Actualités

Sur le Plateau, locataires et propriétaires se livrent une guerre des nerfs

Sur le Plateau, locataires et propriétaires se livrent une guerre des nerfs
Photo: Josie Desmarais

Le Comité logement du Plateau Mont-Royal accuse quatre propriétaires d’expulser de manière abusive ses locataires pour faire des travaux. L’organisme dénonce aussi les hausses de loyers qui s’en suivent et accentuent le phénomène de gentrification dans l’arrondissement.

Les locataires, souvent les moins fortunés, acceptent parfois l’argent proposé par les propriétaires pour partir, à défaut de connaître les recours possibles. Ceux qui veulent rester doivent alors faire face à des actes de pressions des propriétaires, a avancé l’organisatrice communautaire du Comité logement du Plateau Mont-Royal, Vicky Langevin, mardi, en conférence de presse.

C’est une minorité de locataires qui vont jusqu’aux audiences de la Régie du logement, notamment à cause des délais, qui peuvent parfois atteindre 21 mois, a-t-elle ajouté.

Au total, le comité a repéré 6 immeubles qui comptent près de 180 logements qui seraient concernés par ce genre de pratiques. «Ce ne serait pourtant que la pointe de l’iceberg», a déclaré Mme Langevin.

Un constat que ne partage pas un des propriétaires cités par le Comité logement. Celui-ci a affirmé à Métro respecter toutes les règles, mais a préféré garder l’anonymat. Il a nié les accusations de harcèlement à l’encontre des locataires. «J’exerce mes droits de propriétaire, j’ai un immeuble, je m’attends à un certain loyer, à un paiement mensuel. S’il ne rentre pas, je l’exige et si on ne me le paye pas, comme la loi me donne le droit, je vais en cours pour demander que cette personne-là quitte. Je n’envoie pas de mises en demeure pour que les gens quittent sans raison valable», a-t-il ajouté.

Le Comité logement affirme que les propriétaires «encaissent les loyers en retard et menacent ensuite les locataires de les poursuivre à la Régie du logement afin d’ordonner leur éviction».

«Il suffit de se promener dans le Plateau et de regarder les immeubles en rénovation. Il y a beaucoup de chances qu’il y avait un locataire là, qui a dû partir et qui ne pourra pas réintégrer le logement. Il s’agit en grande majorité d’anciens locataires qui payent encore des loyers plus bas que la moyenne»-Vicky Langevin, Comité logement du Plateau Mont-Royal.

Deux locataires qui se battent pour conserver leur logement et qui accusent leur propriétaire d’intimidation et de harcèlement ont accepté de témoigner anonymement à Métro. Elles ont raconté vivre du stress au quotidien, de peur d’être mises à la rue.

Quitter l’appartement, c’est hors de question pour elles, qui y habitent depuis une dizaine d’années. Le loyer est abordable, le logement est bien situé, et elles ne veulent pas céder aux propriétaires.

Mais les pressions, ont-elles dit, sont difficiles à vivre. Dernièrement, elles ont reçu un nouveau règlement de l’immeuble, un document de six pages qui interdit entre autres les animaux. «Ils m’ont envoyé une mise en demeure pour me dire: tu as dix jours pour te débarrasser de ton chat. C’est super stressant. Je ne vais pas me débarrasser de mon chat, et je sais qu’ils vont me revenir avec ça», a témoigné l’une d’elles.

Les locataires espèrent passer au travers de cette «guerre de bureaucratie», comme elles l’appellent, pour se rendre jusqu’à une audience de la Régie du logement. «J’ai refusé le nouveau règlement, ils ont refusé mon refus. Ils ont plus de ressources que nous, c’est David contre Goliath», a poursuivi une des femmes.

En attendant, elles s’organisent et tentent de jongler entre leurs emplois, leurs études et le dossier de la Régie. «C’est un sentiment d’injustice. On se demande toujours si on a encore un toit sur la tête ce soir», a lâché la seconde locataire, évoquant la potentialité d’abandonner, «à l’usure».

«Une façon de renverser le rapport de force est de se rassembler entre locataires, de se parler, de s’unir et de venir voir les comités logement de son quartier, pour établir un plan de match», a conseillé Vicky Langevin, à l’endroit de tous les locataires qui se sentent désarmés face à leurs propriétaires.

