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Montréal dit non à 36 pesticides, dont le Roundup

La mairesse de Montréal, Valérie Plante. Photo: Josie Desmarais/Métro

Après avoir promis un règlement parmi les plus «avant-gardistes au monde» en matière d’usage du glyphosate dans la métropole de Montréal, l’administration Plante interdit l’usage et la vente du pesticide controversé et de 35 autres.

Cette interdiction du glyphosate s’appliquera aux agriculteurs, une première au Québec. Elle concerne au total près de 109 produits – et contrairement au plastique à usage unique – qui devront être retirés des rayons de magasins, quincaillerie ou encore jardineries. Les biopesticides restent permis.

Ce strict règlement doit être adopté au conseil municipal du 27 septembre et rentrera en application le 1er janvier 2022. La Ville de Montréal s’était engagée à bannir le glyphosate dès 2019.

Les entreprises qui souhaitent recourir à n’importe quel pesticide (incluant les biopesticides) devront faire la demande annuelle d’un permis (au coût de 200$). Elles devront également remplir un registre d’utilisation et respecter certaines mesures de précaution (d’utilisation et d’entreposage).

En cas d’infraction, les contraventions oscillent entre 500$ et 2000$. Des inspecteurs sont actuellement formés pour faire respecter la nouvelle réglementation.

Golfs exclus

Si le règlement prévoit effectivement d’encadrer la vente et l’utilisation extérieure des pesticides, l’utilisation d’insecticides à l’intérieure ou de produits contre les rats, guêpes est encore permise.

Les golfs ne sont pas concernés par la réglementation, le glyphosate serait peu utilisé sur les terrains de golf. La ville affirme néanmoins qu’un projet de recherche comblera «un manque de données» et permettra d’envisager par la suite une inclusion des golfs.

Une interdiction agricole mal accueillie

Si la municipalité de Laval a interdit le glyphosate en avril dernier, Montréal va plus loin en incluant l’agriculture. Or cette décision est mal accueillie par l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA).

Selon le syndicat, la ville aurait dû exclure de son règlement l’agriculture (les zones et activités agricoles), à l’image des terrains de golf sur lequel l’UPA s’interroge : «En quoi ce loisir est-il plus important, aux yeux de l’administration municipale, que la production de nourriture?»

«Le questionnement des consommateurs sur les pesticides est tout à fait légitime et compréhensible. Il reste que l’usage de ces produits, en certaines circonstances et de façon prudente et raisonnée, est encore aujourd’hui une nécessité compte tenu des connaissances scientifiques actuelle.»

Marcel Groleau, PDG de l’UPA.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) avait qualifié en 2019 la décision de la ville de Montréal de «précipitée». Le regroupement appelait la ville à «attendre les conclusions de la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles CAPERN sur l’utilisation du glyphosate.»

L’UPA expliquait alors que «l’enjeu des pesticides est national (voire mondial)» et qu’une «réglementation agricole municipale à géométrie variable n’est pas une solution responsable en matière de gestion des pesticides.»

Le syndicat croit que «l’usage des pesticides à des fins agricoles devrait strictement relever des ministères de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques et de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.»

Par ailleurs, lors de l’annonce, la mairesse de Montréal a affirmé que pour soutenir la transition vers des alternatives aux pesticides, «il faut des incitatifs financiers de la part des gouvernements supérieurs» pour soutenir et «accompagner les agriculteurs.» Des programmes et incitatifs de transition qui sont «dans les mains du fédéral et du provincial.»

En septembre dernier, François Legault avait pointé du doigt certains enjeux de compétitivité en milieu agricole et notamment avec les États-Unis «Il y a une question de productivité, de compétitivité avec les agriculteurs de l’autre bord de la frontière, donc ce n’est pas un sujet qui est simple», avait-il dit.

À noter que le milieu agricole montréalais couvre 292 hectares, essentiellement situés sur l’Ile Bizzard.

Un accueil favorable des organisations environnementales

L’OBNL Vigilance OGM a salué l’initiative de la part de la ville de Montréal d’interdire la vente et l’usage du glyphosate et espère que d’autres municipalités et le gouvernement suivront la marche. Pour l’organisme, l’interdiction de plusieurs pesticides, dont ceux à base de glyphosate, démontre «un courage politique », de la ville de Montréal.

 «C’est une situation sans aucune commune mesure, interdire la vente des pesticides permettra de vraiment bien protéger la population des pesticides les plus nocifs. Le gouvernement provincial devrait suivre l’exemple de Montréal et étendre l’interdiction à l’ensemble du Québec.»

Olivier Therrien, responsable à la mobilisation – Ma municipalité sans pesticides, Vigilance OGM.

Dans le contexte des élections fédérales et municipales, Équiterre espère que «les candidats et partis proposeront des interdictions semblables en milieu urbain, mais aussi des encadrements restrictifs en milieu agricole», souligne Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre.

Un pesticide sur la sellette

Le glyphosate, plus connu sous la marque Roundup (détenu par Bayer) est controversé depuis plusieurs années, en effet, déjà en 2015 l’OMS qualifiait ce pesticide le plus utilisé au monde de «cancérogène probable». Plusieurs pays européens ont procédé à son interdiction dont la France et l’Autriche.

Malgré les oppositions de médecins et scientifiques en environnement, Ottawa avait maintenu l’autorisation du glyphosate en janvier 2019. Santé Canada proposait même en juillet dernier d’autoriser plus de pesticides sur des aliments, Ottawa avait finalement fait marche arrière en repoussant la proposition à 2022 afin de réaliser d’autres études.

Du côté provincial, en 2019 le gouvernement du Québec avait laissé entendre qu’il pourrait suivre l’administration montréalaise pour son usage non-agricole, «On n’est pas rendu là, mais on ne l’exclut pas, avait-il dit.

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