Soutenez

Les Coptes d'Égypte portent leur croix

Nicolas Sarkozy est un fervent croyant. Il im­plore souvent le «Seigneur» dans les mo­ments difficiles, et Dieu sait qu’il en a connu, ces trois dernières années. Vendredi, le président français ne s’est pas tourné vers le ciel, mais bien vers le Proche-Orient, où l’on assiste à un «plan pervers d’épuration» contre les chrétiens. A-t-il raison?

Les mots sont forts, a-t-il reconnu, mais les statistiques parlent d’elles-mêmes. Il y a un siècle, les chrétiens représentaient au moins 20 % de toute la population arabe. Au Liban, ils étaient nettement majoritaires. Du Maroc à l’Irak, ils sont aujourd’hui nettement sous la barre des 10 %. C’est d’ailleurs dans ce dernier pays que la saignée a été la plus grande.

Avec la guerre, près d’un million de chrétiens ont quitté les rives de la Mésopotamie. La question se pose à présent pour les Coptes d’Égypte. Seront-ils, eux aussi, des candidats à l’exil? Ils seraient huit millions. Douze, affirment les héritiers des pharaons. Convertis par saint Marc une quarantaine d’années après la mort du Christ, ils portent tous les jours leur croix dans un pays où la montée de l’islamisme est palpable à tous les niveaux.

Sous-représentés dans la vie politique (sur les 508 dé­putés du parlement, 10 sont coptes) et dans la fonction publique (moins de 2 %), ils sont traités comme des citoyens de seconde zone. Construire une église relève du miracle. Il faut souvent une autorisation présidentielle pour en avoir une. Leurs lieux de culte sont devenus la cible des extrémistes, comme l’illustre
l’attentat d’Alexandrie qui a fait 23 morts la nuit du Nouvel An.

Tout cela n’est pas nouveau. Mais, aujourd’hui, la colère fait place à l’engagement civique. Bon nombre de Coptes, poussés au repli politique par leur Église, ont choisi de se battre plutôt que de s’exiler. Les jeunes se font tatouer une petite croix au creux du poignet, descendent dans la rue, s’en prennent au régime d’Hosni Moubarak et l’accusent d’attiser le sectarisme pour mieux régner sur ce pays de 80 millions d’âmes, le plus peuplé du monde arabe.

En cette année électorale (la présidentielle se tiendra cet automne), leurs manifestations pourraient faire boule de neige et inciter tous les Égyptiens à contester un régime au pouvoir depuis bientôt 30 ans. À Alger comme à Tunis, la «rue arabe» gronde contre le manque de démocratie, de justice sociale et économique. Ce sera peut-être demain le tour du Caire, et les Coptes pourraient monter aux barricades, comme ils l’ont fait il y a plus d’un siècle quand il fallait bouter le colonisateur anglais hors d’Égypte, leur pays.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.