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Steven Guilbeault: «Devenir maire de Montréal? Je me suis posé la question»

Photo: Chantal Levesque/Métro

Courtisé un temps par Projet Montréal, le co-fondateur d’Équiterre, un organisme montréalais qui milite en faveur de choix écologiques et équitables, a refusé récemment l’invitation du maire Denis Coderre en vue des prochaines élections municipales. Ancien responsable canadien de Greenpeace, connu pour ses actions spectaculaires, Steven Guilbeault, 46 ans, préfère patienter avant de se lancer en politique.

Votre nom circule au sein des partis politiques montréalais. Allez-vous franchir le pas aux prochaines élections municipales ?
Un jour peut-être, mais pas en novembre. La politique est un travail très exigeant. J’estime déjà que je travaille assez fort dans la vie, mais j’ai un équilibre avec ma vie familiale. Lorsque mes plus jeunes enfants, qui ont 7 et 9 ans, seront adolescents, ce sera différent. Dans 7 ou 8 ans, ce sera plus réaliste.

Pourtant, vous êtes très courtisé
C’est vrai, on m’a déjà offert des postes au fédéral et au provincial. Projet Montréal m’a aussi approché afin que je me présente à la course à la chefferie [à l’automne 2016]. Et il y a quelques semaines, le maire [Denis Coderre] m’a contacté. Il voulait savoir si quelque chose pouvait m’intéresser. Mais on n’a pas eu l’occasion d’aller plus loin, j’ai poliment décliné la proposition.

Sans aucune hésitation?
Il y a eu une réflexion, ce n’est pas quelque chose qu’on peut rejeter du revers de la main. Mais mon objectif, pour l’instant, c’est de travailler avec tout ceux qui veulent bien faire avancer les questions environnementales.

Comment dailleurs jugez-vous les politiques environnementales menées par le maire Coderre ?
On est rarement satisfait. Le jour où ça arrivera, les organisations comme Équiterre n’auront plus de raison d’être. Il y a des choses intéressantes, au niveau de la piétonnisation notamment au Plateau, à Rosemont, Verdun et dans l’est aussi. Mais Montréal a besoin d’une vision globale au sujet des pistes cyclables, et le Québec doit avoir une politique de mobilité durable. Si on veut que tout le monde avance au même rythme, il faut un plan de match.

Dans quelques années, souhaiteriez-vous devenir maire de Montréal ?
Je me suis posé la question lorsque Projet Montréal m’a contacté, mais c’est toujours délicat de répondre. Si je dis oui, les gens vont penser que je pars en campagne (il rit). Est-ce que je pourrais éventuellement le faire? C’est dans le domaine du possible. J’ai un intérêt pour la cause politique. Est-ce que j’ai un plan? Pas du tout.

Pourquoi vous lanceriez-vous en politique municipale et non au provincial ou au fédéral ?
Une partie de mon dilemme vient de là. Je pourrais me voir dans les trois. Tous ont leur importance et si on veut que les choses changent, on doit aller dans la même direction. Au fédéral, la portée est beaucoup plus importante, sur l’échelle du pays, si on arrive à bien faire notre travail. À l’opposé, au municipal, c’est très concret et plus près des gens. C’est dur d’être en désaccord, par exemple, avec ce qu’a fait Projet Montréal sur le Plateau si vous êtes un cycliste ou un piéton. Avant, je ne pouvais pas traverser ma rue, qui était utilisée comme voie de transit, avec mes enfants. Maintenant, je peux jouer au football avec mon fils dans la rue.

Avez-vous limpression davoir évolué depuis vos actions «coups de poing» menées à lépoque de Greenpeace ?
C’est sûr, je ne me fais plus arrêter et la désobéissance civile, c’est fait. Lorsque j’ai grimpé la tour CN [à Toronto en 2001], c’était pour attirer l’attention sur les changements climatiques et la ratification du protocole de Kyoto que le Canada tardait à signer. Depuis, il y a eu une certaine évolution des mentalités. Il y a des gens qui me reprochent d’être trop conciliant, mais la grande majorité veulent voir les choses avancer. Prenons l’exemple du REM [NDLR: un projet de réseau électrique de 67 km comptant 27 stations attendu pour 2022]. Des groupes se sont opposés et je reconnais que ce n’est peut-être pas un projet parfait. Mais je pense qu’on peut travailler avec ça.

Donc, vous avez appris à arrondir les angles ?
La dimension politique a pris beaucoup de place dans mon travail par rapport à l’époque de Greenpeace. Mais il ne faut pas généraliser. Augmenter les infrastructures de combustible fossile comme le projet Énergie Est, c’est inacceptable. On ne fait pas des compromis sur ses convictions, mais sur des détails. Si un jour, je dois en faire sur mes valeurs, je ne serai plus à ma place et je ferai autre chose.

Ne craignez-vous pas de devenir une «caution verte» pour un parti, sans avoir la réelle possibilité dagir ?
J’en suis très conscient. Est-ce un risque? Je pense, oui. Si je décide de faire de la politique, il va falloir faire le deuil d’une certaine neutralité actuelle qui me donne une grande influence sur l’ensemble des partis. Mais en ce moment, ce n’est pas moi qui tiens le crayon. Un jour, je me dirais peut-être qu’il est temps d’essayer autre chose, mais je ne suis pas rendu là.

«Ce n’est pas parce que Trump signe un décret présidentiel pour construire l’oléoduc Keystone que celui-ci verra le jour. Il n’y a plus d’acceptation sociale dans ces projets. Je doute de voir un nouveau pipeline en Amérique du Nord.» – Steven Guilbeault, cofondateur d’Équiterre

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Des mentalités à changer
Félicitant les projets du REM et du prolongement de la ligne bleue attendu pour 2025, Steven Guilbeault déplore néanmoins «la vision passéiste d’une partie des élus et de la population». «J’entends souvent dire que le bus est réservé aux pauvres et à ceux qui n’ont pas assez d’argent pour avoir une auto, explique-t-il. En Amérique du Nord, la voiture est un symbole de liberté, d’autonomie, de richesse et d’affirmation de soi, mais c’est en train de changer». L’environnementaliste se montre confiant. «On sent vraiment, pour la première fois probablement depuis la construction du métro [en 1968], un alignement des trois [ordres] gouvernementaux pour le transport collectif, estime-t-il. Ce n’est pas encore parfait, mais on est capable d’y arriver si on s’en donne les moyens.»

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