Si les projets d’oléoducs de l’ouest vers l’est du Canada ne se concrétisent pas, le pétrole sera tout de même acheminé, mais par train, une option moins sécuritaire et moins fiable. C’est ce que prédit l’analyste de l’Institut économique de Montréal (IEDM) Jean-François Minardi dans une note rédigée avant la tragédie de Lac-Mégantic, mais publiée jeudi.
Les raffineries de l’est du Canada ont énormément d’avantages à utiliser le pétrole de l’Ouest canadien, considère M. Minardi. Il permettrait de réduire la vulnérabilité des entreprises en cas de rupture d’approvisionnement de l’étranger. Il coûterait aussi éventuellement moins cher.
La demande de ces raffineries, soit Suncor à Montréal, Valero à Lévis et Irving au Nouveau-Brunswick, pour le pétrole de l’Ouest, serait telle qu’elles en importeront inévitablement, quitte à le faire par train.
Or, dans l’annexe de la note économique, on peut lire qu’entre les deux moyens pour transporter du pétrole sur de longues distances, l’oléoduc et le train, le premier occasionne beaucoup moins d’incidents sérieux. L’auteur se base sur des chiffres du ministère américain du Transport, qui statue qu’entre 2005 et 2009, le taux d’incidents a été environ quatre fois moins important que par train. Il mentionne aussi des données de l’Agence internationale de l’énergie, selon laquelle le risque de déversement par train était six fois supérieur à celui d’un accident d’oléoduc entre 2004 et 2012.
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Un oléoduc comme celui du projet Oléoduc Énergie Est de TransCanada permettrait aussi de transporter une quantité beaucoup plus grande de pétrole, permettant de combler les besoins des raffineries, qui peuvent traiter 130 000 barils par jour et de conserver leur compétitivité face aux grands joueurs mondiaux.
Le train ou l’oléoduc?
«C’est complètement faux de dire que le pétrole de l’Ouest va transiter de toute façon par train jusqu’au Québec si ce n’est pas par oléoduc, puisqu’ils n’ont pas du tout la même capacité», répond Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace Canada, à la note de l’IEDM.
En effet, la note avance que le pétrole des provinces de l’ouest sera acheminé par train si ce n’est pas par oléoduc, un mode de transport moins risqué, selon ses conclusions.
Pourtant, puisqu’il est impossible de transporter par train une quantité de pétrole aussi grande que par oléoduc, les deux options ne mèneraient pas au même résultat. «Le projet de pipeline de TransCanada aurait comme conséquence une expansion majeure des sables bitumineux, le pétrole le plus sale au monde, et une hausse des émissions de gaz à effet de serre au Canada», allègue M. Bonin.
Le porte-parole de la raffinerie Suncor de Montréal, Dean Dussault, a d’ailleurs reconnu que l’accès au pétrole de l’Ouest était une priorité absolue, mais n’a pas pu confirmer que le recours au transport ferroviaire était envisagé dans ce cas-ci. La compagnie privilégie fortement le projet de renversement de l’oléoduc 9b d’Enbridge.
De plus, M. Bonin ne croit pas que l’oléoduc soit une solution plus sécuritaire et environnementale que le train, les risques d’incidents étant selon lui inquiétants pour les deux modes de transport. «Les trains se déversent plus souvent, mais les pipelines déversent de plus grandes quantités de pétrole plus rapidement. Ils présentent des risques d’explosion et passent par des régions parmi les plus peuplées du Québec», relate l’environnementaliste.
Pour M. Bonin, le Québec ne devrait pas choisir entre deux mauvaises solutions. «La vraie question, c’est : est-ce qu’on veut être un leader en énergie verte ou en énergie sale? Est-ce qu’on veut lutter contre les changements climatiques ou s’enfoncer dans une industrie extrêmement polluante?» Il croit qu’un certain nombre de solutions existent pour remplacer les diverses utilisations du pétrole, comme le bioplastique et le biocarburant, et réduire notre consommation de ce carburant.