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La rue de Charleroi touche au fond du baril

La rue de Charleroi touche au fond du baril
Photo: Simon Bousquet/TC MediaMis à l'amende pour avoir installé une affiche et des arbustes, le restaurateur Frank Minerva critique sévèrement la Ville.

«La rue de Charleroi fait dur», estime Ghislain Prud’homme. Le président par intérim de l’Association des commerçants de cette artère (ACC) accuse l’arrondissement de mettre des bâtons dans les roues des gens d’affaires en appliquant une réglementation incohérente qui tue leur dynamisme.

Avec ses vitrines couvertes de papier journal, l’artère n’a déjà rien pour attirer les nouveaux investisseurs et les consommateurs.

«Il y a de plus en plus de commerces qui ferment. D’autres sont toujours là, mais ils ne paient plus leur loyer depuis un moment. Les propriétaires d’immeuble dans cette situation ne sont pas intéressés à investir dans l’immeuble», explique M. Prud’homme.

L’ACC estime d’ailleurs que sur une cinquantaine de locaux commerciaux, une vingtaine sont vacants et seulement six sont rentables.

Prochainement, un salon de coiffure, la Caisse populaire et un denturologiste quitteront aussi l’artère.

«Ceux qui sont toujours là songent à partir car ils savent très bien que s’ils seraient sur une autre artère, ils fonctionneraient mieux», dit M. Prud’homme.

Découragé, le pharmacien Frédéric Normand a d’ailleurs claqué la porte de la présidence de l’ACC en janvier.

Dans un courriel à ses membres, il fait un constat d’échec.

«Plusieurs points de la réglementation se contredisent, sont désuets et découragent les commerçants à venir s’implanter sur notre rue», a-t-il écrit, écorchant aussi au passage l’engagement de ses membres.

Un règlement incohérent
En plus de la situation économique difficile, les commerçants s’estiment harcelés par l’arrondissement.

«Il y a 42 commerces sur 52 qui ont reçu des avis d’infraction de la Ville. Si on nous permet d’avoir un commerce et de payer des taxes, il faut aussi qu’on nous permette de nous afficher», affirme M. Prud’homme.

Parmi les infractions fréquentes, on compte la présence d’un numéro de téléphone sur la bannière du commerce.

En réponse à l’amende, plusieurs commerces ont retourné le plexiglas de leur affiche vers l’immeuble.

Le jour, plusieurs commerces sont donc surplombés par un panneau vierge alors que le soir, lorsque la lumière s’allume, on peut y lire le négatif de l’affiche. Le conseiller Jean-Marc Gibeau affirme que le règlement a toutefois été adouci afin de permettre l’affichage de numéro.

«Personne n’est capable de nous dire à quoi on a droit ou pas. Il faut investir 400$ pour déposer une demande, quelques centaines de plus pour faire un croquis, puis il faut attendre six mois avant d’avoir une réponse. Mais quand on se part en affaires, on n’a pas le temps d’attendre», explique M. Prud’homme.

Cet été, le restaurateur Frank Minerva avait installé une affiche de bois qu'il a lui-même sculptée.
Cet été, le restaurateur Frank Minerva avait installé une affiche de bois qu’il a lui-même sculptée.

Des amendes qui nuisent
Le restaurateur Frank Minerva en sait quelque chose. Au moment de son ouverture, le propriétaire de la Trattoria Del Sud a reçu 1280$ d’amende pour avoir posé une affiche illégale sur son commerce.

«Dès la première journée où j’ai pris possession de mon local, l’inspecteur était déjà ici. J’ai investi 7000$ pour faire le plan et demander les permis, mais en attendant d’avoir une réponse, je devais afficher mon commerce. Je ne peux pas attendre, il faut que les clients viennent», explique le restaurateur.

M.Minerva, qui possède également deux ateliers d’ébénisterie dans l’arrondissement, ne voulait pas se limiter à une affiche en plexiglas. L’homme d’affaires a sculpté des panneaux de bois et, comme tout restaurant italien qui se respecte, il a orné sa porte de deux petits arbustes.

«Je voulais que ce soit beau en “tabarouette”. J’ai dû l’enlever parce qu’ils ne voulaient pas que ça couvre plus de 80% de la largeur de la bâtisse. C’est vrai, admet-il, mais je l’ai fait pour cacher la pancarte qui est déjà là.»

Comme d’autres commerçants, M. Minerva reproche à l’inspecteur de la Ville de ne pas être venu le voir pour lui expliquer le règlement avant de lui envoyer une amende.

«Dernièrement, c’est l’enfer. On voit l’inspectrice prendre des photos par la fenêtre de son auto puis on reçoit l’amende», raconte-t-il.

L’Association des commerçants de Charleroi tiendra une assemblée publique cette semaine afin de nommer un nouveau président.

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