Pour la première fois, le Forum social mondial (FSM) aura lieu dans un pays dit «du nord».
C’est Montréal qui accueillera cette année, dès demain, les milliers de participants qui rêvent et qui espèrent une société plus juste et plus respectueuse de l’être humain et de l’environnement.
Avec ses 1 200 ateliers auto-gérés, présentés par plus de 1 000 organisations de 120 pays – en plus des conférences prononcées par de grands noms comme Naomi Klein, Riccardo Petrella et Chico Withaker –, le FSM 2016 promet des possibilités de rencontre et de discussion quasi infinies à tous ceux qui ont comme projet de changer le monde. Selon les chiffres fournis hier par l’organisation, 14 000 participants s’étaient déjà inscrits et on attendait 50 000 personnes.
Les activités, qui auront lieu principalement au centre-ville, s’articuleront autour de 13 grands thèmes, comme la «défense des droits de la nature et [la] justice environnementale», les «alternatives économiques, sociales et solidaires face à la crise capitaliste» et la «décolonisation et [l’]autodétermination des peuples».
«Depuis 2001, les Forums sociaux ont rythmé le développement du mouvement altermondialiste.» Roger Rashi, coordonnateur des campagnes pour Alternatives
Le but du Forum social mondial 2016? La discussion et les rencontres. La promotion de pistes de solution davantage que des prises de position. C’est «construire un espace pour que la société civile se rassemble et chemine vers un renforcement mutuel au niveau mondial et local», affirme la co-coordonnatrice du FSM Carminda Mac Lorin. Cette mission n’a pas changé au cours des 12 éditions du FSM en 15 ans, du premier, tenu à Porto Allegre, au Brésil, en 2001, jusqu’au précédent, à Tunis, en Tunisie, l’an dernier.
Le forum montréalais bénéficie en outre d’une «mobilisation assez importante des mouvements sociaux au Québec», commente Roger Rashi, coordonnateur des campagnes pour l’organisme Alternatives, qui organise ou co-organise 16 activités pendant le FSM. «La mobilisation pourrait être plus forte, mais on a vu un réveil dans les six derniers mois du mouvement syndical, communautaire, écologique et altermondialiste en général. Il y a une volonté de participer.»
La devise des FSM est : «un autre monde est possible.» Mais est-ce qu’un autre forum est possible? D’après M. Rashi, plusieurs sujets de critique peuvent être énumérés à propos des FSM.
«Est-ce que le forum peut continuer tel qu’il s’est constitué en 2001? Il ne prend pas de position politique ouvertement, précise M. Rashi. Aujourd’hui, en 2016, avec la multiplication des guerres, des conflits civils et sociaux, est-ce qu’on peutcontinuer en conservant cette attitude-là ou est-ce que le forum devrait regarder la réalité et prendre des positions politiques quand il le faut?»
D’autre part, le FSM de Montréal «soulevait dès le départ de gros problèmes d’équité pour les gens venant du sud», expose M. Rashi. Il déplore l’absence d’un fonds de solidarité qui aurait pu être mis en place afin d’aider financièrement les participants venant de l’étranger et souligne les difficultés pour ceux-ci d’obtenir des visas pour entrer au Canada. Ses craintes se sont avérées fondées, puisque plus de 200 demandes de visas ont été refusées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC); des demandes provenant notamment de têtes d’affiche du forum, comme Aminata Traoré et Imad Temiza.
Pour Carminda Mac Lorin, la question de l’accès est «une problématique à laquelle doivent faire face tous les FSM», qu’ils soient organisés au Canada ou en Inde. Pour ce qui est des visas, «on savait que ça allait être difficile, soutient-elle. On est estomaqués de réaliser que des marchandises peuvent se déplacer librement et que des personnes ne le peuvent pas».
