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18:25 2 octobre 2018 | mise à jour le: 2 octobre 2018 à 23:12

Les 1001 défis qu’aura la CAQ au pouvoir

Les 1001 défis qu’aura la CAQ au pouvoir
Photo: Ryan Remiorz/La Presse canadienneCoalition Avenir du Quebec leader and premier-elect Francois Legault celebrates with supporters after winning the Quebec Provincial election in Quebec City on Monday, October 1, 2018. THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz

Élue majoritaire avec 74 sièges à l’Assemblée nationale lundi soir, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault doit maintenant se tourner vers l’avenir. De nombreux défis l’attendent, à court, moyen et long terme. Le chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique (GRCP), Thierry Giasson, fait le point avec Métro sur les enjeux prioritaires du nouveau gouvernement.

Un conseil à former
Au cours des prochaines semaines, l’ancien patron d’Air Transat fera face à son premier gros défi: «Celui de former un conseil des ministres sans pour autant se mettre personne à dos», résume le professeur de l’Université Laval.

«Quand on a autant de choix à sa disposition et plusieurs candidats-vedettes élus, c’est clair qu’il y a des arbitrages qui vont devoir être faits. Il va y avoir des déçus, et il va falloir gérer cette déception à l’interne, pour s’assurer que ça ne devienne pas la nouvelle.» – Thierry Giasson

Même si la plupart des députés élus de la CAQ «se diront tout simplement contents d’être élus», des égos seront inévitablement froissés avec le temps, croit M. Giasson. «Dans l’immédiat, il faudra les conforter, équilibrer les responsabilités et, surtout, prendre soin de tous les élus. Le défi est énorme», dit l’expert.

Plus tôt, lundi, le chef caquiste a affirmé qu’une rentrée parlementaire «avant Noël» était très envisageable pour l’instant.

Des obstacles à prévoir en immigration
À moyen terme, sur l’année qui s’en vient, c’est plutôt la mise en place du programme de gestion de l’immigration qui consistera le principal défi pour François Legault et ses troupes, selon Thierry Giasson. «Il y a des gens qui ont voté pour ça, mais ils ont quand même connu beaucoup de difficulté avec ces enjeux-là», dit-il.

Au-delà de sa volonté à réduire les seuils d’accueil, l’enjeu de l’immigration aura surtout démontré, lors de la campagne, «un manque de connaissances flagrant de la CAQ en matière de fonctionnement et de juridictions fédérales-provinciales», explique l’universitaire.

L’opposition aux caquistes, lors de la formation de leur programme migratoire, sera forte, prévoit Thierry Giasson. «Il ne faut pas oublier que 60% des Québécois n’ont pas voté pour la CAQ, et plusieurs d’entre eux sont en désaccord profond avec leur vision en immigration. Ça pourrait avoir un potentiel de division énorme, donc ça devient un gros challenge

Les caquistes devront aussi gérer, à ses dires, les pressions insistantes dans le temps de ses alliés naturels comme les chambres de commerce et les entrepreneurs, qui feront sans contredit pression pour que la nouvelle politique ne contrevienne pas aux besoins de main-d’œuvre des entreprises.

Faire la preuve de ses compétences
Sur une période de temps plus longue, au cours de son mandat de quatre ans, le nouveau gouvernement caquiste aura pour principal défi de faire la preuve de ses compétences, croit le chercheur au GRCP. «À part François Legault, Marguerite Blais et Jean-François Simard, ce sont tous des néophytes, des gens qui n’ont jamais été au pouvoir ni dirigé l’État», avance-t-il.

À l’instar des néo-démocrates de la vague orange, lors des élections fédérales de 2011, les nouveaux venus de la CAQ devront donc démontrer à la population qu’ils ont les compétences pour naviguer dans l’institution gouvernementale. «Quand le choc initial va se dissiper, la gestion des attentes va être imposante, parce que les espérances sont grandes envers ce groupe qu’on a élu pour du changement, du renouveau», renchérit-il.

Dans sa relation avec Ottawa, M. Legault et ses porte-parole auront beaucoup de pain sur la planche, notamment dans la position de leur image.

«Dans l’esprit de plusieurs personnes au fédéral, François Legault est encore un souverainiste et il a encore le stigmate qui vient avec. Quand on regroupe des gens de toutes les orientations, c’est ce que ça laisse sous-entendre.» – Thierry Giasson

L’administration Trudeau s’attendra probablement à «des relations plus difficiles avec le Québec», surtout dans un contexte où les conservateurs se sont d’emblée prononcés comme des «alliés naturels» de la CAQ. «Il y a des caquistes qui ne tiennent pas du tout à cette association, en commençant par la directrice du parti [Brigitte Legault], qui est une ancienne libérale fédérale. Le contexte est pour le moins délicat.»

Parce qu’il a remporté «toutes les circonscriptions où il y a des agriculteurs laitiers», le chef François Legault lui-même devra aussi démontrer une force et du caractère sur la négociation de la gestion de l’offre avec Ottawa, notamment pour développer une stratégie de blocage efficace, dans un contexte de tensions après des discussions tendues avec les États-Unis dans le cadre de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).

Scrutin et médias
Sur le changement du mode de scrutin, Thierry Giasson est catégorique: «C’est un gros défi, mais ils n’ont pas le choix. «Ils se sont joints à ce pacte-là avec Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) avec beaucoup d’enthousiasme. Je ne les vois pas reculer, l’inverse serait absurde politiquement.»

L’ouverture dont a fait part M. Legault dans son discours de victoire lundi soir – prétendant, par exemple, vouloir «travailler de pair avec ses collègues pour les Québécois» laisse également présager une adoption certaine d’un nouveau type de scrutin en vue des prochaines élections provinciales, qui se tiendront normalement en 2022.

Souvent critiquée pour son manque de transparence auprès des médias, la CAQ pourra maintenant compter sur des professionnels de la communication dans son gouvernement. Des personnalités comme Geneviève Guilbault, Ian Lafrenière et Caroline Proulx pourront faire la différence, conclut l’expert.