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Salaires et inégalités: exportons le modèle québécois

Mes frères et mes sœurs, je ne comprends vraiment pas ces millions de jeunes «activistes» qui virent la baraque à l’envers. Ils n’ont comme seul grief les inégalités économiques et l’écart toujours grandissant entre les riches et les pauvres, que ce soit en Israël, pays pourtant très prospère, en Grande-Bretagne, qui maintient sa cote AAA attribué par Standard & Poor’s; au Chili où les étudiants veulent l’université gratuite et publique; en Grèce, en France, en Italie et en Espagne où les jeunes «indignés» s’indignent, etc.

Pourquoi donc s’en faire pour si peu? Faut savoir garder son calme en tout temps et adopter une approche plus civilisée et plus positive comme nos jeunes «dégriseurs» québécois qui exigent plus de «créativité» de la part de leurs gouvernements (Le Devoir, 21 juin 2011). Moi, je trouve ça très bien et je crois aussi, comme les dégriseurs, que l’absence de répartition équitable de la richesse ici, qui est aussi marquée qu’ailleurs, tire son origine d’un manque de créativité de la part de nos élus et rien d’autre. S’auto-qualifier de «dégriseurs», je trouve que ça fait chic et intello. C’est le pendant du club sélect des «lucides» que leurs aînés se sont attribués comme qualificatifs. En ces jours moroses, faut surtout pas avoir de complexe d’infériorité.

Si dans d’autres pays, les jeunes s’énervent le poil des jambes et des bras, c’est qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir nos éclairés professeurs, politiciens, chroniqueurs et affairistes. Moi en tout cas, je remercie chaque jour le petit Jésus de les avoir rien qu’à nous! Pour apaiser ces jeunes égarés d’ailleurs, je propose de les envoyer en mission dans ces zones de turbulence afin qu’ils puissent retrouver la raison. Si nos maîtres ne peuvent se déplacer, je me propose d’envoyer à ces manifestants irrespectueux de l’ordre et des institutions ces quelques textes de grands sages d’ici. Je commencerais par leur «shipper» l’éclairante opinion du lucide économiste de l’UQAM Pierre Fortin, publiée dans Le Devoir du 16 mars 2008 et intitulée «Créer plus de richesse pour mieux la répartir ensuite». Pierre Fortin a bien dit créer «plus» de richesse (on en est qu’à ce stade) et ensuite, et plus tard, on pensera, quand ça adonnera, à mieux la répartir. Ce qu’est une «meilleure» répartition de la richesse reste toujours à définir. Va falloir quand même continuer à tolérer certains «écarts» naturels et nécessaires… à moins que vous soyez communiste!

Puis, faut surtout pas sauter d’étapes, au risque de tout chambouler le système instauré par la classe dominante, comme l’a dit pertinemment l’ancien président du Conseil du patronat du Québec, Ghislain Dufour, dans La Presse du 15 janvier 1996, soit il y a de ça plus de 15 ans : «La distorsion entre riches et pauvres est en voie de se résorber.» C’est vrai, loin de se résorber, l’écart s’est plutôt accentué et «très» beaucoup depuis. Oh, oh, attendez avant de crier des noms à l’ex-président du patronat car il n’avait pas tort du tout, comme l’a signalé l’éminent économiste émérite de l’Université de Montréal (Chaire Bell Canada) et de l’Institut économique de Montréal, Marcel Boyer dans son opinion parue dans La Presse du 7 janvier 2008 : «Des inégalités temporaires : Dans une phase de création de richesse, la distribution devient temporairement plus inégalitaire avant de redevenir plus égalitaire.» Des inégalités temporaires à très long terme, s’entend! Ça reste temporaire quand même sur un univers de temps infini. Voilà pourquoi on devrait faire preuve de compassion envers les jeunes excités d’ailleurs et leur prêter «temporairement» nos jeunes dégriseurs créatifs, Pierre Fortin, Ghislain Dufour et Marcel Boyer. On leur donne pas nos penseurs, on fait juste leur prêter, faudrait mettre ça au clair dès le départ.

