Pavel Golovkin Pavel Golovkin / The Associated Press

MONTRÉAL — Deux têtes d’affiche du mouvement olympique canadien ont exprimé leur désaccord avec la décision du CIO de confier aux fédérations de chaque sport le mandat de décider si les athlètes russes pourront participer ou non aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro.

La présidente du Comité olympique canadien (COC), Tricia Smith, et l’ancien vice-président du Comité international olympique (CIO), Richard Pound, ont joint leurs voix à celles de nombreux autres acteurs du monde sportif pour dénoncer la décision controversée prise la veille par le président du CIO, Thomas Bach.

Smith a déclaré par voie de communiqué, lundi, que le COC appuie «les athlètes canadiens qui se sont prononcés sur la nécessité de faire en sorte que tous les participants aux Jeux respectent des normes strictes de compétition exempte de dopage, ainsi que sur le besoin d’instaurer des mesures sévères contre les tricheurs.

«Nous croyons fermement que tous ceux ayant un lien avec le dopage ou une quelconque forme de corruption n’ont pas leur place au sein du mouvement olympique», a déclaré Smith.

Pound, l’ex-président de l’Agence mondiale antidopage (AMA), a lui aussi fait part de son indignation en déclarant sur les ondes de Radio-Canada que le CIO a manqué l’occasion de poser un geste clair contre le dopage en n’excluant pas la Russie des Jeux de Rio.

«C’est une déception énorme, a déclaré Pound. Le CIO a manqué l’opportunité de poser un geste contre le dopage. (…) La décision de céder aux fédérations nationales toutes les décisions quant à l’admissibilité des athlètes aux Jeux olympiques, c’est impossible à imaginer.»

Dimanche, l’ancien chef de mission et ex-olympien Jean-Luc Brassard s’est montré très critique envers la décision du CIO, tout comme la vedette canadienne de hockey féminin, Hayley Wickenheiser, le kayakiste Adam van Koeverden, qui a remporté l’or en 2004, et la double championne olympique en patinage de vitesse, Catriona Le May Doan.

Smith a aussi dit que les «révélations troublantes montrent clairement que d’autres mesures seront nécessaires pour éradiquer le fléau du dopage aux Jeux olympiques».

«L’imposition de conditions plus strictes en vertu desquelles certains athlètes russes pourraient participer aux Jeux olympiques de 2016 à Rio règle le problème des athlètes propres qui auraient été touchés par l’interdiction générale imposée à leur pays, mais il ne s’agit toutefois que d’une première étape, a-t-elle mentionné. La vigilance est primordiale.»

En ce sens, Smith, une ex-athlète olympienne en aviron, a déclaré être en faveur de la prolongation du mandat de Richard McLaren et de son équipe d’enquête, «dont le travail est essentiel».

Lundi dernier, l’avocat canadien et son équipe ont publié un rapport dévastateur dans lequel on soutient que le ministère du Sport russe, avec l’aide des services secrets et des laboratoires antidopage de Moscou et de Sotchi, a «dirigé, contrôlé et supervisé» un système de dopage d’État.

Peu après le dépôt du rapport, l’AMA a appelé à l’exclusion de la Russie de toutes les compétitions internationales.

Pour sa part, Pound a balayé du revers de la main les motifs de Bach, qui a déclaré qu’il ne pouvait punir la Russie puisque des athlètes russes qui ont montré patte blanche auraient pu être sanctionnés injustement. Il a souligné que des précédents existaient en matière d’exclusion des JO, rappelant d’abord le cas de l’Afrique du Sud (apartheid) aux Jeux de Mexico en 1968 et celui du Koweït (influence politique) à Rio cet été.

Selon Pound, la décision du CIO de ne pas suspendre la Russie est «probablement» liée à des pressions politiques du gouvernement de Vladimir Poutine.

«Si ç’avait été le Guatemala, la décision aurait probablement été prise beaucoup plus vite, et aurait probablement penché en faveur de son exclusion», a-t-il évoqué, sans détour.

Pound reste donc très sceptique quant à la possibilité que les fédérations sportives russes puissent traiter au cas par cas les dossiers des athlètes russes en seulement une dizaine de jours.

«(Les fédérations) n’auront probablement pas le temps de procéder à une telle évalutation, a-t-il confié. Jusqu’à date, c’est le CIO qui devait déterminer si un athlète ou un pays était admissible aux JO. Le CIO s’en lave les mains et avec une dizaine de jours à faire avant le début des JO, c’est impossible (que ce processus soit complété à temps).»

Les Jeux olympiques d’été de Rio se dérouleront du 5 au 21 août.

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