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Amazon prête à héberger les données des Québecois dans ses serveurs de Montréal

Amazon prête à héberger les données des Québecois dans ses serveurs de Montréal
People stand in the lobby for Amazon offices Thursday, Feb. 14, 2019, in New York. THE CANADIAN PRESS/AP-Mark Lennihan

MONTRÉAL — Au moment où Québec s’apprête à confier la grande majorité de ses données informatiques au secteur privé, Amazon affirme que ses installations de Montréal sont prêtes à remplir un tel mandat et que ces informations cruciales seraient cryptées et en bien meilleure sécurité qu’elles ne le sont actuellement.

Amazon Web Services (AWS) prétend qu’aucune négociation n’est actuellement en cours à ce sujet avec la province, mais selon le registre des lobbyistes, deux individus ont actuellement un mandat de l’entreprise pour présenter ses solutions infonuagiques dans l’éventualité d’un appel d’offres.

Si bien des experts s’inquiètent de ce qu’un géant comme Amazon pourrait faire des données personnelles des Québécois, le vice-président et chef de la sécurité des données chez AWS, Stephen Schmidt, assure que l’entreprise n’aurait pas directement accès à ces informations.

Celui-ci insiste sur le fait que chaque client qui a recours au stockage de ses informations dans le nuage d’AWS demeure propriétaire de ses données. De plus, dans le cas d’un État qui veut sécuriser ses données, celles-ci sont cryptées et le gouvernement est le seul à pouvoir accéder au contenu sous sa forme lisible.

«Nous n’utilisons pas ces informations à des fins de marketing, de profilage, etc. C’est précisément écrit dans nos contrats que nous n’utilisons pas les données pour toute autre fin que ce que les clients demandent», jure-t-il.

Au début du mois, le gouvernement de François Legault a annoncé son intention de confier au privé la grande majorité des informations stockées dans ses 457 centres de traitement de données informatiques à travers le Québec, pour n’en conserver que deux.

D’ici trois ans, au moins 80 pour cent des informations numériques de tout l’appareil gouvernemental seront transférées dans des serveurs du secteur privé, comme ceux d’IBM ou d’Amazon, par exemple.

Patriot Act et Cloud Act

En ce qui concerne les inquiétudes que certains États adoptent des lois pour obtenir l’accès à des données conservées par une entreprise privée, comme c’est le cas des Patriot Act et Cloud Act américains, AWS répond qu’elle ne serait pas en mesure de livrer des informations lisibles.

Même sous le coup d’une ordonnance du tribunal, l’entreprise ne pourrait remettre que du matériel crypté, maintient Stephen Schmidt.

«On a reçu très peu de demandes d’accès à des informations privées et si on devait recevoir une demande des autorités, peu importe de quelle juridiction, on vérifie soigneusement la validité de la demande. On a une réputation de contester ces requêtes et on continue de le faire. Advenant qu’on soit obligé de s’y soumettre, et que le client n’ait pas crypté ses données comme on le suggère, il sera informé avant que l’on ne partage ses informations», explique-t-il.

Des économies et un meilleur service

En conférence de presse au début du mois, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, et le ministre responsable de la Transformation numérique, Éric Caire, avaient justifié la démarche par une recherche d’efficience et de sécurité accrue.

Le coût du transfert est évalué à 150 millions $, mais le gouvernement est convaincu de dégager d’importantes économies à plus long terme.

De plus, Éric Caire avait prévenu que les entreprises qui auront le mandat de stocker les données gouvernementales vont devoir répondre à des normes «très strictes» sur le plan de la sécurité, notamment. Il avait ajouté que le gouvernement suivait la «tendance mondiale».

Le ministre avait même laissé entendre que certaines des installations gouvernementales «ne sont pas du tout aux normes de ce à quoi on peut s’attendre dans un centre de traitement».

Amazon révèle qu’elle héberge déjà les données de nombreux gouvernements dans le monde. Ce serait le cas de plusieurs régions du Royaume-Uni, du Japon, de l’Australie et du Mexique notamment.

Des données non confidentielles de certains partenaires de Services partagés Canada, l’organisme responsable de conserver les données du gouvernement fédéral, seraient stockées dans les serveurs d’AWS.

Ugo Giguère, La Presse canadienne