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Une pièce de théâtre pour lutter contre l’exploitation sexuelle

Une pièce de théâtre pour lutter contre l’exploitation sexuelle
Photo: Collaboration spéciale

Alors qu’une importante vague de dénonciations déferle sur le Québec grâce au mouvement #moiaussi, des jeunes de l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry ont pu assister à une pièce de théâtre qui aborde franchement et sans détour les dangers de l’exploitation sexuelle.

Nous sommes dans un auditorium où près de 200 jeunes sont assis dans leurs fauteuils, les yeux rivés sur la scène. Ils assistent à Prince Serpent, du théâtre Parminou. La pièce raconte l’histoire d’Amélie, une adolescente qui, courtisée et manipulée par le «beau prince charmant Jérôme», entre dans le monde de la prostitution.

«Notre objectif avec cette pièce est de sauver quelques jeunes du milieu de la prostitution et des gangs de rue, mais aussi de faire la promotion de saines relations amoureuses», souligne Taï Cory, coordonnateur à Prévention jeunesse, chapeauté par le YMCA du Québec.

Présentée au début de la décennie, la pièce a été arrêtée en raison d’un manque de fonds. Prévention jeunesse l’a ramenée en 2016.

«Nous avons vu par le passé que cette pièce et les ateliers qui l’accompagnent ont permis de changer le comportement des jeunes. Les techniques sont plus connues et ça sonne une alarme quand ça arrive à plusieurs adolescents», indique Aula Sabra, intervenante en sexologie à Saint-Léonard, ajoutant que plusieurs filles ont dénoncé des cas d’exploitation sexuelle après avoir vu la pièce.

Un problème inquiétant
Même s’il n’y a pas de vague, le recrutement des jeunes dans les gangs de rue et la prostitution est «préoccupant» à Saint-Léonard, qui en compte plusieurs cas par année.

Selon les données du poste de quartier (PDQ) 42 du Service de police de la Ville de Montréal, trois cas sur les 21 fugues et disparitions déclarées en 2016 étaient reliés à la prostitution.

En 2017, on a déjà atteint les mêmes résultats que l’année dernière. De janvier à la mi-octobre, il y en a eu trois sur 17 disparitions, dont deux seulement en octobre. Toutefois, ces chiffres ne seraient que la pointe de l’iceberg, car ce ne sont que les cas confirmés.

En effet, selon Mai Dang, agente sociocommunautaire au PDQ 42, les autres cas pourraient également être reliés à de l’exploitation sexuelle, mais ceux-ci n’ont pas été prouvés. Par exemple, la fugueuse est revenue chez elle par elle-même et elle refuse de dire ce qu’elle a fait pendant sa fugue.

«De plus, l’exploitation sexuelle ne touche pas que les fugueuses. Certaines le font par elle-même pour l’argent et d’autres c’est leur chum qui les y amènent», poursuit Aula Sabra, intervenante en sexologie à Saint-Léonard, qui travaille depuis plusieurs années auprès des adolescents du quartier.

«Selon des statistiques, les filles sont recrutées vers l’âge de 14 ans, mais en ce moment on entend qu’elles sont plus jeunes que ça. C’est un âge où les jeunes sont vulnérables, en recherche d’identité. Les souteneurs vont profiter de failles pour les recruter, comme des problèmes familiaux», ajoute Aula Sabra.

Le recrutement à la fin des classes ou dans les parcs a fait place à de nouvelles techniques avec l’arrivée des médias sociaux. En effet, plusieurs souteneurs vont chercher de nouvelles victimes sur des applications, telles que Facebook et Instagram.

«Depuis deux ans, on voit beaucoup de filles qui recrutent d’autres filles. Elles vont devenir amies et développer une relation de confiance. Par la suite, elle va présenter son pimp à la fille recrutée et celle-ci va entrer dans ce milieu», indique l’agente sociocommunautaire, ajoutant que les filles recrutées sont souvent retrouvées à travailler dans des établissements hôteliers de Saint-Léonard.

Les gangs de rue vont recruter des garçons en s’insérant dans leur groupe d’amis et en les incitant vers la criminalité.

«C’est un gars qui va lancer un défi, comme « t’es pas game de voler des bonbons au Dolorama ». Par la suite, ça devient des vols qualifiés avec des armes», mentionne l’agente Mai Dang.

L’année dernière, il y a eu des soupçons que des jeunes des gangs de rue faisaient du recrutement à la zone ados de la bibliothèque de Saint-Léonard.

«Il y avait un noyau de jeunes qu’on connaissait, car ils étaient impliqués dans des vols, qui se trouvaient toujours à la zone ados. Nous n’avons pas de preuve qu’ils faisaient du recrutement, mais nous les avons rencontrés», souligne la policière.

Le groupe aurait quitté la bibliothèque depuis, rassure l’agente.

Détruire les mythes
Lors de la représentation de Prince Serpent à laquelle TC Media a assisté, le metteur en scène a posé de nombreuses questions aux ados présents, une façon de stimuler la réflexion et le partage. Une vingtaine d’entre eux ont affirmé connaître quelqu’un dans leur entourage à qui les situations présentées dans la pièce pouvaient arriver.

La pièce est l’un des moyens mis en place à Saint-Léonard afin de conscientiser les adolescents aux risques de l’exploitation sexuelle et de démystifier certaines idées reçues.

«Il y a une forte banalisation de la sexualité et une grande méconnaissance de l’exploitation chez les jeunes, s’inquiète Mme Sabra. Plusieurs ignorent la notion de consentement. C’est dur de l’obtenir, quand on ignore c’est quoi.»

Il y a aussi beaucoup de fausses croyances et de mythes au sein de la jeunesse constate Mme Sabra.

«Ils vont croire que la violence n’est que physique, que si tu es un couple, tu ne peux pas refuser une relation sexuelle à ton partenaire ou que si tu dénonces, c’est parce que tu recherches de l’attention», énumère-t-elle.

Afin de mieux informer les jeunes, Mme Sabra anime des soupers sexo thématiques deux fois par mois où jusqu’à une trentaine d’adolescents se réunissent pour discuter de sexualité. L’agente sociocommunautaire Thi Truc Mai Dang, du poste de quartier 42, rencontre les adolescents lors d’ateliers aux écoles secondaires du quartier, notamment sur le sexting.

Pour la première fois cette année, la pièce est également présentée aux élèves des écoles secondaires anglophones Laurier-Macdonald et John Paul I. Près de 1000 élèves de deuxième et troisième secondaires de Saint-Léonard auront assisté à la pièce de théâtre et participé aux ateliers, cet automne.