Montréal

Enfant cherche famille

Depuis plus de 25 ans, Johanne Martin accueille chez elle des enfants à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. C’est le Centre jeunesse de Montréal-Institut universitaire (CJM-IU) qui les lui confie.

À l’origine, Johanne Martin voulait trouver des amis à ses enfants, car il y avait peu de jeunes qui habitaient son quartier. Les enfants de Mme Martin ont grandi et ils ont volé de leurs propres ailes. Cette «maman temporaire», comme elle se décrit, a malgré tout continué à accueillir dans sa maison des jeunes âmes blessées. Quatre adolescentes, âgées de 14 à 17 ans, y séjournent en ce moment. «J’aime les enfants, nous a confié Johanne Martin. Tant que j’aurai toutes mes facultés, je vais continuer.»

Des familles d’accueil comme celle de Johanne Martin, le CJM-IU en cherche une quinzaine pour offrir une expérience familiale à des enfants écorchés vifs. Les petits âgés de moins de cinq ans sont ceux pour qui le besoin est urgent. «Régulièrement, il y a des familles d’accueil qui ferment, et d’autres ouvrent, a rapporté la responsable du recrutement pour le CJM-IU, Louise Landy. On n’arrive jamais à avoir un bassin qui nous permette d’avoir une marge de manœuvre et qui nous permette d’avoir le choix quand on a un enfant à placer.»

Le CJM-IU travaille avec près 650 familles d’accueil qui prennent soin de quelque 980 enfants.

Pour devenir famille d’accueil, il faut patienter une dizaine de mois avant d’obtenir l’autorisation du CJM-IU. «On a besoin de savoir qui est devant nous, a insisté Louise Landry. On demande des références écrites aux gens. On sait quand les demandes sont envoyées, mais on ne sait jamais quand elles reviennent.»

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Les enfants qui sont confiés à ces familles d’accueil traînent un lourd passé. Ils ont été victimes de négligence, de mauvais traitements psychologiques ou physiques ou d’abus sexuels. «[Ces enfants] sont souvent en grande détresse, a dit Mme Landry. La famille d’accueil doit être en mesure de gérer cette douleur et de comprendre l’enfant.»

Johanne Martin ne veut pas parler de la nécessité d’apprivoiser un enfant qui débarque dans sa maison. Pour elle, les enfants du CJM-IU font naturellement leur place dans sa maison. «Ils se picossent [sic], ils s’aiment, ils ne s’aiment plus, a-t-elle relaté. C’est comme une vraie famille.»

Quand Mme Martin a besoin d’aide avec un jeune qui consomme de la drogue, qui rentre à la maison tard le soir ou qui présente un comportement difficile, elle fait appel à l’intervenant du CJM-IU Sylvain Girard pour obtenir des conseils. «Je suis un guide pour Mme Martin», a dit M. Girard. Ce dernier a noté que les enfants qui sont placés dans une famille d’accueil sont généralement impulsifs. «Ils réagissent plus promptement et ils ont aussi tendance à s’isoler un peu plus», a-t-il mentionné. D’où l’importance de faire preuve de patience et d’humour, selon Johanne Martin.

Au fil des ans, Mme Martin a dû prendre en charge de lourds cas d’enfants blessés. Ils sont restés quelques mois, quelques années et même une décennie avant de quitter leur «maman temporaire». Chaque fois, les jeunes l’ont rappelée pour lui donner de leurs nouvelles, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. «Ce n’est pas trop difficile, les laisser partir, parce que je les revois tous, a-t-elle dit. Le jour où je n’aurai plus de nouvelles du tout, je vais trouver cela difficile.»

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