National

La GRC démantèle un réseau international de blanchiment d’argent à Montréal et Toronto

La GRC démantèle un réseau international de blanchiment d’argent à Montréal et Toronto
Photo: Archives Métro

MONTRÉAL — La Gendarmerie royale du Canada a procédé à une vaste opération lundi matin visant à démanteler un réseau mondial de blanchiment d’argent, qui avait des ramifications jusque dans la grande région de Montréal.

Des enquêteurs de la GRC du Québec et de l’Ontario, en collaboration avec l’Agence du revenu du Canada, ont mené ce projet baptisé «Collecteur» entre mai 2016 et le printemps 2018.

Selon le sergent Luc Thibault, du bureau de la GRC à Montréal, les individus visés par les mandats d’arrestation facilitaient «la collecte d’argent auprès de groupes criminels pour ensuite blanchir le fruit de leurs activités illicites».

«C’est ce qu’on appelle communément du blanchiment d’argent», précise-t-il.

Plus de 300 policiers de la GRC du Québec et de l’Ontario ainsi que des corps de police des villes de Montréal, Laval et Toronto ont participé à l’opération qui s’est mise en branle à 6h00 lundi matin.

Onze perquisitions ont été menées et 19 individus étaient visés par des mandats d’arrestation, dont 12 dans la grande région de Montréal et sept dans la région de Toronto.

Quatre individus demeurent recherchés par la GRC. Il s’agit de Victor Vargotskii, 56 ans, de Montréal, de Mohamad Jaber, 51 ans, de Laval et de Frederick Rayman, 71 ans, de Toronto. Le quatrième homme recherché est Francisco Javier Jimenez Guerrero, 35 ans, dont le lieu de résidence n’est pas connu.

Tous les suspects arrêtés devaient être emmenés à Laval en cours de journée. Un avion de la GRC a atterri à l’aéroport de Saint-Hubert, à 10h15, avec à son bord certains prévenus arrêtés à Toronto. D’autres devaient arriver plus tard par voies terrestres.

D’après le sergent Luc Thibault, de grosses quantités de cannabis, de cocaïne, de haschisch et de métamphétamines ont été saisies, de même que plus de 1,7 million $ en devises canadiennes et étrangères.

L’Agence du revenu du Canada aurait également exécuté une ordonnance de saisie sur des biens immobiliers.

Une conférence de presse est prévue mardi matin au quartier général de la GRC à Montréal pour dévoiler les détails de l’enquête et les ramifications de ce réseau international.

L’ABC du blanchiment d’argent

Selon les informations disponibles sur le portail du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE), le blanchiment consiste à dissimuler la source des fonds obtenus par des activités criminelles. 

Une pratique qui touche notamment «le trafic de stupéfiants, la contrebande, la fraude, l’extorsion de fonds et la corruption», précise-t-on.

À l’échelle de la planète, les transactions annuelles sont estimées entre 590 et 1500 milliards de dollars américains.

Au Canada, la GRC estimait le problème entre 5 et 15 milliards, mais le Fonds monétaire international prétend que le problème global est beaucoup plus large.

«Si on extrapole au Canada, ça pourrait donner un problème de 100 milliards $», calcule Denis Meunier, un retraité du CANAFE et de l’Agence du revenu du Canada qui est aujourd’hui consultant en prévention du blanchiment d’argent.

Il ajoute que les moyens de brouiller les pistes sont de plus en plus sophistiqués.

«On utilise des avocats et des comptables pour créer des compagnies coquilles, des sociétés anonymes. Puis, on multiplie ces sociétés. Après trois, quatre, cinq, six compagnies qui appartiennent à l’un et l’autre, sans identification des bénéficiaires effectifs, ça rend la tâche des enquêteurs très difficiles et ceux qui s’en servent le savent très bien», explique-t-il.

Ce manque de transparence, alors que les sociétés et les fiducies créées au Canada n’ont pas l’obligation d’identifier publiquement leur bénéficiaire, serait le principal avantage des blanchisseurs d’après M. Meunier.

«C’est un élément critique qui permet aux blanchisseurs de se cacher», soutient-il.

Un fléau grandissant

La Colombie-Britannique mène actuellement deux enquêtes sur le blanchiment d’argent dans la province. Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau s’est lui aussi engagé à lutter contre ce fléau qui menace l’intégrité de l’économie légitime.

Dans un rapport publié l’an dernier par un organisme international de lutte au blanchiment d’argent, il a été révélé qu’un milliard de dollars par année étaient blanchis par des groupes criminels grâce à des casinos situés en Colombie-Britannique.

De l’avis de Denis Meunier, Vancouver et la Colombie-Britannique ne sont pas différentes des autres grandes villes et provinces canadiennes.

«Y’a pas de doute que ça se passe à Montréal, à Toronto et dans les grandes villes du Canada. Si les gouvernements n’enlèvent pas leur tête dans le sable, ça va continuer et ça va rempirer dans toutes les villes», assure l’expert qui appelle toutes les provinces à prendre exemple sur leur voisine de l’Ouest.

 

————

Blanchir de l’argent en trois étapes

Le processus du blanchiment d’argent consisterait en trois grandes étapes, selon le CANAFE centre d’analyse des opérations:

– D’abord «le placement», où l’argent obtenu par la criminalité est introduit dans le système financier légal.

– Ensuite, «la dispersion», où l’on brouille les pistes par une série d’opérations financières comme l’achat et la vente d’actions ou de propriétés.

– Finalement, «l’intégration», qui permet de réintroduire les bénéfices des transactions pour donner une apparence légitime aux fonds obtenus, à l’origine, par des activités criminelles.

Ugo Giguère, La Presse canadienne