Montréal

Taxis: aucun «réflexe Montréal» dans le projet de loi 17, déplore l’administration Plante

La mairesse Valérie Plante

Henri Ouellette-Vézina - Métro

L’administration Plante déplore que le projet de loi 17 sur le transport rémunéré des personnes «n’ait aucun réflexe Montréal», dans une métropole qui «a pourtant un contexte très particulier de mobilité».

«Notre écosystème de transport, il est complexe à Montréal», martèle la conseillère à l’urbanisme et à la mobilité au comité exécutif, Sophie Mauzerolle, citant les 64 stations de métro, 220 lignes d’autobus et 6000 postes de vélos en libre-service BIXI. À Montréal, on estime à environ 21 millions le nombre de courses de taxi chaque année, ce qui représente 60% de l’industrie provinciale.

La conseillère estime «essentiel» que «la Ville puisse garder une certaine marge de manœuvre sur sa mobilité», comme elle le fait «déjà» avec la plupart des autres réseaux de transport en commun. «Si le projet de loi est adopté tel quel, on n’aurait plus aucun contrôle sur les taxis, qui sont quand même un joueur important de la mobilité. Ça vous donne une idée ; on aurait davantage de contrôle sur les trottinettes en libre-service que sur le transport rémunéré de personnes.»

Pour toutes ces raisons, Montréal demande au gouvernement caquiste «de lui déléguer certains pouvoirs, afin de voir venir les enjeux et d’accompagner le développement du taxi», ajoute Mme Mauzerolle. «On essaie fort d’améliorer l’offre, de moderniser l’industrie. Les artisans sont au rendez-vous, mais ça nous prend les moyens d’agir», résume-t-elle.

Même son de cloche pour la mairesse Valérie Plante, qui a souligné que Montréal «a une expertise et une compréhension de l’industrie», la métropole logeant environ 75% des taxis et quelque 80% des voitures Uber.

«On veut un service de qualité sans se retrouver comme à New York, où la déréglementation fait en sorte que des voitures de partout viennent au centre-ville, parce que c’est payant. Moi, je ne veux pas plus de voitures au centre-ville. Ça doit être fait intelligemment.» -Valérie Plante

Plus de collecte, plus de données
En plus de vouloir assurer une «équité territoriale» – notamment auprès des groupes plus vulnérables – Montréal demande une meilleure collecte des données. «C’est fondamental, dit Sophie Mauzerolle. Si on veut changer les choses, il faut savoir où sont les autos, où elles vont, combien elles chargent, combien de personnes elles transportent. Ça prend un véritable portrait dans la métropole.»

En plus des taxis, les Uber et les Eva de ce monde devraient aussi fournir ces données, croit la Ville, qui souligne qu’il est difficile «d’évaluer les conséquences et les impacts» du projet de loi 17 sans des chiffres probants.

«On parle quand même de personnes qui ont hypothéqué leur maison, qui ont dépensé des millions de dollars pour offrir un service. Il y a énormément de familles qui en dépendent, qui veulent survivre à ce projet de loi.» -Sophie Mauzerolle

Montréal voudrait entre autres pouvoir «bonifier» la formation de ses chauffeurs telle qu’elle est prévue dans le projet de loi «en l’adaptant à un milieu de circulation plus corsé, avec cyclistes, transport actif et autobus» sur les routes. La Ville souhaite aussi exercer un meilleur contrôle sur l’âge des véhicules, étant convaincue que «plus un véhicule est âgé, plus il y a des risques d’accident».

Le responsable des transports au comité exécutif, Éric-Alan Caldwell, a dit s’attendre «à ce qu’il y ait de l’écoute» à Québec pour les besoins de Montréal. «Il y a des enjeux spécifiques pour la question du transport à Montréal. Laissons la chance à ce gouvernement-là de nous écouter», a-t-il précisé.

La porte-parole du Bureau du taxi de Montréal, Marie-Hélène Giguère, a précisé à Métro que le mémoire de son organisme ne sera déposé que mardi, mais qu’il «abondera dans le même sens» que celui de la Ville.

Des points de vue divergents
Pour le chauffeur de taxi montréalais Hassan Kattoua, la Ville a tort de vouloir une exception.

«Je ne suis pas d’accord. On est en train d’exiger une loi pour Montréal, alors qu’elle devrait être exigée équitablement sur tout le territoire.» -Hassan Kattoua

D’après lui, le système doit être le même pour tout le monde, incluant Uber et les autres joueurs de l’économie collaborative. Il condamne que les règles soient très rigides dans la métropole pour les taxis.

«C’est tellement strict ici, s’indigne-t-il. Pendant ce temps-là, les inspecteurs du Bureau du taxi ne se cassent même pas la tête avec Uber.» «On est en train de sortir cette affaire-là de l’échelle provinciale, alors qu’on doit justement en faire un débat pour tout le Québec, non pas seulement pour Montréal», renchérit-il.

Lundi, en fin d’après-midi, le ministre des Transports François Bonnardel a balayé les demandes de Montréal du revers de la main, soulignant que la loi «va être appliquée partout sur les territoires québécois». «Il n’est pas question que Montréal puisse gérer sa propre offre de taxi», a-t-il considéré.

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