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15:09 6 février 2015

Hôpital Santa Cabrini: La loi 10 inquiète la communauté italienne

Hôpital Santa Cabrini: La loi 10 inquiète la communauté italienne

Des membres de la communauté italienne craignent que l’Hôpital Santa Cabrini perde son caractère particulier, à la suite de l’adoption du projet de loi 10 du gouvernement Couillard.

Irene Giannetti, directrice générale de l’Hôpital Santa Cabrini de 1988 à 2011 a envoyé, le mois dernier, une lettre ouverte au premier ministre du Québec, Philippe Couillard, dans laquelle elle exprime sa préoccupation et celle de la communauté italienne pour ce que réserve le projet de Loi 10 à l’Hôpital Santa Cabrini.

Dans la lettre, on peut lire qu’à compter du 1er avril, le conseil d’administration de l’établissement disparaîtra complètement au profit de mégastructures lourdes et impersonnelles que seront les CISSS (centre intégré de santé et de services sociaux).

Mme Giannetti se demande, entre autres, qui veillera à faire valoir l’histoire et les réalités linguistique et culturelle de l’hôpital Santa Cabrini, à la suite de la disparition du conseil d’administration.

Elle défend également que «toute décision, tout projet d’amélioration des services suivra un processus décisionnel long, ardu et partisan. Celui qui est le plus fort risque d’être entendu au détriment des autres. Les équipes locales auront à se battre constamment pour recevoir l’écoute dans un contexte décisionnel encore plus lourd et plus éloigné de leurs réalités et de leurs patients.»

Rappelons que la Loi 10 est une réforme majeure du système de santé. Entre autres, elle rassemblera les 182 CSSS (centres de santé et des services sociaux) québécois dans 33 nouvelles grandes structures appelées CISSS, dont 5 seront situés à Montréal.

Les organismes de santé et de services sociaux de la province ont aussi été supprimés. L’objectif du ministère est de simplifier l’accès aux soins et services. Comment? En abolissant certains niveaux administratifs et en diminuant le nombre de conseils d’administration. De cette façon, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’attend à économiser 200M$ par année.

Identité italienne conservée
Questionnée à ce sujet, Rita De Santis, députée provinciale de Bourassa-Sauvé, dit comprendre les préoccupations de Mme Giannetti, mais estime qu’elles sont un peu exagérées.

«Il y aura création d’un conseil spécial, sur lequel des membres pourront siéger, afin de maintenant le dialogue notamment avec la Fondation Santa Cabrini. L’identité spéciale à l’italienne qui caractérise cet hôpital et ses installations pourra donc être maintenue sans problème», exprime-t-elle.

Selon l’élue, Santa Cabrini ne risquerait donc pas de perdre sa vocation ethnoculturelle.

«Ce risque était là avant et est toujours là. C’est à nous, en tant que membres de la communauté italienne, de nous assurer que nous sommes toujours présents à toutes les activités organisées par l’hôpital et ce bien avant l’arrivée de la loi 10. Si nous ne sommes pas là pour défendre le caractère italien de l’hôpital, on va le perdre. J’espère que notre communauté continuera à apporter son soutien à l’hôpital de sorte qu’il conserve son identité», conclut-elle.

De son côté, Filomena Rotiroti, députée provinciale de Jeanne-Mance–Viger, affirme que de nombreuses discussions ont eu lieu avant que la loi ne soit déposée.
«Nous avons eu des rencontres avec la direction de l’hôpital, afin de faire le tour de leurs préoccupations. Je leur ai proposé d’écrire une lettre officielle au ministre. La réponse du ministre a été positive, même qu’on a promis de reconnaître le statut spécial de Santa Cabrini. Cette spécificité sera prise en considération lors de la formation des nouveaux conseils d’administration des CISSS.»

Mme Rotiroti avoue donc que Mme Giannetti a peut-être sonné l’alarme un peu trop tôt.

«Mais je comprends le fait que Mme Giannetti soit particulièrement attachée à cet hôpital, ayant été sa directrice pendant de nombreuses années. Ce qu’il faut retenir, c’est que la mission de Santa Cabrini ne changera pas, en aucune façon.»

-Avec la collaboration de Fabrizio Intravaia