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Des câlins et des larmes pour accueillir les Québécois de retour d’Haïti

Des câlins et des larmes pour accueillir les Québécois de retour d’Haïti
Photo: Aéroports de Montréal

MONTRÉAL — Des dizaines de touristes québécois bloqués en Haïti en raison de violentes manifestations ont été accueillis par les câlins et les larmes de leurs proches soulagés lors de leur atterrissage à l’aéroport de Montréal samedi.

Un vol d’Air Transat transportant 150 passagers, dont les 113 touristes québécois qui avaient réservé le même type de forfait vacances dans une station touristique par l’intermédiaire de la compagnie aérienne ont atterri à l’aéroport Pierre Elliott Trudeau peu après 21h.

Alors qu’ils apparaissaient par petits groupes, des passagers et des membres de leur famille pleuraient et s’étreignaient. Certains d’entre eux avaient apporté des ballons, des fleurs et, dans un cas, le chien de la famille.

Un Québécois d’origine haïtienne, qui ne faisait pas partie des vacanciers qui séjournaient dans une station touristique, a déclaré qu’il avait bravé les rues de Port-au-Prince pour se rendre à l’aéroport.

«C’était chaotique, extrêmement difficile», a déclaré l’homme, dont le prénom est Pierre. «Ma sœur était avec moi et j’ai pris une moto, ce n’était pas si facile.»

Il a dit que s’il était soulagé d’être à la maison, il s’inquiétait toutefois pour sa mère et sa soeur demeurées en Haïti.

«Quand je suis arrivé aujourd’hui, ma sœur était avec moi et elle pleurait, elle pleurait beaucoup, parce que la situation est complètement mauvaise là-bas», a-t-il déclaré. «J’espère que les choses vont bien se passer, mais je ne sais pas quand la situation sera réglée.»

Les évacuations par hélicoptère avaient commencé en matinée pour conduire les voyageurs en petits groupes depuis un hôtel de villégiature situé sur la Côte des Arcadins, dans les Caraïbes, jusqu’à l’aéroport de la capitale, Port-au-Prince.

Cinthia Pietrantonio, l’une des passagères qui résidaient à la station touristique, a déclaré avoir vécu du stress, même si elle ne s’était pas sentie personnellement en danger.

«C’est doux-amer», a-t-elle dit. «Je suis heureuse d’être à la maison, mais un peu triste, car mon voyage n’a pas fini comme je le voulais.»

Air Transat a déclaré que les gouvernements du Québec et du Canada ont aidé à coordonner les efforts d’évacuation, qui ont nécessité quatre hélicoptères et ont pris un peu plus de cinq heures.

Cinthia Pietrantonio a déclaré que le processus d’évacuation s’était très bien déroulé.

«C’était vraiment organisé et ils ont tout fait pour nous faire sortir et l’établissement hôtelier a également aidé.»

Sylvie Demers, une autre voyageuse, a déclaré qu’elle espérait que les événements de la semaine ne décourageraient pas les visiteurs de se rendre en Haïti à l’avenir.

«J’espère que le site restera ouvert, car c’est une belle destination. C’est vraiment quelque chose à découvrir», a-t-elle déclaré.

Certains passagers ont toutefois critiqué Air Transat ces derniers jours, accusant la compagnie d’avoir tardé à les évacuer.

L’un d’eux, Normand Rosa, s’est dit heureux qu’Air Transat ait finalement entendu raison, devant la pression exercée par les médias et sur les réseaux sociaux, ainsi que par sa clientèle obligée de prolonger son séjour dans un hôtel tout inclus, sans internet ni téléphone, et qui fonctionne sur des génératrices puisque l’électricité y a été coupée.

M. Rosa n’avait que de bons mots pour le personnel de l’hôtel, insistant sur le fait que les touristes québécois ont été bien traités et n’ont jamais manqué de nourriture. Par contre, il a avoué lors d’une entrevue avec La Presse canadienne samedi matin que l’inquiétude s’était installée alors que le complexe hôtelier cherchait à économiser de l’énergie en fermant une piscine et la climatisation le jour.

Le vice-président aux ressources humaines et aux affaires publiques de Transat, Christophe Hennebelle, a défendu les actions de l’entreprise:

«Les gens étaient en sécurité à l’hôtel et nous n’allions pas les mettre en danger. Nous cherchions le moyen le plus sûr de les faire sortir», a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’une fois qu’il était devenu évident que les routes étaient trop dangereuses, Air Transat avait décidé d’utiliser des hélicoptères pour évacuer les vacanciers.

Christophe Hennebelle a déclaré qu’Air Transat était satisfaite de la fluidité de l’opération et il a ajouté que la compagnie aérienne allait maintenir ses vols à destination de Haïti pour le moment.

Les manifestations réclamant la démission du président Jovenel Moise ont fait plusieurs victimes cette semaine.

Les manifestants sont mécontents de l’inflation galopante et de l’incapacité du gouvernement à poursuivre les responsables d’un détournement de fonds lié au programme vénézuélien de plusieurs milliards de dollars qui exportait du pétrole à prix réduit en Haïti.

D’autres Canadiens, qui étaient bloqués en Haïti, se sont également rendus à l’aéroport en hélicoptère ou par la route.

Un médecin d’Ottawa, qui s’est aventuré sur les routes très dangereuses d’Haïti pour se rendre à l’aéroport de Port-au-Prince vendredi, a prévenu les autres étrangers présents dans ce pays de ne surtout pas l’imiter.

Le docteur Emilio Bazile et trois autres professionnels de la santé du Nouveau-Brunswick ont mis plus de sept heures à parcourir un trajet de 145 kilomètres.

Ils ont effectué la fin du parcours à bord d’une ambulance nolisée.

C’est que les opposants au régime acceptent généralement de laisser circuler les véhicules médicaux d’urgence.

Par contre, le médecin a raconté avoir dû traverser plusieurs barricades où des protestataires lui ont réclamé de l’argent.

Arrivé samedi à Philadelphie après une escale, le Dr Emilio Bazile a déclaré qu’il se sentait chanceux de s’être échappé avec seulement quelques ecchymoses causées par des jets de pierres qui ont également endommagé un véhicule.

Morgan Lowrie, La Presse canadienne