En mars dernier, les premières pierres sont abattues: la maison Redpath, une des rares résidences de style Queen Anne de Montréal située dans le secteur du Mille carré doré, est démolie pour des raisons de sécurité. Longtemps abandonnée, peu entretenue, la maison sera éventuellement remplacée par des résidences étudiantes par son propriétaire. «Que faire pour qu’une telle situation ne se reproduise plus?» s’interroge Héritage Montréal. Avec des dizaines de résidences du genre dans le secteur, l’organisme demande un statut particulier pour les protéger.
Danger à prévoir
Les universités McGill et Concordia ont la volonté affirmée d’abandonner les petits immeubles qu’elles occupent, notamment sur les rues Peel et MacKay, pour rassembler certaines unités administratives ou résidentielles au sein de plus grands bâtiments, s’inquiète Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal. Concordia a acheté en 2008 la maison mère des Sœurs grises et McGill pourrait faire de même avec l’hôpital Royal Victoria, laissé vacant avec la construction du CUSM. Près d’une soixantaine d’appartements datant de la fin du XIXe siècle feront donc l’objet d’un questionnement, et des propriétaires pourraient flairer la bonne affaire. «Il ne s’agit pas de se sentir inquiet face aux universités, mais d’anticiper la situation», précise M. Bumbaru qui ne souhaite pas multiplier les «cas de maison Redpath».
Pour un statut «obligeant»
Au-delà des propriétés universitaires qui risquent de se vider, d’autres maisons historiques garnissent le quartier et sont dans la mire d’Héritage Montréal. Le statut patrimonial attribué à certaines par Québec n’impose qu’une permission à demander au ministère pour toute construction effectuée sur la bâtisse.
«Il faut aller au-delà du statut provincial, clame M. Bumbaru. Dans le cas de la maison Redpath, le type qui a laissé pourrir la maison Redpath pendant 30 ans n’a quasiment pas été inquiété, mais ses voisins ont négocié pendant 6 mois avec Québec pour faire des rénovations. Il y a un problème d’injustice.»
Héritage Montréal demande donc un statut «obligeant» pour l’ensemble du quartier Mille carré doré. «Ce n’est pas un truc honorifique, c’est un statut qui aurait de l’effet», explique M. Bumbaru.
Ce titre particulier pourrait obliger l’arrondissement à avoir des règles d’entretien pour ces immeubles patrimoniaux, à accorder des subventions ou des conseils techniques aux propriétaires et à harmoniser les règles en ce sens. «C’est un secteur où il y a beaucoup d’investissements. Avec un cadre comme celui-ci, ça peut les amener à aller dans le bon sens», espère M. Bumbaru.
