Danny Ayalon, vice-ministre israélien des Affaires étrangères

Les soulèvements dans le monde arabe inquiètent Israël. Les protestations ont déjà entraîné la chute d’Hosni Moubarak, le plus proche allié arabe d’Israël. Métro a obtenu une entrevue exclusive avec le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon. Cet ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis est sans doute aujourd’hui le politicien le plus charismatique dans son pays. «Et le plus dangereux, ajoute un militant pour la paix israélien rencontré par Métro. Car il est à la fois radical et intelligent.»

Les soulèvements dans le monde arabe sont-ils une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Israël?
La question est plutôt de savoir s’ils seront bons pour les sociétés arabes. Israël souhaite le bien de tous ses voisins. Nous leur souhaitons aussi d’instaurer des régimes démocratiques et respectueux des droits de l’Homme. S’ils y parviennent, cela sera bon pour Israël, ainsi que pour le monde en général.  Dans un sens, ces révoltes sont légitimes, vu les conditions dans lesquelles les gens vivent. Notre seule inquiétude est que les extrémistes récupèrent ces révoltes. Nous ne voulons pas que la situation qui a prévalu en Iran en 1979 se reproduise au Proche-Orient. Vous vous rappellerez que cette révolution avait aussi été spontanée, mais qu’elle avait été récupérée par les extrémistes. Le monde ne peut se permettre un autre Iran.

D’un autre côté, certains des hommes forts remis en question dernièrement étaient de bons amis d’Israël…
Ils étaient de bons amis de la communauté internatio­nale. Moubarak était le bienvenu dans toutes les capitales d’Europe. Et Kadhafi était, lui aussi, fort bien reçu dans les capitales européennes. Moubarak a joué un rôle important en défendant les intérêts de la communauté interna­tionale et en travaillant avec Israël pour lutter contre le terrorisme ainsi que contre l’idéologie extrémiste que Téhéran exporte. En ce sens, il était important et responsable. La personne qui le remplacera, si elle a à cÅ“ur les intérêts de l’Égypte, poursuivra sa politique étrangère. J’aimerais aussi ajouter que nous n’interférons pas dans les affaires domes­tiques des autres pays – comme nous ne voulons pas qu’on interfère dans les nôtres. Nous souhaitons toutefois une transition non violente vers des régimes plus stables et plus sereins.

Que se passera-t-il si ces pays élisent des extrémistes?
Un élément essentiel de la démocratie est la primauté du droit. Les partis racistes, extrémistes et violents doivent être bannis. En Israël, la Cour suprême a interdit à certaines formations de participer aux élections. Si nous voulons que des sociétés saines se développent dans le monde arabe, il faut que des limites soient établies pour que les extrémistes ne puissent y prendre le pouvoir. Les élections sont très importantes, mais elles doivent arriver à la fin d’un processus de démocratisa­tion afin que les populations soient bien éduquées et informées, et puissent choisir entre plusieurs partis. Si elles n’ont le choix qu’entre un dictateur et un extré­miste, elles ne disposent que d’un mauvais choix.

Vous craignez donc que, si des élections étaient tenues demain en Égypte, les Frères musulmans l’emportent?
Personne ne peut prédire les résultats d’une élection. Mais il est essentiel que le vainqueur ne soutienne pas la violence, la suprématie raciale ou quoi que ce soit de cet ordre, parce que cela ne peut que déstabiliser l’ensemble de la région.

Qu’est-ce qui est dans l’intérêt d’Israël : que le colonel Kadhafi reste ou qu’il parte?
Pour moi, Kadhafi n’est pas uniquement un dictateur, mais également un meur­trier qui a utilisé son armée pour tuer ses propres citoyens. D’un point de vue moral, il ne doit pas seu­lement partir, il doit aussi être jugé. Et il est en outre important que la personne qui le remplacera n’appartienne pas à Al-Qaïda et qu’elle ne soit pas inféodée aux ayatollahs de Téhéran ni à leurs représentants.

Comment une telle chose peut-elle être évitée?
L’ensemble de la commu­nauté internationale, au premier chef l’Europe, qui se trouve le plus près de la Libye, doit souscrire à une sorte de plan Marshall moral et politique pour le Proche-Orient. Si nous pouvions parvenir à instaurer une certaine direction politique et à réunir les ressources du monde arabe – principalement en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe, où il y a des milliards de pétrodollars – afin d’investir dans des infra­structures qui vont permettre de créer des emplois et d’assurer la croissance économique, le monde arabe pourrait bâtir une société disposant d’institutions démocratiques.

Quelle est la plus grande menace qui plane sur Israël en ce moment?
L’Iran. Le régime iranien est le plus dangereux, le plus irresponsable et le plus extrémiste du Moyen-Orient, et il déstabilise déjà l’ensemble de la région. Les agents iraniens sont en train de prendre le pouvoir au Liban. Le Liban était autrefois un pays chrétien, mais il ne l’est plus. Aujourd’hui, il est dirigé par le Hezbollah, qui représente l’Iran. L’Iran est également en train de saper l’Autorité palesti­nienne à travers le Hamas et est actif dans plusieurs pays et régions : au Maroc, en Égypte, à Bahreïn, au Soudan, au Yémen, en Somalie, et même en Amérique latine.

Si vous considérez son idéologie extrémiste et les actes terroristes dont il est responsable – par exemple les attentats contre des ambassades israéliennes en Amérique latine – et ajoutez à cela l’arme nucléaire que l’Iran tente de développer, vous obtenez une situation qui ne peut qu’inquiéter le monde entier. Avec l’arme nucléaire, l’Iran pourrait contrôler la circulation du pétrole et en dicter les prix, tout en essayant de changer les régimes politiques de ses voisins. L’Iran rêve d’un Moyen-Orient où les chiites extrémistes seraient hégémoniques. La région servirait alors de tremplin afin d’étendre l’influence iranienne vers l’Europe.

Verriez-vous d’un Å“il favorable un soulèvement en Iran?
Ce que nous avons vu au cours de l’été 2009 est très révélateur. Nous avons pu constater la brutalité avec laquelle le régime a répondu, et continue d’ailleurs de répondre, aux protestataires. Chaque jour, ils pendent des prisonniers politiques sous divers prétextes, que ce soit pour trafic de drogue, prosti­tution, ou pour des crimes imaginaires. Il serait essentiel, pour les Iraniens, de pouvoir instaurer un nouveau régime qui garantisse la liberté et la primauté du droit. Et tout comme le monde soutient les Égyptiens, le monde doit soutenir les Iraniens.

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