La première ministre Pauline Marois venait tout juste de déclencher les élections provinciales, mercredi, que déjà les pancartes électorales parsemaient la ville de Montréal. Des centaines de bénévoles issus de chaque circonscription ont bravé le froid, mercredi soir, pour poser le plus rapidement possible ces affiches qui formeront le décor de cette campagne. Métro a suivi une équipe de jeunes bénévoles en pleine action.
«Ce soir, on tapisse la ville de nos pancartes. On doit être présent sur toutes les artères», lance d’emblée la directrice de campagne à la vingtaine de bénévoles, présents dans le local électoral.
Après un bref discours où un candidat galvanise les troupes, les équipes sont prêtes à prendre la route. Pour elles, cette soirée est surtout leur première activité de campagne, celle qui permet de mettre la table. «C’est la première fois qu’on rencontre certains bénévoles, ça nous met dans l’ambiance», se réjouit Emmanuelle, l’une des militantes, étudiante en science politique.
L’équipe embarque dans une voiture qui déborde de pancartes. Il est près de 20h, le temps est glacial, mais l’enthousiasme est au rendez-vous. «Je m’occupe normalement des finances du parti dans la circonscription. Cette soirée me permet de faire du travail de terrain et de montrer l’importance de cette étape aux nouveaux bénévoles», ajoute Mathieu, qui reconnaît toutefois que les élections de 2012, en été, étaient plus agréables pour ce genre de soirée.
À tous les coins de rue, le conducteur s’arrête pour laisser descendre les militants, les mains pleines de pancartes. Les points stratégiques comme les sorties de métro, les viaducs, les entrées de commerces populaires ou les places publiques sont particulièrement visés, selon les indications des organisateurs.
«Normalement, je pose une pancarte aux quatre minutes», lance avec fierté Renaud, l’un des militants de l’équipe qui a participé à plusieurs autres campagnes. Avec ses amis des autres partis politiques, il avait l’habitude de se chronométrer pour voir qui était le plus rapide à placarder la rue. «C’est plate de poser des pancartes, alors il faut bien se trouver un divertissement», lance-t-il.
Même si la tâche peut paraître répétitive, le militant est conscient de sa nécessité. «Les pancartes, c’est comme l’eau: c’est plate, mais ça te garde en vie, explique Renaud, en attachant l’une de ses affiches à un lampadaire. Si tu n’en a pas, tu pars en retard sur tous les autres partis. Mais les pancartes ont moins de poids sur le vote que les publicités télé ou le débat des chefs, par exemple.»
Il ajoute que l’affiche électorale a plutôt le pouvoir d’associer le candidat au parti, ou de relier le visage du chef au bulletin de vote. «En même temps, Richard Bergeron, de Projet Montréal, a gagné en crédibilité aux dernières élections municipales, car dès le lendemain du vote, ses pancartes étaient partout dans la ville. Il s’est imposé», renchérit le militant.
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Des passants se retournent vers les affiches que les militants viennent de poser, intrigués par son message et son image. «Aux dernières élections, nous avons même appris à certains passants que les élections provinciales venaient d’être déclenchées. D’autres passants ne pouvaient pas s’empêcher de lancer quelques critiques envers le parti», souligne Emmanuelle, sur les aléas de ce genre de soirée.
L’équipe n’a pas croisé de militants des autres partis en pleine action. Certains avaient déjà fait le travail, d’autres le feront dans les jours suivants. «C’est rare qu’on en croise, et si ça arrive, ce n’est pas une rencontre hostile», assure l’un des militants.
Le respect entre les différents partis dans ce genre d’activité semble d’ailleurs être de mise. Devant la possibilité de poser une pancarte en face du local électoral du parti adverse, l’équipe s’emballe, mais Renaud la dissuade. «C’est une question de respect», explique-t-il. Mais le clin d’œil est tentant. «On reviendra si on a le temps», ajoute-t-il, avec le sourire en coin.
Le vandalisme et les pancartes
Selon le Code criminel du Québec, le vandalisme des affiches et des pancartes électorales constitue un méfait. Un tel acte est passible de poursuites, indique le Directeur général des élections du Québec (DGEQ).
Les militants se font également rappeler qu’ils ne doivent pas bouger les pancartes déjà installées des autres partis, au risque que le parti reçoive un avertissement du DGEQ.
