Ryan Remiorz / La Presse Canadienne Jean Pascal

MONTRÉAL — Il faut l’admettre: l’annonce du retour de Jean Pascal en combat de championnat du monde en a surpris plusieurs. Et de le voir affronter le champion Dmitry Bivol laisse croire à plusieurs qu’il sera grandement négligé.

Ça fait bien l’affaire de tout le clan Pascal.

L’étoile de Pascal avait possiblement pâli dans l’oeil de plusieurs dans les derniers mois. Après sa défaite très honorable contre Eleider Alvarez, Pascal est allé livrer son «dernier combat en carrière» contre Ahmed Elbiali, en Floride. Puis, surprise! Il sort de sa retraite pour affronter… Steve Bossé, qui n’est absolument pas un boxeur du même calibre que Pascal.

Après avoir facilement déclassé Bossé, l’ex-tenant du titre du World Boxing Council (WBC) chez les mi-lourds devait livrer un affrontement face à l’obscur Gary Kopas pour le titre canadien des lourds légers en Nouvelle-Écosse, au début novembre.

Mais c’est plutôt un duel face à Bivol (14-0, 11 K.-O.) pour le titre des mi-lourds de la World Boxing Association qui attend Pascal (33-5-1, 20 K.-O.).

«En fait, Jean s’alignait pour se battre contre Sean Monaghan à la fin septembre, raconte son entraîneur, Stéphan Larouche. Il s’est entraîné tous les mois d’août et septembre, mais ça n’a jamais eu lieu. Il faut donner le mérite à son agent, Greg Leon, qui fait un travail extraordinaire avec lui. Il le garde vivant, il lui fait gagner des combats, il lui fait faire de l’argent, il le garde actif. Il lui a dit: ‘Jean, si t’es dans le gymnase, je vais peut-être te faire vivre ton rêve de livrer un dernier combat de championnat du monde’. Un gérant, un agent, c’est à ça que ça sert.

«Même si certains pensaient qu’on allait passer chez les lourds légers, Jean n’a même pas atteint la limite permise de 200 livres pour son combat contre Bossé. À tous les jours dans le gymnase, Jean est entre 188 et 192 livres. Lors de ce combat, il pesait environ 192 livres. Il n’y a donc rien qui a vraiment changé. Avec ce combat (contre Bossé), on a vu qu’il fallait laisser (les championnats chez les lourds légers) aux autres. On a vu que s’il voulait vivre un autre championnat du monde, ça se passerait chez les mi-lourds. Malgré tout ce qui s’est passé, Jean est demeuré un mi-lourd.»

Le clan Pascal a été contacté il y a deux semaines environ par celui de Bivol. On a donc raconté un mensonge pieux quand on a affirmé que le combat face à Kopas était annulé en raison du décès du père de Pascal, qui se rendra d’ailleurs en Haïti au cours des prochaines heures pour assister à ses funérailles.

«Quand t’es champion du monde, tu décides quand et contre qui tu vas te battre. Quand tu n’es pas champion et que tu veux le redevenir, tu attends le téléphone. Stratégiquement, personne ne t’appelle trois mois d’avance. Un champion qui t’appelle trois mois d’avance joue contre les principes de base de la boxe.

«En n’étant plus champion, Jean devait être dans le gym. Ça s’est passé rapidement: quand on l’a su, nous étions à sept semaines du combat.»

Larouche a accordé 10 jours de répit à son protégé en raison du décès de son père, mais le camp reprendra de plus belle dès lundi.

Le «portier»
Pour le clan Bivol, Pascal ne se veut qu’une formalité, un nom à ajouter à leur tableau de chasse. En anglais, on parle d’un «gatekeeper»: un portier. Un boxeur qui sert à valider ses acquis, à faire un pas de plus dans sa progression.

«Il a relativement peu d’expérience en boxe professionnelle jusqu’ici et, à 28 ans (en décembre), il est jeune, souligne Larouche. (…) C’est un ‘mini-Kovalev’: pas encore le Kovalev à son meilleur, mais en devenir. Ils ont l’impression, en affrontant Jean Pascal, qu’ils se frottent à un vieux loup qui va lui donner de l’expérience. Nous en sommes très conscients.»

Exactement ce que croyait le clan Elbiali en décembre dernier.

«La comparaison est bonne. Le clan Elbiali avait l’impression d’affronter un boxeur usé, qui n’allait pas bien réagir à ses assauts. Leur boxeur a fait ce à quoi ils s’attendaient, mais ils se sont trompés dans l’évaluation de Jean, qu’ils ont sous-estimé. C’est probablement ce que le clan Bivol fait aussi. Ils ont sûrement évalué qu’ils ont le style parfait pour battre Jean.»

Ce style, Larouche ne tarit pas d’éloges pour le décrire.

«Bivol, c’est exactement ce qu’est la boxe européenne: maîtriser la distance, lancer beaucoup de coups, lancer des combinaisons, préparer son knock-out. Les Européens sont des maîtres de la distance, c’est ce que Bivol fait très bien. (…) Il a énormément de potentiel: c’est peut-être — je dis bien peut-être — le plus talentueux en boxe européenne au niveau des champions actuels. Possiblement le meilleur boxeur à l’état pur du groupe.»

Mais il croit détenir la clé pour vaincre ce pur-sang.

«Jean a compris qu’il doit maintenant utiliser ses forces à lui. C’est le Jean Pascal de 2018 qui doit se battre. Ses forces actuelles sont clairement physiques. Il est capable d’être surprenant. Il est capable de prendre un coup de poing, il a une tonne d’expérience derrière lui et un désir de gagner qui peut surpasser n’importe quel autre boxeur.»

Ce sera suffisant?

«Absolument. On dit: ‘When the going gets tough, the tough gets going’ (‘Quand ça devient dur, les durs se mettent en marche’). Jean a vu beaucoup de choses dans la boxe. Il a nagé au travers des requins. Il a connu beaucoup de situations. Ça va être notre job à nous de l’amener dans ces eaux-là. Il faudra que Jean fasse son combat à lui.»

La réponse le 24 novembre, à Atlantic City.

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