MONTRÉAL – Christine Sinclair joue à Portland. Josée Bélanger à Orlando. Bref, les joueuses de l’équipe nationale de soccer féminin à évoluer au Canada sont rares.

Le problème? Il n’y a pas d’équipes professionnelles féminines au pays.

Après l’université, les joueuses n’ont donc pas le choix de s’expatrier si elles veulent rester sur le radar de l’équipe nationale.

«Je pense que tout le monde a le rêve d’aller jouer au moins une fois en Europe, là où la culture du soccer est plus forte, mais ça devient un sacrifice», a récemment raconté Bélanger lors d’un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne.

Bélanger, qui est âgée de 29 ans et qui est originaire de Coaticook, a joué en Suède l’automne dernier et elle évolue maintenant avec le Pride d’Orlando, dans la National Women’s Soccer League (NWSL), aux États-Unis.

La NWSL compte 10 équipes, dont trois qui sont affiliées à des formations de la Major League Soccer (MLS). Elle est la première ligue professionnelle nord-américaine de soccer féminin à amorcer une quatrième saison.

Depuis les débuts du circuit, Soccer Canada profite d’un partenariat avec la fédération américaine pour que la NWSL accueille un certain nombre des joueuses de l’unifolié. Cette saison, on retrouve 11 joueuses qui sont prêtées par le Canada aux équipes de la ligue féminine.

«À la suite des Olympiques (de 2012 à Londres), les présidents des fédérations canadienne et américaine ont discuté pour continuer et améliorer le développement du soccer féminin, a expliqué le Secrétaire général de l’Association canadienne de soccer, Peter Montopoli. Il y avait un certain momentum après la demi-finale entre le Canada et les États-Unis (gagnée en prolongation par les Américaines malgré un tour du chapeau de Sinclair) et nous voulions en profiter.

«Ce fut la genèse de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. (…) Et ce qui est intéressant de voir, c’est que les Canadiennes jouent des rôles de plus en plus importants au sein de leur équipe en NWSL.»

Par contre, la présence canadienne dans la NWSL se limite à la crème du talent au pays. Et il n’y a pas vraiment de place pour que les joueuses qui ne sont pas sur le radar de l’équipe canadienne poursuivent leur développement.

«À part pour les jeunes douées, il n’y a rien après l’université, a mentionné Bélanger. C’est difficile d’avoir un contrat parce que tu n’es pas sur l’équipe nationale et tu dois commencer dans des divisions plus faibles. Tu peux perdre beaucoup d’années avant de monter de division et d’intéresser l’équipe nationale.»

La présence d’une ou plusieurs équipes canadiennes en NWSL favoriserait le développement des jeunes canadiennes selon Bélanger. Une opinion partagée par Montopoli.

«Il est plus facile pour des équipes américaines d’embaucher des joueuses américaines. S’il y avait une équipe canadienne, ce serait probablement plus facile pour elle d’accueillir des joueuses canadiennes, a reconnu Montopoli. Mais il faut être une très bonne joueuse pour jouer en NWSL.»

Le hic pour l’instant est que l’intérêt pour une équipe de la NWSL au Canada semble limité.

«Nous allons aider quiconque se montre intéressé à devenir propriétaire d’une équipe de la NWSL, mais ça ne s’est pas encore produit, a expliqué Montopoli. Il faut y aller étape par étape. Nous avons gagné la médaille de bronze aux Olympiques de 2012, ce qui a permis la création d’une première ligue professionnelle en Amérique du Nord (la NWSL). Ensuite, le Canada a accueilli avec succès la Coupe du monde féminine l’été dernier. Notre équipe sera de retour aux Olympiques cet été.

«Je pense qu’il faut qu’un propriétaire détermine s’il croit qu’une équipe féminine est un produit viable au Canada. Je pense que oui.»

Les partenariats avec les équipes de la MLS offrent des avantages énormes pour les équipes de la NWSL. Comme Bélanger l’a constaté à Orlando, où le Pride est associé à l’Orlando City SC, cela permet aux joueuses de profiter d’un encadrement et d’infrastructures de grande qualité.

Questionné au niveau de l’intérêt de l’équipe pour l’aventure en soccer féminin, un porte-parole de l’Impact de Montréal a mentionné que ce n’était pas dans les plans à court et moyen termes. La logique pointerait peut-être du côté de Vancouver, où l’équipe nationale a établi ses bases.

Mais pour Bélanger, qui a joué devant plus de 23 000 spectateurs lors de l’ouverture locale du Pride, en avril, la présence d’une équipe de la NWSL au Canada est aussi une question de développement à long terme du soccer féminin.

«Oui, les jeunes filles ont de plus en plus de moyens de regarder nos matchs, à la télévision ou sur Internet, mais ce n’est pas la même chose quand elles viennent dans un stade, a-t-elle raconté. Ça touche tous les sens. C’est en vivant une expérience comme celle-là qu’un rêve peut naître.»

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