Gero Breloer Gero Breloer / The Associated Press

KRASNAÏA POLIANA, Russie – Dans l’aire d’arrivée du Centre alpin Rosa Khutor, Marie-Michèle Gagnon a eu besoin de plusieurs minutes pour retrouver sa contenance. Elle a dû essuyer des larmes à quelques reprises avant de se sentir prête à s’engager dans la zone mixte, et de commencer à expliquer ce qui est arrivé, mardi matin.

Et ce qui est arrivé, c’est qu’elle a raté une porte pendant la première manche du slalom géant des Jeux de Sotchi. C’était la quatrième course d’affilée, et une troisième de suite aux Jeux, que cela lui arrivait.

«C’est de la merde, c’est pas le bon moment que ça arrive aux Jeux olympiques», a-t-elle lancé après avoir reconnu qu’elle souffre d’un blocage psychologique.

«Je commence à avoir un doute, a dit la skieuse de Lac-Etchemin. J’ai beau travailler là-dessus et essayer d’être forte… Le ski alpin, comme tous les sports, c’est mental aussi et en ce moment, le mental n’est pas là.

«C’est dommage parce que j’ai eu tellement un bon début de saison. J’ai été constante, solide, je n’avais jamais de doute au portillon de départ et là, j’ai des doutes. Souvent, on connaît un creux pendant une saison et là, le creux est pendant les Jeux olympiques.»

La séquence cauchemardesque a commencé lors d’un slalom de la Coupe du monde, le 2 février à Kranjska Gora, en Slovénie, alors que Gagnon en était à sa dernière course avant la quinzaine olympique. Puis, à sa première épreuve des Jeux de Sotchi, après avoir affiché le 21e temps de la manche de descente du super-combiné, elle s’est retrouvée du mauvais côté d’une porte, a chuté sur ses skis et a subi une luxation de l’épaule gauche. Elle a ensuite raté une porte au début du parcours du super-G, samedi, même si son épaule ne lui faisait plus mal.

Et mardi, alors qu’elle s’apprêtait à entreprendre le dernier droit du tracé du slalom géant, la Québécoise de 24 ans a encore raté une porte. Elle a freiné et est remontée afin de se reprendre et elle a continué encore un peu, mais elle a abandonné après avoir réalisé qu’elle avait pris trop de retard.

«Je n’avais plus assez de vitesse pour faire les virages. Je me suis dit que ça ne servait plus à rien», a-t-elle expliqué.

Selon Gagnon, il s’agit d’un problème mental et non physique. Sa blessure à l’épaule n’a rien à voir avec la situation, estime-t-elle.

«C’est sûr que c’est le mental qui manque parce que le ski se passe bien, je me sens bien à l’entraînement, a-t-elle affirmé. Mais quand le mental lâche, c’est vraiment difficile de revenir. Je vais mettre des efforts là-dedans et vraiment essayer de passer à travers ça.»

Gagnon prévoit travailler avec le psychologue de l’équipe canadienne au cours des prochains jours puisqu’il lui reste une course à disputer aux Jeux, soit le slalom de vendredi. C’est dans cette discipline qu’elle obtient le plus de succès depuis le début de sa carrière.

C’est au slalom, d’ailleurs, qu’elle a obtenu cinq de ses neuf résultats parmi les 10 premières en Coupe du monde cette saison. Et c’est la qualité de son slalom qui a lui a permis de remporter un super-combiné, en janvier, et de signer la première victoire de sa carrière.

Après s’être livrée la semaine dernière à une course contre la montre pour se remettre de sa blessure à l’épaule, Gagnon devra maintenant faire la même chose sur le plan psychologique. Ce n’est qu’en dévalant la pente, vendredi, qu’elle ne saura vraiment si elle a remporté son pari.

Car elle croyait que c’était fait, mardi… jusqu’à ce qu’elle se mette à scruter le parcours du haut de la pente.

«Je n’avais pas de doute jusqu’au moment où je me suis retrouvée au portillon de départ et là, j’ai regardé (la piste) et j’ai fait, ‘ah non!’. Le doute a surgi à la dernière minute. Ça arrive parfois. Tu ne peux pas vraiment combattre ça, tu ne sais pas que ça s’en vient.»

Marie-Pier Préfontaine, l’autre Québécoise inscrite au slalom géant de mardi, n’a rien décelé de suspect non plus chez sa coéquipière avant la course.

«Marie-Michèle était vraiment positive, vraiment normale. Je pensais qu’elle allait bien faire aujourd’hui», a affirmé la skieuse de Saint-Sauveur.

Préfontaine a elle aussi été éliminée dès la première manche du slalom géant, mardi, quand elle a enfourché une porte. Dans son cas, ce n’était pas à cause d’un doute, mais d’une trop grande combativité.

«J’ai trop attaqué au départ. Il aurait fallu que je prenne plus mon temps et que je rentre dans le rythme du parcours», a-t-elle analysé.

Préfontaine compatit avec Gagnon puisqu’elle travaille avec un psychologue depuis deux ans et elle sait à quel point l’aspect mental est important.

«Mon plus gros obstacle, c’est mon cerveau, a dit Préfontaine. Maintenant, je suis plus calme. Avant, mes jambes devenaient vraiment raides quand je devenais nerveuse, je n’avais aucune flexibilité, et j’avais les jambes mortes une fois rendue au portillon de départ. On a travaillé sur des méthodes de relaxation, pour me permettre de juste penser à ce que je dois faire, sans penser au résultat ou aux autres skieuses.

«C’est sûr que l’aspect mental joue pour beaucoup. Mais (Gagnon) a encore le slalom à faire et je suis sûre qu’elle va revenir en force, a ajouté Préfontaine. Marie-Michèle, c’est comme le feu. Quand elle décide qu’assez, c’est assez, attention!»

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