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ACÉUM: les tarifs douaniers doivent être levés, disent les fabricants

ACÉUM: les tarifs douaniers doivent être levés, disent les fabricants
Photo: Evan Vucci / The Associated PressEvan Vucci / The Associated Press

WASHINGTON — Les constructeurs automobiles, producteurs d’aluminium, fabricants et agriculteurs américains commencent à manquer de temps, d’argent et de patience alors que l’impasse sur les tarifs nord-américains persiste, et ils implorent la Maison-Blanche d’y mettre fin.

Des émissaires de l’industrie préviennent le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, que les droits de douane imposés par le président Donald Trump sur l’acier et l’aluminium mexicains et canadiens, et les mesures de représailles qui ont suivi, compromettent les avantages que l’accord Canada-États-Unis-Mexique offrira lors de son entrée en vigueur.

Matt Blunt, un ancien gouverneur du Missouri qui occupe actuellement le poste de président de l’«American Automotive Policy Council», a déclaré lors d’une table ronde sur l’impact des tarifs douaniers, jeudi, que les efforts de lobbying de son groupe viseront principalement à mettre fin à l’impasse. Il tentera ainsi de convaincre les membres du Congrès d’appuyer le nouvel accord de libre-échange nord-américain.

Selon M. Blunt, il en coûte actuellement 464 $ de plus pour produire une seule voiture aux États-Unis, dont 275 $ à 300 $ sont directement liés aux tarifs sur l’acier et l’aluminium.

Heidi Biggs Brock, présidente et chef de la direction de l’Aluminium Association, estime que les droits de douane appliqués aux partenaires commerciaux nord-américains passent à côté de l’objectif commercial global de Donald Trump: obliger la Chine à respecter les règles.

La Chine, alimentée par ce que Mme Biggs Brock a appelé des «subventions publiques massives et injustes», produit environ 11 millions de tonnes d’aluminium de plus qu’elle n’en consomme chaque année — une surcapacité qui, à elle seule, est six fois plus importante que l’industrie de l’aluminium primaire aux États-Unis, a-t-elle affirmé.

En d’autres termes, les fabricants américains dépendent des importations de partenaires commerciaux sur lesquels les États-Unis peuvent compter — des partenaires tels que le Mexique et le Canada.

En fait, a déclaré Mme Biggs Brock, les tarifs douaniers pourraient avoir un effet pervers sur le plus grand rival commercial des États-Unis. «La capacité de la Chine a augmenté de plus de 62 pour cent au cours des cinq dernières années, et l’année dernière seulement, elle a encore augmenté de 6 pour cent», a-t-elle déclaré.

«Ainsi, malgré les très bonnes intentions de l’administration visant à renforcer l’industrie de l’aluminium aux États-Unis, il est en fait démontré que les droits de douane pourraient aider les producteurs chinois d’aluminium à pénétrer de nouveaux marchés en augmentant l’avantage des prix de la Chine par rapport à l’aluminium produit en Amérique du Nord.»

Des clous

Du côté de l’acier, Chris Pratt, responsable des opérations chez le plus grand fabricant de clous aux États-Unis, a décrit l’impact des droits de douane de la manière la plus directe.

La société Mid-Continent Steel and Wire, basée au Missouri, fabrique plus de la moitié des clous américains utilisés dans l’industrie américaine de la construction, mais 80 pour cent de tous les clous utilisés aux États-Unis viennent de l’importation, a déclaré M. Pratt. Les tarifs de Donald Trump ont entraîné une augmentation immédiate de 25 pour cent des coûts d’exploitation au centre du continent.

«Soixante pour cent des commandes en attente ont disparu en l’espace de 14 jours», a ajouté M. Pratt, qui a indiqué que l’entreprise avait dû licencier 209 employés, réduisant ainsi de près de la moitié ses effectifs. Pendant ce temps, des clous importés de pays comme la Turquie et la Malaisie, qui n’ont pas de droits de douane, revendiquent une domination encore plus grande, a-t-il indiqué.

Pendant tout ce temps, à la demande des législateurs américains, la société a maintenu ses portes ouvertes, principalement par pure volonté. «Nous sommes toujours là, livrant chaque jour une bataille», a-t-il déclaré. «Nous respectons notre part du marché.»

Combien de temps peuvent-ils tenir? Là est la question. Mercredi, David MacNaughton, ambassadeur du Canada aux États-Unis, a cité le propre fil Twitter de Donald Trump, rappelant à un groupe de maires américains que le président s’était engagé à abolir les droits de douane lorsqu’un nouvel accord commercial nord-américain serait conclu.

Quand cela va-t-il arriver? C’est tout ce que les agriculteurs et les éleveurs veulent savoir, a déclaré David Salmonsen, directeur principal des relations gouvernementales avec l’American Farm Bureau Federation.

«Quand est-ce que tout ça va se terminer? (…) Quand ces tarifs vont-ils se terminer? Quand le Congrès adoptera-t-il l’ACÉUM? Quand, quand, quand?», a-t-il lancé. «Au bout du compte, nous devons faire face à un problème qui ne veut tout simplement pas se terminer.»