Avant que certains, toujours les mêmes, me crient des noms pas sympas du tout, c’est pas moi qui dit qu’au Canada, on est en présence d’un cartel bancaire mais bien la prestigieuse revue économique The Economist qui l’a décrit ainsi: «Le conservatisme des banques canadiennes est le revers de la médaille d’un oligopole confortable. Elles se partagent un marché intérieur lucratif et elles ont mis fin aux guerres de prix. Il en résulte que les Canadiens paient plus cher que les autres [dans le monde] leurs services financiers et il y a peu de place pour l’innovation.» (Les Affaires, 22 mai 2010) Mes irréductibles chéris iront-ils jusqu’à clamer que la revue The Economist est d’obédience communiste et est financée par Hugo Chavez et Fidel Castro?
Nos banquiers qui se pètent souvent les bretelles ont investi autant que leurs consœurs étrangères dans les papiers commerciaux pourris mais s’en sont mieux sorties du fait qu’elles forment un puissent oligopole au pays qui nous impose des frais excessifs sur tous leurs services et qui ont reçu des milliards de dollars en fonds publics des gouvernements pour les aider à traverser la crise. Croyez-moi, elles s’en sont bien sorties et vite en plus de ça, grâce à l’aide de l’État et à son statut d’oligopole qui lui permet d’augmenter ses tarifs quand bon leur semble et ainsi taxer les consommateurs qui n’y peuvent rien.
Vous savez très bien que je ne suis pas du genre à insulter les gens, surtout ceux qui sont très importants. Je me suis toujours fait un devoir d’être un modèle de bienséance, respectueux des personnes et des institutions. En termes de diplomatie, ma mère me compare souvent avec le politicien français Dominique De Villepin. D’ailleurs, plusieurs politiciens auraient intérêt à prendre exemple sur moi. Ainsi, quand je vois le titre de cet article de La Presse: «Le président de la Scotia préconise la concurrence interuniversitaire», alors que la banque Scotia et ses équipières bancaires forment de fait un monopole, moi, je mets cette missive du grand boss de la Scotia sur le compte de l’humour. En tout cas, ma mère et moi la trouvons très drôle.
C’est pas d’aujourd’hui que les banques éduquent, pour leur bien, nos enfants comme le démontre le titre de ces deux articles de journaux datant de 2001: «Desjardins en milieu scolaire» (La Presse, 25 janvier 2001) et «Le séminaire des banques fait son entrée à l’école» (Les Affaires, 30 juin 2001).
Tout ça fait sur une base bénévole et désintéressée, bien évidemment. Ça relève de leur responsabilité sociale de citoyen corporatif exemplaire. Les banquiers qui donnent un coup de main à nos enseignants pour parfaire l’éducation financière et économique très objective de nos jeunes ouailles, moi, je trouve ça immensément grand. Si j’en avais le pouvoir, je les canoniserais drette là! Oh oh, attention vous autres, je vous ai à l’œil. N’allez surtout pas mélanger éducation et propagande.
Les dépliants et brochures distribués dans nos écoles par les grands argentiers, c’est de l’éducation avec un grand «E», mais le matériel didactique des enseignants distribué à nos marmots portant sur le rôle de l’État, c’est carrément de l’endoctrinement forcé effectué sur le dos d’innocentes victimes par les professeurs, probablement des socialistes. Allez donc savoir. André Pratte, de La Presse, a bien cerné le jeu d’intoxication de nos enseignants dans son éditorial du 30 août 2006, intitulé: «Profs ou militants?» Pas «Banques ou militants», bande de petits monstres à batterie, mais bien «Profs ou militants», je vous ai dit. J’espère que je n’aurai plus à vous le répéter.
Tantôt, j’ai commis un impair lorsque je vous ai dit que le matériel didactique et les séminaires des banques adressées à notre progéniture étaient gratos. Cette affirmation est inexacte. Je m’en excuse. Comme cette œuvre est déductible d’impôts pour les banques, ça revient à dire que la population paie pour se faire «brainwasher». C’est un point de vue que ma mère et moi ne partageons pas du tout et qui nous met en colère car il y a du bon et du mauvais «brainwashage».
Je vous le dis (certains vont croire que je suis lobbyiste pour les banques), les banques canadiennes en font trop pour nos jeunes. Peut-être pas en diminuant les frais titanesques sur leurs cartes de crédit, les frais bancaires shylockiens ou les taux d’intérêt abusifs sur les prêts étudiants. Non et non. Ils sont plus originaux, plus lucides et plus débonnaires que ça, comme le laisse voir clairement le titre de cet article du Journal de Montréal du 30 mars 2007: «La TD aidera les étudiants.»
Vous vous demandez comment la TD va venir en aide à nos étudiants universitaires et collégiaux,? Eh bien en implantant de nouveaux guichets automatiques dans les campus. Fallait-y penser! Tant de bonté m’émeut aux larmes. Comme nos aimables banques en font beaucoup pour venir en aide au monde, pas seulement aux étudiants et aux nantis, je devrai continuer la liste de leurs bienfaits dans mon prochain texte. Vous verrez alors le comble de la bonté qui vous fera pleurer à chaudes larmes comme deux Madeleine. Eh bien, dans le but d’aider nos rejetons à faire leur entrée correctement dans «le monde selon les banques», elles leur émettent des cartes de crédit dès l’âge de 7 ans. Quelle belle marque de confiance envers ces jeunes. Bientôt, le bébé recevra sa carte de crédit directement à la pouponnière. Maman, va me chercher la boîte de Kleenex, j’en peux pu! Que voulez-vous c’est l’émotion. Je suis très sensible. Je tiens ça de ma mère.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.