MONTRÉAL – À l’aube d’une nouvelle saison de sauts acrobatiques, Olivier Rochon s’est dit optimiste, bien qu’il admette se considérer comme étant le dernier des Mohicans.

«À l’époque, quand j’ai commencé, on nous voyait comme la relève du ‘Quebec Air Force’, a déclaré Rochon, détenteur du globe de cristal en 2012. Mais aujourd’hui, je suis rendu seul, parce que mon coéquipier Jean-Christophe (André) a subi une fracture du fémur l’an dernier, en plus d’être opéré à une hanche la semaine dernière.»

Rochon, qui est âgé de 25 ans, est particulièrement déçu de la décision de l’Association canadienne de ski acrobatique (ACSA) de présenter des épreuves de la Coupe du monde de bosses à Calgary et Val St-Côme, mais aucune de sauts. Le président de l’ACSA, Bruce Robinson, avait justifié cette décision en juillet dernier par des motifs financiers, la puissance de l’équipe de bosses et les derniers résultats aux Jeux olympiques de Sotchi.

«Je trouve ça très dommage qu’il n’y ait pas de Coupe du monde au Canada, pas nécessairement juste au Québec, a indiqué Rochon. Ç’a un impact sur la visibilité de notre sport, sur la motivation des jeunes. Vous savez, quand on a une compétition au Canada, on a toujours droit à un ou deux laissez-passer supplémentaires pour nos athlètes. Ça leur donne une opportunité qu’ils n’auraient pas autrement.»

Contrairement à l’équipe canadienne de bosses, qui monopolise le podium sur les différentes scènes internationales depuis plusieurs années déjà, l’équipe de sauts n’a pas remporté de médaille olympique depuis les Jeux de Lillehammer en 1994. Une disette de 20 ans.

Selon Rochon, en éliminant les épreuves de sauts au Canada cette saison, on empêche des jeunes de s’inspirer des performances des sauteurs canadiens et de s’intéresser à cette discipline. Pour y remédier, il faudrait qu’un athlète suscite les passions, comme ç’a été le cas pour Jean-Luc Brassard et Alexandre Bilodeau en bosses, et comme c’est le cas présentement pour Mikaël Kingsbury. Ou encore Eugenie Bouchard au tennis féminin. C’est peut-être aussi un signe du temps.

«C’est l’évolution du ski en général. Il y a tous ces nouveaux sports, comme la demi-lune, le slopestyle ou le skicross, a énuméré Rochon. Ce sont tous des sports qui étaient professionnels aux X-Games auparavant et qui n’ont aucun problème de commanditaires. En grandissant, je me disais que c’était ça que je voulais faire, mais mon passé de gymnaste m’a plutôt mené vers le saut acrobatique. Bref, il y a un gros travail à faire pour trouver des commanditaires, intéresser les gens à cette discipline.

«Ou bien l’ACSA ne fait pas ce qu’il faut, ou elle ne le fait pas de la bonne manière, parce que je connais beaucoup d’autres sports moins populaires qui ont d’importants commanditaires, a-t-il souligné. C’est en quelque sorte une zone grise, où il y a matière à amélioration. C’est décevant, parce qu’avec un peu plus d’aide on pourrait dire que ‘sky is the limit’.»

L’absence de visibilité entraîne aussi l’équipe acrobatique dans une spirale infernale car la relève se fait rare. Rochon prévient d’ailleurs qu’il faudra peut-être attendre «de sept à huit ans» pour que la relève puisse rivaliser avec les puissances mondiales de la discipline, notamment la Chine et le Bélarus.

«Nous ne sommes plus la meilleure équipe au monde, mais on est dans le top-5, a convenu Rochon. Nous n’avons pas la plus grosse équipe, non plus. Nous sommes limités à seulement deux places, tant du côté masculin que féminin, contrairement aux six places réservées aux Chinois, par exemple. Depuis 2012, nous n’avons pas obtenu la chance de passer un hiver avec l’équipe au complet, à cause des blessures, donc ce sera une nouvelle dynamique cette saison. Bref, j’ai hâte de voir. On repart un nouveau cycle.»

Pour l’instant, les seuls sauteurs qui peuvent se dresser en travers de la route des Chinois ou des Bélarusses sont Rochon et l’Ontarien Travis Gerrits, cinquième l’an dernier sur le circuit de la Coupe du monde. Le Gatinois sera l’unique représentant du Québec lors de la première Coupe du monde de ski acrobatique à Pékin, les 20 et 21 décembre.

Rencontré aux bureaux de La Presse Canadienne mercredi, Rochon a aussi confié qu’il visait rien de moins qu’un podium aux Championnats du monde de ski acrobatique, qui seront présentés du 14 au 25 janvier à Kreischberg, en Autriche. Il a du même souffle indiqué qu’il souhaitait reconquérir sa place parmi l’élite mondiale, après avoir fait l’impasse sur les Jeux de Sotchi en raison d’une déchirure du ligament croisé antérieur du genou gauche.

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