«Malgré la crise financière, la santé demeure l’enjeu no.1», titrait le Journal de Montréal du 12 novembre 2008. Chaque année, les Québécois le répètent inlassablement mais en vain, puisque pour Charest et sa gang, la priorité est le financement, avec notre argent, d’une nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de Montréal (dont le lobbyiste Lucien Bouchard est PDG, au coût dérisoire de 300 M$. Il y a aussi la construction, à hauteur d’un petit 400 M$ de rien du tout d’un nouvel amphithéâtre à Québec, pour le pauvre Pierre-Karl Péladeau et Quebecor.
Même si notre système de santé publique actuel n’est pas seulement dangereux mais bel et bien criminel, ça ne concerne que la santé et la vie du monde ordinaire. Y’a rien là! Charest et son ministre de la santé Yves Bolduc n’en ont rien à foutre de ces gens qui ne fournissent pas à la caisse électorale et qui n’ont pas de lobbyiste à leur emploi. Charest et son ex-ministre de la santé, Philippe Couillard, sont beaucoup plus motivés à financer la santé privée, accessible à leurs amis, et à gaver l’industrie pharmaceutique appuyée par l’ancien député libéral Russell Williams qui est devenu l’un de leurs nombreux lobbyistes. Ce qui fait que vous devrez continuer à attendre 20 heures à l’urgence, deux ans pour un scan et de vous déplacer à Montréal pour votre radiothérapie et votre chimiothérapie, même si vous habitez Rouyn et que vous souffrez d’un cancer avancé.
En 2004, le Journal de Montréal titrait: «Les dépenses par habitant pour la santé sont plus faibles au Québec.» Idem en 2010: «Les dépenses en santé au Québec, les plus faibles au Canada» (Le Devoir, 29 octobre 2010). Santé publique, s’entend! Que votre joie soit profonde puisque «le Québec est la province qui fait le plus de place au privé» (La Presse, 23 avril 2010). Dernier au Canada en investissements gouvernementaux pour notre système de santé publique mais premier en cliniques de santé privées. Hourra! Santé privée qui n’a d’ailleurs de privé que le nom car, comme les écoles privées, elle carbure abondamment aux fonds publics. C’est donc dire que c’est avec l’argent de la classe moyenne que nos gouvernements financent les privilèges de la caste supérieure. Vraiment exaltant! Voilà une facette de notre fameux modèle québécois passée sous silence par les élus, le patronat et les pachas qui se battent «courageusement» pour le maintien et la multiplication de leurs vaches sacrées. Ils n’ont que faire du bien commun et des services publics. Pour ces deniers, le gouvernement «dépense» dans les services publics et «investit» dans «leurs» services privés.
Les représentants des milices favorables à la santé privée, comme l’ex-banquier à la Banque Laurentienne, Claude Castonguay, et l’actuel banquier de la Banque de Montréal, Jacques Ménard, mandatés chacun leur tour par Jean Charest pour présider des comités «indépendants d’experts» pour améliorer notre système de santé publique (quelle farce grotesque), nous avaient pourtant fait miroiter (ce qui ne fut qu’un autre mirage) que la venue de la santé privée allait désengorger le système public et donc l’améliorer.
Dans les faits, leurs sages recommandations ont, comme toujours, nettement amélioré les services de santé au privé et dangereusement défavorisé encore davantage le système public. Si vous avez de l’argent, vous n’avez aucunement à vous inquiéter pour consulter des spécialistes et pour recevoir les soins appropriés. Aucune attente dans ce cas. Pour les autres, ils n’ont qu’à fredonner la chanson de Dalida: «J’attendrai, le jour et la nuit, j’attendrai toujours.» La venue du privé au Québec fut un immense «succès» comme le démontre le titre de cet article de La Presse du 28 juin dernier: «C’est au Québec qu’on attend le plus pour voir un médecin», un médecin au public s’entend. Et ça, c’est en supposant que vous réussissiez un jour à en rencontrer un. Bonne chance quand même et il est important de rester, malgré tout, positif. Un autre côté de notre fameux modèle québécois.
Comme l’avait déjà signalé l’ancien ministre péquiste de la santé, Jean Rochon: «L’attente assainit les finances publiques» (Journal de Montréal, 11 juin 1997). Quel geste patriotique que de mourir en attendant dans les salles d’urgence ou d’une opération pour une maladie grave. Plus votre attente sera longue, plus vous serez solidaires.
Mes amis, comme le temps passe, je vais reporter à ma prochaine chronique les façons différentes de faire en Ontario et au Québec concernant les frais illégaux en santé; le recrutement de médecins étrangers; l’instauration de la prime annuelle à la santé (un nouvel impôt direct); la diminution du prix des médicaments génériques; les privilèges accordés aux médicaments d’origine et les subventions versées à la recherche.
On nous dit souvent qu’il faut s’adapter, qu’il faut moderniser le Québec afin de faire mieux que nos principaux concurrents, comme la province voisine de l’Ontario. Du verbiage et de la désinformation qui frisent la malhonnêteté comme à l’habitude. Nous verrons que le gouvernement de l’Ontario a eu le courage de s’attaquer aux privilèges des puissants et de faire fi de leurs menaces afin de privilégier les intérêts supérieurs de la population alors que Charest, au Québec, s’est écrasé face au puissant lobby de ses amis en laissant derrière encore une fois les besoins criants du monde ordinaire et le sauvetage de notre système de santé publique.
Le gouvernement libéral du Québec est beaucoup plus courageux et audacieux face à la population en décrétant des augmentations sauvages de la TVQ et des tarifs dans tous les services publics afin de faire financer les vaches sacrées des privilégiés par la classe moyenne. La comparaison Québec-Ontario ne sera pas fondée sur des hypothèses, des prévisions et des extrapolations, mais sur les faits réels implacables. Vous verrez ce que vous verrez, comme se plaît à dire souvent ma petite fille Soso.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.