Marketing d'étiquette
Le journalisme prévoit une couverture équilibrée. C’est-à-dire que, dans les reportages, on fait valoir les tenants des diverses options, même celles qui n’ont pas la faveur populaire. Quand ce principe est bien respecté, c’est un avantage démocratique important.
Cet équilibre ne signifie pas qu’on doive laisser entendre que toutes les opinions ont le même poids et que leur provenance est neutre. Quand une tendance est promue par un lobby financier et une autre par un mouvement collectif, les intérêts de classe peuvent être montrés dans l’analyse.
Cela nous amène à scruter d’un peu plus près le groupe d’étudiants qui se sont désignés sous l’appellation «d’étudiants socialement responsables». Ce groupe d’individus a des porte-parole dont on ne sait comment ils ont été élus. En face, le mouvement étudiant organisé relève d’associations étudiantes dont les structures sont connues et démocratiques. Cela mérite d’être souligné.
L’appellation «étudiants socialement responsables» a de quoi laisser songeur, car elle semble la récupération d’un concept que chacun trouve louable à des fins qui ne vont pas tout à fait dans le sens qu’on attendrait. Être socialement responsable, c’est prévoir le rôle de la société, s’engager pour que les structures sociales fonctionnent pour le bien de l’ensemble. Il est un peu paradoxal de s’appeler «socialement responsable» quand on veut renvoyer chaque individu à lui-même.
On assiste donc dans ce cas à un marketing d’étiquette qui consiste à s’accoler une appellation bien vue sans avoir nécessairement une pratique appropriée.
Finalement, le fait qu’un groupe se livre à du marke-ting d’étiquette justifie-t-il que ses porte-parole autoproclamés soient traités comme s’ils représentaient un mouvement populaire?
– Francis Lagacé, Montréal