Montréal

Aucune statistique fiable sur l’insalubrité à la Ville de Montréal, déplore un rapport

Aucune statistique fiable sur l’insalubrité à la Ville de Montréal, déplore un rapport
Photo: Archives Métro

«La Ville de Montréal ne dispose d’aucune information fiable concernant le nombre d’avis et de constats d’infraction émis par les inspecteurs ou sur la nature des problèmes de salubrité que vivent les Montréalais et les Montréalaises», tranche un rapport du Collectif de recherche et d’action sur l’habitat (CRACH), rendu public jeudi. Dans quelques arrondissements, aucune statistique n’est même compilée.

Le vérificateur général de la Ville réclamait en 2011 un meilleur suivi des plaintes pour insalubrité et demandait que des données soient compilées. Or, sept ans plus tard, la situation ne s’est guère améliorée, malgré un plan d’action adopté en ce sens en 2014, conclut le CRACH.

«La direction chargée de l’habitation à Montréal n’est pas en mesure de communiquer des statistiques «aussi précises» que le nombre de plaintes ou de constats d’infraction émis chaque année sur l’île de Montréal», fait état le collectif, qui a déposé plusieurs demandes d’accès à l’information, tant à la ville-centre qu’aux arrondissements.

«Ça nous a beaucoup surpris. Étant donné le plan d’action de la Ville, on s’attendait à ce qu’on trouve des données», explique l’auteur du rapport, Alexandre Cadieux

La majorité des arrondissements ne compilent pas le nombre de logements inspectés par année, seuls Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension ont fait parvenir cette statistique au CRACH. Montréal-Nord et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension n’ont même pas pu fournir le nombre de plaintes déposées et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce ne sait pas combien d’inspecteurs étaient engagés par l’arrondissement en 2016.

«Ce que ça montre, c’est qu’on n’a pas une vue d’ensemble et qu’on est plus en réaction qu’en mode proactif, croit M. Cadieux. Certains arrondissements ne prennent pas le problème assez au sérieux. Il faut avoir des données semblables pour pouvoir coordonner notre action. Il y a tellement de disparités dans les données des arrondissements, ça ne peut pas être seulement des réalités différentes.» Il espère que développer cette collecte de données sera un point majeur du nouveau plan de lutte à l’insalubrité des logements pour 2018 à 2021.

Réagissant au rapport du CRACH, la mairesse Valérie Plante a dit ne pas vouloir «balayer en dessous du tapis» ces conclusions. «Dès qu’on est arrivé au pouvoir, on a doublé le nombre d’inspecteurs. Est-ce que c’est suffisant? Non, clairement. On voit qu’on doit avoir de meilleures données», a-t-elle affirmé. Elle a suggéré qu’une procédure unique de collecte de données devrait peut-être être appliquée.

Alexandre Cadieux estime qu’il n’y a toujours pas assez d’inspecteurs à la Ville. «Embaucher des inspecteurs c’est bien, mais on ne voit pas encore des résultats sur le terrain, a-t-il mentionné. On est encore sceptiques face à l’administration Plante. Il faut nous démontrer que d’autres actions concrètes vont suivre.»

Les inspecteurs de la Ville de Montréal se plaignent souvent de la lourdeur et de la longueur du processus pour donner un constat d’infraction à un propriétaire récalcitrant. «Oui, c’est lourd, a convenu Mme Plante. On est en processus de révision des différents programmes. Il faut faire un ménage en profondeur. On veut s’assurer que ça aille plus rapidement.»

L’auteur de l’étude avance aussi que le taux de roulement très élevé chez les inspecteurs n’aide pas à ce que leur travail soit fait de manière efficace. «Il faut une approche plus coercitive pour les propriétaires qui font du profit en laissant des gens habiter dans des conditions insalubres», a insisté M. Cadieux.

Maintenant que la Ville possède davantage de pouvoirs en matière d’habitation depuis l’octroi du statut de métropole, la mairesse espère pouvoir investir massivement dans la mise à niveau du parc immobilier. «On a très hâte de voir l’argent du fédéral descendre dans la machine pour rénover notre parc immobilier qui est très mal en point», a-t-elle déclaré.