Déboulonnons le mythe des avantages collectifs des baisses d’impôt consentis aux compagnies. Selon certains, en diminuant leurs impôts, les compagnies réaliseront de meilleurs profits, et, selon leurs clichés primaires, investiront davantage pour créer des emplois et plus de richesse collective.
Business Week et The Economist l’ont dit : «Il y a très peu d’évidence que les baisses d’impôt décrétées pour les sociétés stimulent l’économie.» Vrai que les baisses d’impôt augmentent leurs profits, mais au seul bénéfice de leurs actionnaires, grâce à des dividendes et des rachats d’actions accrus. Le Wall Street Journal titrait : «Le déluge de dividendes et de rachats d’actions inquiète les économistes.» Imaginez, même les économistes américains s’inquiètent. En 2005, il y en a eu pour 500 G$ et pour 800 G$ en 2007, ce qui a «fait le bonheur des actionnaires, les dividendes étant moins imposés et seulement la moitié des revenus de capitaux étant taxable». Insensé. Cette démesure a exacerbé la spéculation et a engendré la crise financière. Le rachat d’actions est l’antithèse de l’investissement.
Le journal Les Affaires signale qu’Exxon Mobil a distribué à ses actionnaires 10,1 G$ sur des fonds autogénérés de 14,6 G$ au dernier trimestre et que l’industrie pharmaceutique a versé 440 G$ en dividendes entre 1991 et 2002 et investi seulement 110 G$ dans la recherche. Et dire que Charest va, en pleine crise, leur verser 123 M$ additionnels, en plus des 450 M$ aux papetières, 300 M$ pour le nouveau logis de l’Orchestre symphonique, 75 M$ pour aider les Molson à acquérir le Canadien (et exonérer Gillett, le vendeur, d’impôts sur
633 M$), accorder des milliards aux alumineries sous la forme de tarifs d’électricité préférentiels, distribuer des millions à Rozon et à Ecclestone de la F1, etc.
Après, Charest a le culot d’exiger que la classe moyenne paie la facture des faveurs consenties au gratin en haussant la TVQ et des tarifs de services publics. Puis, IBM et Wal-Mart lancent chacune un programme de rachat d’actions de 15 G$ et MicroÂsoft, HP et Nike, un de 53 G$. Plutôt que de baisser les impôts des compagnies, il faut les augmenter comme le fait Obama aux États-Unis. Mais nos politiciens continueront à égorger la population avec des taxes de vente et des tarifications des services publics. Pendant ce temps, le party continue, et Cogeco Câble se «réorganise» pour économiser 57 M$ d’impôts, Alcan n’a versé aucun impôt ces dernières années sur des profits milliardaires et l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux fleurit. Faut-il alors se surprendre de l’augmentation des inégalités économiques dévoilée par Statistique Canada et l’ONU?
Aux States, le National Association of Business Economist a recommandé d’augmenter les impôts sur le revenu des riches, comme le signalait le National Post : «Wealthy Americans should pay increasing higher taxes.» Ici, nos lucides économistes suggèrent de les diminuer et de taxer plutôt le monde ordinaire.