrilité par tous les candidats admissibles.

«Je pense que l’un des premiers rêves d’un jeune est de se faire repêcher dans la Ligue nationale. C’était le mien», admet Stephan Lebeau qui, à cinq pieds, huit pouces et 158 livres, avait totalisé 69 buts et 146 points à sa deuxième saison avec les Cataractes de Shawinigan en 1985-1986, celle qui précédait son admissibilité au repêchage.

Le rêve a tourné au cauchemar le 21 juin 1986 au Forum de Montréal, où il s’était présenté en compagnie de son père. Les dirigeants des 21 équipes occupaient le parterre de la mythique enceinte sportive, prêts à sélectionner de futurs espoirs pendant 12 rondes.

«Pour résumer la situation, 12 rondes plus tard, je suis sorti du Forum sans avoir été repêché, en pleurs avec mon père. La Ligue nationale venait de me dire qu’il n’était pas question qu’elle me fasse une place. J’étais parmi les meilleurs buteurs, les meilleurs pointeurs, de ce repêchage au niveau canadien.

«Je ne pensais pas être sélectionné parmi les premiers, mais peut-être en quatrième ou cinquième ronde. C’est sûr que ç’a été l’une des plus grosses déceptions de ma carrière. Sans aucun doute.»

Trois ans plus tard, à Bloomington, Donald Audette, un autre Québécois de petite taille, a vécu les mêmes appréhensions que Lebeau. Le dénouement a été plus heureux, avec une sélection en 9e ronde, par les Sabres de Buffalo.

«Je m’attendais à entendre mon nom en 4e ou en 5e ronde. En 7e ronde, c’était la panique! Quand j’ai entendu mon nom, c’est comme si mon nom était sorti en première ronde, le tout premier, relate Audette, aujourd’hui dépisteur chez le Canadien. Ce sont des moments stressants. Tu es là, assis dans l’inconnu, et tu ne sais pas à quoi t’attendre.»

Gravir l’Everest

Ces trois Québécois sont autant d’exemples probants que le fait d’avoir été «oublié» au repêchage, ou sélectionné tardivement, n’a aucun lien avec une carrière réussie.

«La seule chose que le repêchage veut dire, c’est qu’à 18 ans, tout le monde pense que tu es l’un des meilleurs», souligne St-Louis, double vainqueur du trophée Art-Ross.

«Mais quel joueur seras-tu à 19 ans? À 20 ans? À 21 ans? Il y a bien des distractions, bien des choses qui entrent en ligne de compte. Une carrière, ce n’est pas un sprint de 100 mètres, c’est un marathon. Tu dois continuer à évoluer, à t’améliorer. Quand tu as 22 ou 23 ans, c’est là que tu es le plus proche de ton sommet», illustre l’auteur de 1033 points en 1134 matchs dans la LNH.

Lebeau, qui a inscrit 31 buts et 80 points avec le Canadien en 1992-93, voit la journée du repêchage comme les premiers pas d’une longue ascension.

«Il y a quelques exceptions, des super-talentueux qui sont appelés à être sélectionnés tôt et à ne pas manquer leur coup. Mais pour 95 pour cent des autres, le repêchage, c’est comme être au pied du mont Everest, alors qu’il y a encore la montagne à gravir. Que tu sois repêché ou non, il te reste un parcours immense pour atteindre la Ligue nationale.

«Le jour du repêchage, c’est le ‘fun’, ajoute Lebeau. Tu as un chandail et tu peux dire à toute ta famille et à tes chums que tu as été repêché. Mais à partir du moment où le repêchage est terminé, tu es encore nulle part. Alors, endors-toi pas.

«Et le contraire est aussi vrai. Si tu n’as pas été repêché, que tu as un certain talent et que tu es déterminé, il te reste encore beaucoup d’années pour te développer.»

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