Au Canada et aux States, faut que l’on soit intoxiqué pour avoir une peur bleue du socialisme. Comme si c’était un crime, alors que dans plusieurs pays, il y a des gouvernements socialistes.
Quand je vois que, par électoralisme, le NPD veut exclure le mot «socialisme» de sa constitution, je me dis que c’est impossible d’être aussi arriéré dans un pays supposément libre, démocratique et instruit. Même Jack Layton refuse de se décrire comme un socialiste.
En Italie, les communistes et les socialistes viennent d’être élus à Milan et à Naples (des forteresses de Berlusconi), même si les partis de droite, comme toujours, avaient misé sur la peur et le supposé danger des immigrés, de la perte des libertés individuelles, de l’État providence tentaculaire, etc.
Même le Pérou, qui a toujours été inféodé aux States, vient d’élire un président socialiste, Ollanta Humala. Idem en Équateur, au Brésil, en Bolivie, au Venezuela, au Nicaragua, en Argentine, en Uruguay, en Australie, etc. En France itou, les socialistes ont fait des ravages lors des dernières élections municipales.
On a vraiment un énorme problème quand aucun parti politique au Canada ne veut porter le nom de socialiste, même Québec solidaire. Faut surtout pas faire peur au monde. Et il y a ces hypocrites de la droite qui se disent sociaux-démocrates, de la gauche efficace et même, tenez-vous bien, de la gauche moderne. Minable. Les regroupements de l’ultradroite ont la cote auprès des médias, qui leur accordent une tonne d’articles louangeurs, comme à Réseau-Liberté, au Wildrose Alliance qui trouve les conser-vateurs trop à gauche, à l’ADQ, etc. Si je fonde, comme en France, le parti communiste révolutionnaire, ils vont totalement m’ignorer ou me traiter de cinglé. Pas sûr qu’ils vont trouver mes idées lucides et audacieuses.
Quand on pense qu’aux États-Unis, les républicains et le Tea Party se plaisent à traiter Obama de socialiste, comme les conservateurs étiquettent ici Jack Layton, cela signifie qu’ils misent sur l’ignorance des gens. Enfin, voici les titres de trois articles qui illustrent parfaitement le niveau abyssal de notre conditionnement politique : «Harper a qualifié Kyoto de complot socialiste», «La GRC soupçonnait René Lévesque d’être communiste» et «Le sergent Bérubé a passé la majorité de sa vie active au sein de l’escouade anticommuniste de la police». Je persiste à m’afficher comme socialiste chrétien. Si on pouvait déprogrammer les gens, ils verraient que c’est le socialisme qui défend le mieux les intérêts supérieurs de la majorité, le bien commun, les services publics, et qui, malgré les prétentions de droite, crée davantage de richesse, mieux répartie toutefois, et qui accorde plus de libertés individuelles. Prenez garde à vos enfants, j’ai une petite fringale!
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.