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06:00 12 janvier 2015 | mise à jour le: 12 janvier 2015 à 06:00 temps de lecture: 3 minutes

Faire parler l’islam de la paix

Faire parler l’islam de la paix
Photo: Getty

Abdel Fatah al-Sissi est un pieux musulman. Il peut réciter par cœur les 114 sourates du Coran, et son épouse porte le voile. Mais voilà, le président égyptien estime qu’il est temps de réformer l’islam.

Avec les récentes décapitations de journalistes occidentaux en Syrie, et l’attentat la semaine dernière contre Charlie Hebdo, l’amalgame entre le terrorisme et la religion musulmane gagne du terrain. Déjà bien avant les attentats de Paris, la majorité des Français disaient avoir un problème avec l’islam, deuxième religion de l’Hexagone.

Dans son discours du 1er janvier, passé sous les radars médiatiques, Al-Sissi rappelait ceci: «Nous devons considérer longuement et froidement la situation dans laquelle nous nous trouvons. Il est inconcevable qu’en raison de la pensée que nous tenons pour la plus sacrée, notre oumma [communauté des musulmans] dans son ensemble soit source de préoccupations, de dangers, de tueries et de destruction dans le monde entier. Impossible!»

Pour celui qui s’est débarrassé des Frères musulmans en 2013, il est temps de purger l’islam de toutes dérives extrémistes, de les dénoncer haut et fort.

C’est ce que réclame l’Occident depuis les attentats du 11 septembre 2001, pour qui l’islam de la paix et de la tolérance devrait davantage se manifester dans la rue et dans les médias. Le fait que sa voix soit atone permet à l’islamophobie de mieux faire entendre la sienne. Et aux islamistes de penser que la majorité des musulmans restés silencieux cautionnent leurs actes.

Pourtant, au moins 80% des victimes des djihadistes, qui prétendent combattre au nom de Mahomet, sont des musulmans. Encore le mois dernier, 132 écoliers pakistanais ont perdu la vie dans un attentat à Peshawar.

Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature en 1988, a longtemps été l’un des rares intellectuels arabes à ne pas brandir le drapeau blanc devant les islamistes. «Le terrorisme est un rejet de l’opinion d’autrui, alors que l’islam est une religion de liberté», rappelait le père du roman arabe contemporain.

Porte-voix de la tolérance et de la modération, il avait échappé de justesse à une tentative d’assassinat à l’arme blanche en 1994.

Pour Al-Sissi, c’est clair. «[…] nous avons besoin d’une révolution religieuse», le monde musulman «est en train de se faire des ennemis dans le monde entier». Ses opposants accusent déjà le dirigeant du plus grand pays arabe de vouloir «corrompre» la religion du Prophète et lui trouvent même des origines juives par sa mère marocaine.

Le dialogue de sourds ne se fait pas qu’avec l’Occident.