WWE Kevin Owens

MONTRÉAL – L’arrivée avec grand éclat des Québécois Kevin Owens et Sami Zayn à la WWE annonce peut-être une nouvelle période dorée pour les amateurs de lutte de la Belle Province.

Au fil des années, les fervents ont pu encourager les frères Rougeau, Dino Bravo, Rick Martel, Carl Ouellet, Sylvain Grenier et Maryse Ouellet, si on se limite seulement à l’ère WWF/WWE.

L’une des époques marquantes a été la fin des années 80, au temps des «Fabulous Rougeau Brothers», Raymond et Jacques.

«J’ai grandi là-dedans avec mon père (Jacques Sr), mon oncle (Johnny) et mon grand-oncle (Eddie Auger), raconte Raymond Rougeau, qui est maintenant conseiller municipal à Rawdon, où il est aussi le maire suppléant. L’été, je suivais souvent mon père dans les tournées. J’avais une attirance pour ce métier-là et en grandissant là-dedans, j’ai pu être bien aligné.»

Rougeau a livré son premier combat chez les pros en 1971, à l’âge de 16 ans. Une quinzaine d’années plus tard, lui et Jacques ont atteint les ligues majeures en se joignant à la WWF de Vince McMahon, à une époque où le calendrier du circuit était extrêmement chargé.

«J’étais parti 25 jours par mois, a dit Rougeau. J’ai déjà lutté 38 jours sur 41, partout en Amérique du Nord et dans une bonne partie de l’Europe.»

Après quelques années comme de valeureux bons gars, le temps est venu de changer la présentation des deux frères de la région de Lanaudière.

«Vince nous a convoqués à son bureau. Étant Québécois francophones, on était dans une impasse aux États-Unis, relate Rougeau. La foule était divisée; certains appréciaient notre talent de lutteurs, mais on était à cheval entre être aimés ou détestés. Vince nous a lancés l’idée de devenir des méchants et on a commencé à rire, parce qu’on en parlait depuis deux semaines. On a vu qu’on était sur la même longueur d’ondes.»

C’est là qu’ils ont commencé à ajouter le qualificatif «fabuleux», question d’irriter encore plus le public américain.

Leur nouveau rôle est venu avec la chanson-thème «All-American Boys», un bijou de faux patriotisme, à la sonorité bien de son temps. Une chanson parfaite pour leurs personnages essentiellement hypocrites, mais avec le sourire en coin. Pour ce faire, ils ont travaillé avec celui qui allait être leur gérant, Jimmy Hart.

«J’ai adoré ça, tu ne peux pas trouver plus professionnel que Jimmy Hart, a dit Rougeau. Il mange de la lutte, c’est un passionné, un gars dévoué et loyal. Ç’a été une belle époque. Ç’a été le moment où j’ai eu le plus de fun dans ma carrière, parce qu’en étant un méchant, tu peux être plus créatif.»

«Jimmy Hart et Jim Johnston ont composé la musique et écrit les paroles, puis mon frère et moi avons eu l’idée d’y mettre un peu de français. Le but était de narguer la foule en douce. On a enregistré ça dans les studios de Sun Records à Memphis. Elvis Presley a enregistré là, Johnny Cash aussi, et d’autres grands noms. C’était vraiment spécial.»

En 1989, les Rougeau ont eu la chance de prendre part à deux galas de télé à la carte avec des confrères du Québec: lors du Royal Rumble, eux et Bravo, avec comme gérants Hart et Frenchy Martin, ont été vaincus par la Hart Foundation et Hacksaw Jim Duggan. Puis, à Summerslam, les Rougeau ont fait équipe avec Martel pour battre Tito Santana et les Rockers.

«Il y avait un lien naturel, c’était bien le fun, dit Rougeau. Être des Québécois qui avaient réussi à ce niveau, il y avait une fierté. Et c’était plaisant de pouvoir parler français. En France, on était reçus comme des rois. De la cuisine française avec une présentation impeccable, les Américains ne savaient pas apprécier ça.»

Rougeau tient par ailleurs en très haute estime le grand patron de la WWE, Vince McMahon.

«En tant qu’homme d’affaires, j’ai toujours considéré que c’est un génie. Et au niveau humain, je le considère un ami. J’irais au Centre Bell ou il me verrait à Rawdon, il me ferait une grosse accolade, et je serais heureux de le revoir.»

«Il a transformé la lutte, l’a fait passer à un tout autre standard médiatique, mentionne Rougeau. Il a fait fleurir la lutte et pour ça, chapeau. Il en a fait un grand spectacle. Et en plus, il a donné la chance à bien des lutteurs de faire carrière et d’en sortir vraiment à l’aise financièrement.

«Vince m’a beaucoup respecté parce que je ne ‘fittais’ pas dans le moule. Je n’ai jamais bu, fumé, pris de la drogue ou des stéroïdes. Il me l’a dit une fois en déjeunant ensemble quand j’étais commentateur, dans le temps de la grosse compétition avec WCW: ‘t’es tellement différent, c’est comme si tu venais d’une autre planète’. Je lui ai dit merci, je prends ça comme un compliment.

«WCW m’avait offert de tripler mon salaire pour sauter la clôture, mais je suis un gars loyal et j’ai dit à Vince ‘regarde ce pilier-là. Moi, je suis aussi solide pour toi que ce pilier-là pour le plancher en haut’. Tu n’as jamais à douter, je suis loyal envers toi. Il m’a serré dans ses bras et il m’a dit, ‘j’aimerais avoir plus de gars comme toi’. Peu importe dans quel contexte, il a toujours été un homme de parole, respectueux et humain. J’ai énormément de respect pour lui.»

Au-delà de la lutte, en juin, cela fera 28 ans que le natif de Saint-Sulpice habite à Rawdon. Il y est conseiller municipal depuis 2002.

«Je suis plus impliqué (en étant le maire suppléant), mais je garde aussi une certaine qualité de vie, dit Rougeau. Je suis très heureux dans mes fonctions. J’ai la passion de ça, je suis au courant de ce qui se passe. C’est diversifié et stimulant. Ça fait 13 ans et demi que je suis conseiller, et j’en apprends tous les jours. Ce n’est pas routinier du tout.»

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