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11:56 15 septembre 2019 | mise à jour le: 15 septembre 2019 à 11:56 Temps de lecture: 5 minutes

Tunisie: premier tour d’une présidentielle à suspense

Tunisie: premier tour d’une présidentielle à suspense
Photo: Hassene Dridi/APUn Tunisien vote en banlieue de Tunis pour le premier tour de l'élection présidentielle

La Tunisie votait dimanche dans le cadre d’une présidentielle très ouverte, sur fond de fortes attentes économiques et sociales, et dans un contexte de rejet de la classe politique aux manettes depuis la révolution démocratique de 2011.

A la mi-journée, le taux de participation s’est établi à 16,3%, a annoncé l’Isie, l’instance chargée de l’organisation du scrutin. «Nous sommes déçus de ce taux, il est faible et nous espérons qu’il va évoluer d’ici 18h», heure de fermeture des bureaux, a déclaré Nabil Azaizi, un membre de l’Isie.

Après une campagne marquée par un regain apparent d’intérêt dans l’unique pays rescapé des printemps arabes de 2011, sept millions d’électeurs sont appelés à trancher entre 26 candidats: ce scrutin est marqué par une forte incertitude en raison de ce nombre élevé de candidats, mais aussi de programmes parfois peu différenciés et d’un scène politique particulièrement fragmentée.

Parmi les 26 prétendants, un premier ministre au bilan contesté – Youssef Chahed -, un magnat des médias poursuivi pour blanchiment d’argent et incarcéré – Nabil Karoui -, ou encore le premier candidat du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou.

«Le choix est difficile, et il n’y aura pas de satisfaction à 100%», a résumé Amira Mohamed, une électrice de 38 ans. De nombreux votants ont admis avoir hésité jusqu’au dernier moment.

Fortes attentes sociales

Durant les premières heures du scrutin, la moyenne d’âge semblait plutôt élevée dans les bureaux de vote.

«Mais où sont les jeunes? Il s’agit de leur patrie, de leur avenir», s’est agacé Adil Toumi, un sexagénaire venu «participer à une fête nationale, une victoire de la démocratie».

Car malgré l’exaspération vis-à-vis de la classe politique, les électeurs sont venus exercer leur droit avec le sentiment de renforcer la jeune démocratie.

«Arrêtez de vous lamenter ou de critiquer! Soyez à la hauteur de cette chance de voter en toute liberté», s’est exclamé un septuagénaire, Mokhtar Salami, appuyé sur sa canne.

Les Tunisiens sont avant tout préoccupés par la crise sociale dans un pays sous perfusion du Fonds monétaire international (FMI), où le chômage ronge les rêves de nombreux jeunes, et où le coût de la vie a nettement augmenté ces dernières années, alimenté par une inflation frôlant les 7%.

M. Chahed est handicapé par le bilan controversé de ses trois années au pouvoir, marquées par une nette amélioration de la sécurité mais une dégradation du pouvoir d’achat.

Face à lui, Nabil Karoui a gagné en popularité ces dernières années en organisant des distributions de nourriture et d’électroménager médiatisées par la chaîne de télévision qu’il a fondée, Nessma.

Ses détracteurs voient en lui un homme sans scrupules s’inspirant de l’ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi. Ses partisans soulignent qu’il a sillonné la Tunisie défavorisée comme aucun dirigeant politique avant lui.

Sous le coup d’une enquête pour blanchiment et évasion fiscale depuis 2017, il a été arrêté dix jours avant le début de la campagne électorale, et accuse depuis le pouvoir d’avoir instrumentalisé la justice pour l’écarter de la course.

Test pour la Tunisie

La férocité de la compétition et l’émergence des candidats dits «populistes» tels M. Karoui ou l’universitaire conservateur Kais Saïed, sur fond de rejet du «système» et des «élites», a marqué la campagne.

Le scrutin est un «test» pour la jeune démocratie tunisienne car il «pourrait nécessiter d’accepter la victoire d’un candidat clivant», a souligné la chercheuse Isabelle Werenfels.

Environ 70 000 membres des forces de sécurité ont été mobilisés, selon le ministère de l’Intérieur. Et des milliers d’observateurs ont été déployés par les partis et des institutions internationales dans les bureaux de vote.

Des estimations et sondages sont attendus dans la nuit de dimanche à lundi, mais les résultats préliminaires ne seront annoncés que mardi par l’instance chargée des élections (Isie).

À moins qu’un candidat n’obtienne la majorité absolue dès le premier tour, les partis seront ensuite face au défi de préparer simultanément les législatives du 6 octobre et le second tour de la présidentielle, qui devrait se tenir d’ici le 23 octobre.

Le calendrier a été chamboulé par la mort, le 25 juillet, du chef de l’État Béji Caïd Essebsi, 92 ans, qui a obligé à anticiper un scrutin initialement programmé en fin d’année.

L’épouse de M. Caïd Essebsi, Chadlia Caïd Essebsi, 83 ans, est à son tour décédée ce dimanche, jour du premier tour de la présidentielle, a annoncé en début de matinée leur fils Hafedh.

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