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03:00 2 mai 2018 | mise à jour le: 2 mai 2018 à 09:32 Temps de lecture: 5 minutes

Le bonheur à petite dose à Porto Rico

Le bonheur à petite dose à Porto Rico

L’ouragan Maria a ravagé Porto Rico le 20 septembre 2017. Plus de sept mois plus tard, ses habitants réapprivoisent le bonheur afin de panser leurs plaies.

Impossible de parler de joie à Porto Rico sans d’abord aborder la tristesse. Le passage de l’ouragan Maria a laissé ravage et désolation sur l’île : des milliers de maisons sans toit (ou de maisons tout simplement disparues), des rivières qui débordent, des montagnes dépouillées, des routes impraticables, des secteurs sans électricité ni système de communications et un bilan des morts officiel toujours attendu des autorités mais qui dépasserait le millier de personnes.

Les 3,2 millions de Portoricains ont fait face à la pire catastrophe naturelle de leur histoire. Rien à ajouter, seulement que le sentiment de détresse, de désolation et de tristesse a pris toute la place dans les semaines qui ont suivi l’ouragan. Les visages et les histoires de ceux et celles qui ont été le plus touchés, qui ont perdu des proches, en témoignent. Heureusement, il y a aussi une grande volonté de retrouver le bonheur.

«Aujourd’hui, je pense à mes enfants et j’essaie d’utiliser cette énergie positive comme carburant pour me faire avancer.» – Sharon Cruz

L’art comme un baume
L’Institut culturel de Porto Rico a rapidement mis sur pied une initiative pour y parvenir. Deux semaines après le passage de Maria, il lançait un projet intitulé Cultura Rodante («culture roulante»).

«Nous avons roulé vers les endroits les plus dans le besoin, à commencer par les maisons pour personnes âgées et les centres communautaires les plus touchés. Nous avons aussi visité des refuges», raconte à Métro Carlos R. Ruiz Cortés, directeur de l’Institut.

Selon lui, Cultura Rodante représente à merveille la culture portoricaine et rappelle qu’une petite dose de bonheur peut parfois faire des miracles. Le but premier du projet est de réparer les dommages émotionnels et mentaux que Maria a laissés derrière.

«Les Portoricains forment un peuple joyeux qui tente toujours de repousser les limites du bonheur. Ils reviennent à leur essence. C’est ce que je ressens: le bonheur d’être portoricain.» – Carlos R. Ruiz Cortés, directeur de l’Institut culturel de Porto Rico

Ce qui a débuté comme un projet pilote est devenu une des priorités de l’Institut. L’agence américaine chargée d’évaluer les programmes artistiques et culturels dans tout le pays a même sélectionné Cultura Rodante comme projet phare du mois de février. En près de 6 mois, Cultura Rodante avait permis de visiter 75% des villages du pays et avait touché directement des communautés et des milliers de sinistrés en leur présentant du théâtre, de la musique, du cirque, des ateliers et du cinéma, grâce à la collaboration de dizaines d’organismes et d’artistes.

«Mettre sur pied ce type de projet nous fait vivre toutes sortes d’expériences, explique le directeur, soulignant le travail de toute son équipe. Nous atteignons des endroits difficilement accessibles à cause des routes, des communautés privées d’électricité. Pouvoir toucher les gens de la sorte leur apporte beaucoup de bonheur. Ils nous disent que nous ramenons le bonheur dans leur vie. Ça démontre le pouvoir des arts et de la culture.»

Carlos R. Ruiz Cortés ajoute que l’équipe de l’Institut travaille sur le projet tous les jours. «Pour nous, c’est important de participer à la reconstruction de Porto Rico grâce à notre savoir-faire. C’est très gratifiant de promouvoir la culture de la sorte. Nous en sommes très fiers.»

Circo Teatro Bandada, une troupe qui combine les arts circassiens et le théâtre, participe au projet Cultura Rodante et s’est rendue dans différentes communautés de Porto Rico. Pour le groupe, «le bonheur est un droit». Angelle M. Guzmán Torres, une des membres de Bandada, citait ainsi son collègue Lidi Paoli López González en parlant de l’importance des arts et de la culture dans le processus de guérison de Porto Rico, particulièrement pour redonner le moral aux habitants.

«Le positivisme est vital pour continuer. Tout n’est pas perdu. Il faut se lever chaque jour en se demandant comment changer les choses.» – Angelica Mercado

«Les gens doivent avoir des répits pour se sortir du chaos, pour réfléchir, pour se divertir, pour apprécier ces choses qui touchent leur âme, que ce soit du cirque, de la musique ou autre chose», souligne l’artiste.

La troupe a entre autres visité la municipalité de Naguabo, dans l’est de Porto Rico. Là-bas, la communauté, toujours privée d’électricité et avec un accès très limité à l’eau courante, attendait avec impatience la visite des artistes. Elle attendait de vivre un instant de joie et de sourires, des moments rares depuis le passage de l’ouragan.

«Ils étaient assis et nous attendaient. C’était vraiment une belle image, raconte Isaira Noriega Claudio, membre du groupe. Il pleuvait pendant notre prestation, mais personne n’a quitté sa place.»

«Ils se sont fait arroser par la pluie, comme nous. J’étais encore plus reconnaissante», ajoute l’artiste.

«Le cirque théâtral que nous proposons apaise énormément le climat social actuel. Bandada et plusieurs autres troupes de l’île souhaitent mettre en avant leur art mais surtout rejoindre le plus de sinistrés possible, les rejoindre et leur offrir un peu de bonheur grâce à ce que nous faisons», conclut-elle.

«J’ai toujours un toit. Je n’ai pas vécu de gros drame, si ce n’est que de ne plus avoir d’électricité ni d’eau courante.Je suis choyée.» – Carolina Herrera

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