Montréal

UQAM: une prof décide d’enseigner à distance à cause des tensions entre étudiants

Photo: photcal.com

Une professeure du Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) a décidé d’enseigner à distance pendant le trimestre d’été en raison d’une tentative de levée de cours houleuse qui a eu lieu mardi dernier.

Dans un courriel qu’elle a fait parvenir jeudi dernier à ses étudiants, et dont Métro a obtenue copie, la professeure indique qu’elle a été «bouleversée» par les «débordements» survenus lorsque des membres de l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH-UQAM) ont tenté de mettre fin à son cours. Elle a proposé d’enseigner à distance tant et aussi longtemps que la grève de l’association étudiante perdurera afin que tous les étudiants inscrits à son cours puissent le compléter.

«Je me préoccupe tout autant de votre sécurité, de votre bien-être et de votre sérénité, refusant de placer qui que ce soit dans une situation où nous pourrions tous, toutes, potentiellement, être la cible d’intimidation», a-t-elle écrit.

La professeure, qui enseignera en ligne à ses étudiants à l’aide de fichiers audio et de diapositives, n’a pas voulu parler à Métro. Pour des raisons de sécurité, Métro a décidé de ne pas révéler son identité.

L’UQAM a indiqué qu’il est possible pour un enseignant de modifier le mode de prestation de son cours au cours d’un trimestre. «Le département doit être avisé et doit approuver le changement. Les étudiants qui sont membres du groupe-cours doivent aussi convenir de ce changement», a fait savoir la porte-parole de l’UQAM, Jenny Desrochers.

Pascal, un étudiant inscrit au cours du Département de sciences des religions qui se donnera désormais à distance et qui a désiré garder l’anonymat, a été témoin la tentative de levée de cours qui a eu lieu mardi soir dernier.

«À la pause, quand je suis revenu de la salle de bain, il y avait une dizaine d’agents de sécurité qui occupaient l’entrée et ils étaient nez-à-nez avec une poignée d’étudiants qui étaient venus annoncer le vote de grève, a-t-il raconté. Ça a vite dérapé. Il y avait des étudiants mécontents qui ont rabroué une fille venue annoncer le vote de grève en lui disant que ça ne donnait rien qu’elle reste en classe parce que le cours allait se donner quand même. Elle s’est accroupie avec des signes de paix dans chaque main. On l’a vite maîtrisée pour la sortir de la classe et c’est là, que ça a dégénéré. Les autres étudiants qui étaient avec elle s’en sont pris physiquement aux gardiens. Et c’était agressif.»

«J’ai jamais vu cela à l’université», a dit Pascal, qui a préféré annuler son cours. Il attend de voir sir le climat de tension à l’UQAM se poursuivra en septembre. Il envisage déjà de poursuivre ses études à l’Université McGill ou l’Université Concordia.

Métro a tenté de joindre le Syndicat des professeurs de l’UQAM pour savoir si d’autres professeurs ont décidé d’enseigner à distance pendant le trimestre d’été. En vain.

Le Syndicat des chargés de cours de l’UQAM a de son côté indiqué qu’une de ses membres est en congé de maladie depuis les levées de cours de mardi dernier.

«Les étudiants [venus mettre fin au cours] n’étaient masqués et ils étaient très calmes, a rapporté la présidente du Syndicat des chargés de cours de l’UQAM, Marie Blais. Mais les étudiants à l’intérieur des classes voulaient leur cours. Alors, il y avait des tensions entre deux groupes d’étudiants. La chargée de cours s’est retrouvée coincé. C’était très intense.»

«L’université nous met dans une situation intenable, a ajouté Mme Blais. Le chargé de cours devient en quelque sorte un arbitre. On constate que ce ne sont pas des conditions pour enseigner.»

Une injonction, qu’a demandée la direction de l’UQAM à la Cour supérieure, interdit aux manifestants d’empêcher l’accès à l’université et la tenue des cours. Elle a cours jusqu’au 24 juillet prochain.

L’AFESH-UQAM, qui compte quelque 5000 membres, tient une assemblée générale lundi pour reconduire ou non la grève. Ses membres ont commencé à débrayer au mois de février pour dénoncer les mesures d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard et les projets d’hydrocarbures. Ils condamnent également avec vigueur les démarches qu’a entreprises la direction de l’université pour expulser pendant une année ou de façon définitive neuf étudiants qui ont pris part à des actions militantes de 2013 à 2015.

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