Montréal

Vague de dénonciations: une ancienne élue de Verdun raconte son agression

Vague de dénonciations: Marie-Eve Brunet raconte son agression
Photo: Archives Métro

«Je peux et veux enfin parler. J’ai mis 20 ans à écrire ces mots». Marie-Eve Brunet Kitchen, ancienne élue municipale de l’arrondissement de Verdun et directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires famille (FQOCF) a publié un témoignage sur son profil Facebook, où elle dénonce une agression sexuelle survenue alors qu’elle n’avait que 16 ans.

Les faits se sont déroulés lors d’une soirée entre amis avec un jeune homme alors âgé de 21 ans: «Au milieu de la nuit, je regagne doucement mon lit dans ma chambre. Peu de temps après, assoupie à mon tour, je me réveille en sursaut. Il est là, en moi. Confuse, je lui dis d’arrêter, que je ne suis pas intéressée. Il continue malgré tout et moi… bien moi, j’attends. Son regard perçant me fixe. Le temps est figé. Comme moi.»

Devant l’insistance du jeune homme le lendemain ainsi que des menaces de viol et de mort proférées, Marie-Eve finit par prévenir la police. Ceux-ci sont alors témoins des menaces de l’agresseur et convainque Marie-Eve de porter plainte pour celles-ci, tout en lui demandant si elle veut ajouter une autre plainte.

«Le calcul se fait rapidement dans ma tête : si je porte plainte pour des menaces, les policiers pourront témoigner et prouver mes dires. Pour le reste, qui va me croire ? Surtout que je ne me suis pas « vraiment » débattue et que je n’ai rien dit à mes amis…Ça va vite dans ma tête. Je décide de porter plainte pour menaces seulement. J’ai tellement peur» déclare-t-elle.

En attendant le procès, la peur de Marie-Eve n’a pas cessé. Une entente sera finalement conclue entre les deux partis et l’homme s’en sortira avec une amende et une interdiction de s’approcher de Marie-Eve pour 2 ans.

«J’avais à peine 17 ans et on me disait que l’accusé avait assurément compris qu’il y avait des conséquences lorsqu’on profère des menaces. Moi, j’ai surtout compris que ce ne serait pas lui qui aurait à vivre avec les conséquences de ses gestes. J’ai repris ma vie avec la peur au ventre et la volonté de passer à autre chose.»

Prise de parole durant les vagues de dénonciations

Lors de la première vague de dénonciations #Moiaussi en 2017, Marie-Eve Brunet confie avoir voulu dénoncer son agresseur sur les réseaux. Mais la peur d’être retrouvé de par sa position d’élue municipale l’en a finalement dissuadé. «Alors j’ai parlé d’une autre situation qui me mettait moins à risque, en me disant qu’un jour, peut-être, je pourrais le dénoncer pour ce qu’il était vraiment.» La conseillère d’arrondissement de Verdun avait alors dénoncé un autre épisode de harcèlement sexuel dont elle fut victime par un ancien patron.

Cette nouvelle vague de dénonciations et les multiples témoignages des dernières semaines  convainquent finalement Marie-Eve Brunet de prendre la parole pour raconter son histoire: «Cette fois, j’ai compris que mon silence lui a peut-être permis de faire d’autres victimes. J’ai alors fait une petite recherche discrète pour voir s’il était sur les réseaux sociaux ou dans des articles médiatiques sur Google. C’est ainsi que j’ai appris qu’il est décédé à 38 ans, en 2017.»

«Je ne sais pas s’il a fait d’autres victimes. Je ne porte pas le poids de devoir être une victime «parfaite» qui dénonce parfaitement. Mais quand je regarde mes enfants grandir, je me dis qu’il faut que notre système change, qu’il s’améliore. Alors j’ajoute cette lutte aux nombreuses batailles qui me mobilisent. Ma prise de parole est mon acte de libération» conclut-elle.

Le témoignage de Marie-Eve Brunet s’ajoute à de nombreux autres publiés sur les réseaux sociaux et dans les médias ces dernières semaines avec cette nouvelle vague de dénonciations. Ces prises de parole, souvent difficiles pour les victimes n’ont pas manqué de recevoir du soutien à travers tout le Québec comme lors d’un rassemblement à Montréal dimanche dernier. Au cours de la semaine, plusieurs de ses pages de dénonciations ont fermé suite à des menaces de procès et une action collective de la part d’un cabinet québécois.

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