Tiens, pour donner raison aux professeurs universitaires d’économie Marcel Boyer et Pierre Fortin, prenons les données citées par le journaliste Marc Tison de La Presse dans son article du 4 janvier dernier intitulé «155 fois un revenu ordinaire». Le journaliste signale dans son texte «qu’en 2009, les 100 chefs de direction les mieux payés au Canada ont gagné en moyenne 155 fois le revenu du travailleur moyen. En 1998, le rapport s’établissait à 104 pour 1. À la fin des années 1980, il n’était encore qu’à 40 pour 1.» Mais comme l’ont affirmé les professeurs d’économie Marcel Boyer (eh oui, encore le même que tantôt) et son collègue de l’Université de Montréal et associé chez Cirano (organisme de recherche qui s’apparente à l’Institut économique de Montréal), Claude Montmarquette, dans une autre opinion publiée dans La Presse du 31 mars 2009 : «La compétence, ça se paie. L’excellence et la haute performance coûtent cher parce qu’elles ont une grande valeur.» Je crois qu’ils boivent trop de Red Bull, ça les perturbe! Et puis, Martin Vallières, également de La Presse, a intitulé ainsi son texte du 5 juillet 2011 : «Le Canada riche en millionnaires»… et j’ajouterais «riche en pauvres», avec votre permission, bien évidemment, chers amis lecteurs. Voilà, on est encore dans la phase de création de la richesse qui crée pour un petit bout de temps assez long des inégalités économiques et puis après «badang!» et «bim boum!», la main invisible du marché capitaliste va «mieux la répartir» et cela sans aucune intervention de l’État. Faut surtout pas qu’il intervienne. Il va venir encore une fois bousiller toute l’affaire. Faut laisser les lois naturelles du marché agir sans entrave.

Il y a bien eu la crise financière de 2007 qui a frappé la classe moyenne et les a appauvris «temporairement» en raison des millions de pertes d’emplois et des milliards de dollars qu’elle a dû verser aux institutions financières milliardaires, responsables de cette crise qui n’en finit plus de finir. Ceci va accentuer pour un certain temps encore les inégalités économiques. Mais après la tempête viendra le beau temps pour tout le monde et surtout pour la classe moyenne et les pauvres qui vont rattraper leur retard face aux seigneurs économiques. Une chance, la crise financière a secoué durement la classe moyenne mais, soyez dans l’allégresse et louangez le Très Haut car «la crise a épargné les grands patrons». Au Canada, le «groupe des 100» a touché en moyenne 6,6 M$ en 2009, une légère baisse qui ne sera que temporaire, selon les analystes» (Le Devoir, 4 janvier 2011).

Enfin, je vais expédier aux jeunes révoltés d’Israël, de Grande-Bretagne et d’ailleurs, le texte de René Vézina paru dans Les Affaires du 19 janvier 2008 : «Devenir riche n’est pas un crime.» Bien au contraire, il faut aduler ceux qui sont riches et les remercier pour toute la richesse qu’ils créent…. temporairement pour eux et après pour les autres. Et un peu de morale leur fera grand bien à ces jeunes escogriffes d’un peu partout dans le monde. Une chance, au Québec nous avons été épargnés par ces «folies de jeunesse». L’actuel ministre libéral du Québec Clément Gignac est, il est vrai, un ex-banquier mais il est, selon moi, plus philosophe que banquier, comme le démontre éloquemment ces paroles pleines de sagesse qu’il nous a adressées : «Les Québécois doivent surmonter leur malaise face aux riches» (La Presse, 16 avril 2011). J’implore le ministre Gignac d’aller porter son évangile de la richesse et des riches, partout dans le monde, en commençant peut-être en Israël parce que les jeunes de l’étranger n’ont pas seulement un «malaise» face aux riches et aux inégalités : ils sont littéralement en feu et mettent le feu partout. On se calme…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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