Montréal
12:46 19 février 2020 | mise à jour le: 19 février 2020 à 13:37

Outremont: la politique de stationnement menace la réussite éducative, dit la CSMB

Outremont: la politique de stationnement menace la réussite éducative, dit la CSMB
Photo: Archives MétroAvec sa refonte du stationnement, l’arrondissement entend engranger au moins 400 000$ par année.

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) réitère ses vives inquiétudes à l’égard de la politique de stationnement dans Outremont, alors que le départ de plusieurs enseignants d’expérience est à prévoir si la situation ne change ne pas. L’expertise grandissante des projets particuliers en éducation dans l’arrondissement serait carrément mise en péril.

«Nos écoles alternatives dans le secteur demandent aux enseignants d’avoir une expertise pointue, et ils sont peu nombreux à l’avoir», a expliqué mercredi la directrice adjointe de la CSMB, Danielle Roberge, en marge d’une consultation publique sur le règlement de stationnement. Classes spécialisées pour les jeunes autistes, groupes de francisation, écoles internationales ou encore formations culturelles; les projets particuliers abondent effectivement dans Outremont.

Mme Roberge dénonce que la réduction de l’accès aux stationnements de ses employés aura des conséquences «significatives» sur la réussite éducative des élèves. Si elle demeure en vigueur, la politique rendrait l’ensemble des cases de stationnement sur rue payantes dans Outremont. L’arrondissement entend réinvestir tous les revenus, évalués à 400 000$, dans des mesures de verdissement.

Le coût d’une vignette variera entre 100 et 140$ par mois, en fonction de la grosseur du moteur.

«La confiance des acteurs du milieu est mise à mal. Les enseignants auront le choix d’aller enseigner ailleurs, tout près de leur maison. Il y en a qui ont déjà commencé à démissionner. Et d’autres choisiront de le faire.» -Danielle Roberge, DG adjointe de la CSMB

Cette situation serait d’ailleurs observable dans plusieurs établissements. Dont les écoles Lajoie, Saint-Germain d’Outremont, Guy-Drummond et le Centre local d’éducation des adultes. «Plusieurs de mes enseignants m’ont déjà signifié leur intention de quitter ou de changer d’affectation», a témoigné la directrice de l’école Guy-Drummond, Isabelle Plante.

Une consultation publique sur le stationnement avait lieu mercredi à Outremont. Photo: Josie Desmarais/Métro

Pas de «légitimité sociale»

Pour l’ancienne conseillère municipale d’Outremont, Céline Forget, le règlement de l’arrondissement «n’a aucune légitimité sociale».

«C’est une initiative à sens unique qui est faite pour équilibrer le budget d’une administration en manque d’argent. Aucun autre arrondissement n’a l’intention de doublement taxer ses citoyens», souligne-t-elle.

Selon l’Outremontaise, plusieurs employés et employeurs «trouveront un endroit plus accueillant» pour vivre si la réforme du stationnement n’est pas amendée.

«Ça doit être retravaillé. Et aussi, ça doit être suspendu», tonne l’ex-élue.

Des commerçants inquiets

À la Clinique Bernard, la gestionnaire Hélène Roche affirme que ses employés sont «très inquiets» par cette réforme. «Il y a une pénurie de personnel dans le domaine de la santé. Et nos membres savent très bien que s’ils doivent débourser pour travailler, ils peuvent aller ailleurs», illustre-t-elle.

«Nos employés sont outrés. Au moins quatre d’entre eux nous ont dit qu’ils ne pourront pas rester. On va avoir beaucoup de difficultés.» -Hélène Roche, gestionnaire à la Clinique Bernard

Elle suggère également à l’administration du maire Philipe Tomlinson de permettre aux travailleurs permanents dans l’arrondissement d’accéder à des vignettes de résidents, aux mêmes prix.

«Présentement, il n’y a pas de soutien pour les commerçants avec cette nouvelle réglementation», observe Mme Roche.

Même son de cloche pour le président de l’Association des marchands de l’avenue Bernard, Frédéric Fournier. Il appelle à la suspension du règlement le temps d’au moins calculer ses impacts sur la vie commerciale dans le quartier. Son groupe appelle aussi l’arrondissement à «faire pression» sur la STM pour améliorer la desserte de transport en commun dans Outremont.

«Il fallait réagir», dit le maire d’Outremont

Appelé à réagir, le maire d’Outremont, Philipe Tomlinson, affirme que son arrondissement devait réagir rapidement avec l’arrivée du campus MIL de l’Université de Montréal. «On parle d’environ 4000 personnes qui débarquent du jour au lendemain. Et leur impact va bien au-delà du campus. Il fallait agir pour coïncider avec l’arrivée de ces étudiants et employés», explique-t-il à Métro.

L’élu de Projet Montréal se dit par ailleurs «absolument ouvert» à modifier le règlement à l’issue de la consultation et de l’analyse des mémoires.

«On a déjà fait une quinzaine de changements depuis le tout début. On va prendre bonne note des idées mises de l’avant aujourd’hui.» -Philipe Tomlison, maire d’Outremont

M. Tomlinson dit «comprendre» les préoccupations des commerçants locaux. «Ils sont d’accord sur le fond avec notre démarche. Mais ils ont besoin de temps pour s’adapter, pour trouver des solutions avec leurs employés. On reconnaît qu’il faut travailler ensemble à ce niveau», dit-il.

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