CALGARY – Un avancement sans précédent dans la technologie des balais menace de changer radicalement le monde du curling.

Et alors que l’on attend que les associations gouvernant ce sport imposent des règles, plusieurs des meilleures équipes au monde ont déclaré qu’elles n’allaient pas utiliser ces nouvelles brosses qui peuvent ralentir et même changer la direction des pierres en mouvement.

Il s’agit d’une décision difficile pour certaines équipes commanditées par les manufacturiers de ces balais controversés.

Mais les médaillés d’or olympiques Brad Jacobs et Brad Gushue, ainsi que l’ancien champion du monde Glenn Howard font partie des 22 équipes canadiennes et internationales qui ont signé un document promettant qu’elles n’allaient pas utiliser des balais équipés de tissu permettant d’affecter la direction des pierres.

«Où tracez-vous la ligne, a questionné Jacobs. Nous avons décidé en tant que groupe de joueurs de tracer nous-mêmes la ligne pour respecter l’intégrité du sport et le travail des équipes.»

Quand une invention affecte les fondements même du sport, les puissances en place interviennent habituellement rapidement pour la déclarer illégale lors des compétitions. Cependant, les meilleures équipes de curling au monde ont décidé de ne pas attendre les décisions de la Fédération mondiale de curling et de Curling Canada pour freiner le nouveau mouvement. Et elles espèrent que d’autres vont suivre.

Au curling, le joueur lançant la pierre vise le balai du capitaine en sachant que la pierre va courber vers l’objectif en approchant la cible.

Les balayeurs peuvent réduire le mouvement latéral de la pierre ainsi que la faire glisser plus loin, mais la précision du lancer et le jugement de la trajectoire prise par la pierre sont des éléments essentiels au curling.

Les nouveaux balais ont toutefois changé tout ça.

«C’est un type de tissu qui permet carrément de diriger la pierre, a expliqué Howard. C’est comme utiliser une manette qui dit d’aller à droite, à gauche, plus loin, moins loin.

«Jusqu’à il y a 18 mois, la réussite du coup dépendait à 80 pour cent du lancer et à 20 pour cent du balayage, mais depuis un an et demi, c’est devenu 20 pour cent le lancer et 80 pour cent le balayage. C’est inacceptable.

«Le problème, c’est qu’il n’y a pas de règlement contre ces balais présentement. Ce n’est pas de la tricherie, mais ça ne semble pas juste.»

Le tissu rugueux sur la tête des brosses a comme l’effet de papier sablé sur la glace. Certains ont qualifié l’effet de «grafignage» de la glace.

Le résultat est que les balayeurs peuvent manipuler la pierre en mouvement comme jamais auparavant. Et comme dans tous les sports, si d’autres le font et qu’ils gagnent, vous allez aussi vouloir le faire.

«Quand vous le voyez, ça ne fait aucun doute qu’il se passe quelque chose d’extrême et dans les bonnes mains, la pierre va bouger beaucoup plus qu’elle le ferait normalement, ou beaucoup moins», a expliqué le directeur du programme de haute performance de Curling Canada, Gerry Peckham.

«C’est comme avoir une pierre avec un volant et vous pouvez l’amener où vous voulez ou influencer son parcours de manière substantielle.»

La technologie des balais de curling a beaucoup évolué depuis l’époque de ceux en paille il y a une quarantaine d’années, mais jamais de manière si draconienne, a mentionné Peckham.

Il a indiqué que Curling Canada, conjointement avec la Fédération mondiale de curling, allait réagir à la situation, même si ce n’est que pour appeler un moratoire sur l’utilisation de ces balais jusqu’à ce qu’on en sache plus sur cette technologie.

«Puisque des joueurs ont pris une position et ont mis leur pied à terre, ce sera beaucoup plus facile pour les associations d’appuyer la décision des joueurs», a noté Peckham.

«Nous allons travailler avec la Fédération mondiale de curling puisqu’il y a de la pression pour réagir rapidement. Il y a déjà des tournois au calendrier qui peuvent mener à une qualification au Championnat du monde.»

Aussi dans Sports :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!