Montréal

Un peu de Jack dans la Maison du développement durable

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai été très surpris par le résultat des élections fédérales. Surpris surtout par la montée fulgurante du NPD de Jack Layton. Peu importe vos allégeances politiques, nous devrions tous y voir une bonne nouvelle: la démocratie fonctionne, le renouvellement des élus est possible et accessible et, surtout, le changement social à grande échelle est à notre portée.

Les analystes politiques se sont tous confondus en excuses depuis quelques jours; comment n’ont-ils pas vu venir cette vague orange? Le NPD a répondu que cette vague a été précédée de plusieurs années de travail d’éducation, de collecte de fonds et de mobilisation. Comme le disait Jack Layton, lorsqu’on construit une maison, la première chose qu’il faut faire est de creuser un trou. Même si l’on construit l’élément clé de la maison, les fondations, les voisins ont l’impression que rien n’avance. Quand vient le temps de monter la structure, ça va très vite. Et soudainement, une nouvelle maison apparaît! Et on oublie les longues semaines ou mois «dans le trou».

C’est une belle analogie pour le changement social en général et qui s’applique parfaitement à la Maison du développement durable.

Cela fait maintenant 9 ans que nous oeuvrons à construire ce projet. Pendant des années, nous avons travaillé à convaincre des partenaires que nous allions construire un bâtiment de 27 M$, alors que nous n’avions ni terrain, ni argent ni connaissance en construction! Quand même, tout un défi!

En premier lieu, il a fallu définir le projet et réunir les groupes citoyens qui souhaitaient le faire. Chaque groupe devait investir du temps, de l’argent et prendre des risques. Ensuite, nous avons cherché des expertises bénévoles : des avocats, des investisseurs immobiliers, des ingénieurs et des gestionnaires d’immeubles. Évidemment, il nous fallait aussi trouver un terrain, ce qu’Hydro-Québec nous concéda en 2006.

Mais les dons ont une limite. Il vint un temps que, pour avancer, il nous fallait aussi de l’argent sonnant. Or, donner du temps dans un projet communautaire c’est une chose, mais investir de l’argent s’en est une autre! Le dilemme c’est qu’il faut de l’argent pour faire de l’argent, et nous n’en avions point!

Trouver les premiers donateurs et prêteurs fut donc l’étape la plus difficile. Aussi, trois organisations ont fait preuve de beaucoup d’audace. Premièrement, la Caisse d’économie solidaire nous a fait un don et un prêt. Cette caisse a pour mission, très particulière, de soutenir l’entrepreneuriat social: les théâtres, les coops d’habitation, parfois les cirques (ils ont été les premiers à prêter au Cirque du Soleil; maintenant c’est facile de dire que de prêter à une gang de clowns c’était stratégique…). Deuxièmement, Filaction, un groupe qui se spécialise dans des prêts sociaux à risque très élevés, et, finalement, la Fédération canadienne des municipalités (FCM).

Justement sous la direction de Jack Layton (il a présidé le groupe au début des années 2000), la FCM a mis sur pied un fonds pour stimuler l’innovation écologique au niveau des bâtiments et des projets municipaux. Une approche visionnaire qui a donné lieu à plusieurs des projets écologiques au pays, incluant la Tohu à Montréal.

Il y aura donc un p’tit peu de Jack dans la Maison du développement durable. Et si une vague orange est possible au Québec, on peut aussi rêver qu’un jour, peut être pas si lointain, les prouesses écologiques de la Maison du développement durable seront adoptées par les milliers de bâtiments qui sont construits ou rénover chaque année au Québec. Au fond, notre souhait le plus fou est que, bientôt, la Maison du développement durable devienne… un bâtiment normal.

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