Commentaires 1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Jean Denis Lapointe

    Suite à la lecture de cette article et l’invitation de ma conseillère, Vicky Langevin, du CPMR, je publie ma lettre envoyée à notre maire Luc Ferrandez. J’ai eu des réponses, très aimables au demeurant, mais rien qui empêchera d’expulser le locataire «sans faute» que je suis depuis 40 ans.

    27 mars 2019

    Lettre à Monsieur Luc Ferrandez, maire du Plateau Mont-Royal, conseiller municipal de la ville de Montréal

    Objet : Expulsion du vétéran du Plateau Mont-Royal

    Monsieur,

    Locataire d’un logement sur l’avenue Mont-Royal depuis le 1er août 1978, j’ai l’honneur de solliciter votre bienveillante attention suite à la décision du nouveau propriétaire de ne pas renouveler mon bail signé et reconduit sans problème depuis 40 ans.

    La décision de ce nouveau propriétaire a été prise six mois après son acquisition sur le plateau. Il a d’abord prétendu devoir m’expulser ainsi que mes voisins du bas, afin d’entreprendre des travaux de fondation. S’il s’avère que mes voisins commerçants n’avaient pas le choix, il n’est, pour ma part, pas nécessaire que je quitte les lieux pour exécuter ces travaux. Ensuite, on a tenté de m’évincer en alléguant que j’aurai moi aussi un local commercial. Après vérification dans les registres de la ville il est confirmé que mon logement est un appartement d’habitation. Le dernier argument est que mon propriétaire (que je ne connais pas car il a une compagnie à numéro), via ses avocats, possède des «plans clairs» qui lui permet de subdiviser mon logement. Fort d’un permis obtenu, selon lui, par vos services, il tient fermement à initier les travaux de subdivision au cours du dernier trimestre 2019. M’est-il possible de vérifier si ce permis lui a été accordé ?

    En conséquence, je tiens à vous informer de la démarche que j’ai entreprise pour défendre mes droits, en qualité de locataire «sans faute» et à vous sensibiliser sur la violence qu’entraine un tel projet dans la vie du sexagénaire que je suis, ainsi que d’un collaborateur handicapé, associé à mon activité professionnelle et d’un septuagénaire à la santé chancelante.

    Personnellement âgé de 68 ans, co-fondateur d’une agence d’artistes dans le domaine de la production cinématographique et audio-visuelle à Montréal, mes quatre décennies passées sur mon cher plateau ont fait l’objet d’un article de presse d’Urbania, qui m’a valu depuis 2011 le titre honorifique de vétéran du Plateau Mont-Royal. Au delà du record qu’il sous-entend, cette distinction souligne combien il est pénible pour moi et mes colocataires de quitter les lieux de toute une vie.

    Je ne vous apprendrai pas, Monsieur le maire, combien la gentrification du plateau dûe à de nombreux projets spéculatifs a déjà fait de malheureux. Je ne compte plus les amis, voisins, familles, artistes et autres commerçants artisans qui furent contraints de déménager, sans espoir de trouver un nouveau logement abordable dans le quartier qui les a vu grandir.

    C’est pourtant avec grand espoir d’être lu et entendu par les élus, entre autres défenseurs des droits des locataires que je dénonce l’injustice dont je suis à mon tour victime. Ceux qui me connaissent savent combien j’ai participé activement aux activités et événements sociaux culturels de mon quartier. Le comble est que j’ai toujours défendu bec et ongles la politique que vous menez pour le bien et mieux être sur le plateau.

    Aujourd’hui, je suis prié par un simple permis accordé de subdiviser mon logement de quitter les lieux dans 5 mois et de déménager loin du plateau, considérant la hausse des prix des loyers.

    De nature optimiste mais épris de justice j’entre donc en résistance pour que mes droits et les compensations financières soient à la hauteur de mon attachement, de mes souvenirs et de mon comportement citoyen envers le plateau Mont-Royal, mon village.

    Je veux donc conclure cette lettre en comptant sur votre soutien pour ce combat, que vous savez déloyal face à des spéculateurs qui s’en prennent à des locataires sans recours ni défense. Je fonde l‘espoir de votre action en notre faveur, dans le cadre de vos fonctions.

    Je vous prie d’accepter, Monsieur le maire, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

    Jean Denis Lapointe